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Le groupe Dessau, un canadien heureux en Algérie Version imprimable
16-07-2009

Dessau, contrairement aux entreprises européennes, ne voit pas de problèmes dans les mesures du gouvernement algérien au sujet des investissements étrangers.

Par Fayçal Métaoui, Alger

Le groupe canadien d’ingénierie-construction Dessau (ex-Dessau Soprin) a, en cinq ans, multiplié par dix son chiffre d’affaires en Algérie, pour atteindre les 17,5 millions d’euros. La prévision est de 8% de hausse pour 2009. Il est pratiquement le seul groupe étranger à réaliser cette performance. « Nous sommes ici pour longtemps », a déclaré, lors d’un passage à Alger, Jean Pierre Sauriol, président directeur général du groupe.

« Notre culture est différente de celle des Européens. Nous ne sommes pas mal à l’aise avec le transfert des connaissances. Cela coûte cher d’envoyer des expatriés, nous préférons travailler avec les locaux en les formant. »

Dessau a crée une filière Maghreb, dont le siège est à Alger, afin de développer des projets en Tunisie, en Libye et dans certains pays africains. L’Algérie est perçue comme un pays pivot. « Nous avons fermé des bureaux en Egypte, en Tunisie, au Maroc et décidé de tout regrouper à Alger. Nous pensons à la pérennité et, pour cela, il faut penser à une formation », a expliqué l’algérien Salim Hamdadou, directeur de Dessau Maghreb, une entreprise de droit algérien qui emploie 200 salariés. Plusieurs cadres algériens sont déjà en formation au Canada. Les responsables du groupe disent n’avoir aucun complexe avec le transfert de connaissance et de la technologie. « Notre culture est différente de celle des Européens. Nous ne sommes pas mal à l’aise avec le transfert des connaissances. Cela coûte cher d’envoyer des expatriés, nous préférons travailler avec les locaux en les formant », a expliqué Jean Pierre Sauriol, qui visite Alger deux fois par an.

 

Assistance à l’Agence nationale des autoroutes

Salim Hamdadou, titulaire d’un doctorat en génie de transport de l’Ecole polytechnique de Montréal, a estimé que les cadres algériens formés apprennent également « la procédure et la culture nord-américaine de Dessau ». Selon lui, le groupe a introduit en Algérie le concept nouveau de l’Assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO), qui fait appel à des outils informatiques. Ce concept est mis en pratique dans les projets de l’autoroute Est-Ouest, en construction actuellement par des entreprises chinoises et japonaises, et de la Grande Mosquée d’Alger, dont les travaux vont démarrer en 2010. « L’AMO, qui n’est pas une mission de contrôle et de surveillance, consiste à gérer le projet avec le client », a-t-il-précisé. Il a cité l’exemple de l’Agence nationale des autoroutes (ANA). « On assiste l’ANA à l’intérieur de ses structures. Lorsqu’elle a besoin d’expertise, comme l’analyse et le contrôle des coûts, nous sommes là pour l’appuyer », a-t-il ajouté. Selon Jacques Fortin, vice-président du groupe, l’AMO n’autorise pas la prise de décision à la place du maître de l’ouvrage. Mais, elle permet l’évaluation des coûts d’un projet. Il trouve raisonnable le montant de 11,5 milliards de dollars annoncés pour l’autoroute Est-Ouest. « La seule manière d’éviter les surcoûts est de maîtriser les délais de réalisation », a indiqué le responsable de Dessau Maghreb.

 

Plusieurs contrats dans les chemins de fer

Le groupe a décroché plusieurs contrats dans le secteur des chemins de fer, pour un montant global de 100 millions de dollars canadiens. Il s’agit, entre autres, du contrôle et surveillance des travaux de réalisation des lignes ferroviaires Saida-Moulay Slissen, Sétif-El Ghourzi, Ain-Mlila-Tébessa, ainsi que des travaux d’électrification de la rocade ferroviaire Nord sur 800 km. Le groupe est en charge également de l’étude de stabilisation des talus et des zones instables sur l’ensemble du réseau ferré algérien. A la demande du Ministère des transport, Dessau prépare une étude du plan de transport et de tarification de la ville d’Alger. Il est également sollicité pour une étude d’expertise de 25 ponts et pour un diagnostic de plusieurs stations de traitement d’eau à Oran et à Alger. Il assiste l’entreprise publique Sonelgaz pour développer un réseau interne de télécommunication et à la réalisation des ouvrages de moyens de production. Autre projet important : l’élaboration d’un cadastre des sites et sols pollués de Sonatrach. « Il s’agit de faire des propositions sur la manière de décontaminer cinq sites industriels de la Sonatrach. Il faut savoir que les réseaux des pipelines sont vieux et que le risque de pollution existe. Il est important de protéger la nappe phréatique algérienne qui fait partie des principales réserves mondiales de l’eau », a précisé Jacques Fortin.

 

Compréhension à l’égard des mesures du gouvernement algérien sur l’investissement

Dessau, selon Jean Pierre Sauriol, n’est pas gêné par les nouvelles mesures prises par le gouvernement algérien en matière d’investissement. « On a pris nos dispositions avant que le gouvernement n’émette des lois. La nécessité de réinvestir 15% des bénéfices nous ne pose aucun problème. On est à l’aise. On réinvestit plus que 15% en Algérie », a appuyé, pour sa part, Salim Hamdadou, rappelant que 80% des employés de Dessau-Maghreb sont algériens. « On oeuvre pour accentuer les échanges entre les deux pays. Les entreprises canadiennes peuvent apporter beaucoup à l’Algérie. On a fondé l’association Canada-Algérie. Et on a contribué à l’ouverture de la ligne aérienne directe Montréal-Alger », a noté le PDG de Dessau.

Fondé en 1957, ce groupe est classé parmi « les 50 sociétés les mieux gérées » au Canada. Elle compte à son actif la réalisation de nombreux projets dans 50 pays. Outre l’Algérie, Dessau est présent au Chili, au Pérou, au Costa-Rica, en République Dominicaine et à Trinité-et-Tobago. Son domaine d’activités est varié : aménagement du territoire, développement urbain, télécommunication, énergie, sécurité des systèmes technologiques, bâtiments, ingénierie industrielle, environnement, géotechnique, transports, etc. Jean Pierre Sauriol promet beaucoup de recrutement en Algérie dans les prochains mois. Ce n’est pas une mauvaise chose dans un pays qui souffre d’un chômage endémique des diplômés.

 
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