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Libye, au cœur de la galaxie des fidèles de Mouammar Kadhafi Version imprimable
25-03-2011

Acculé de toutes parts depuis plusieurs jours par une insurrection populaire partie de Benghazi, le guide libyen, le colonel Mouammar Kadhafi, reste accroché au pouvoir. Voyage au cœur de la galaxie des fidèles de Kadhafi qui tiennent (encore) les manettes du pouvoir.

La communauté internationale a vite cru que le sort du guide libyen était scellé. Après quelques jours du soulèvement populaire qui a brûlé le pays et occasionné des milliers de morts, selon les organisations des droits de l’homme, l’opinion la mieux partagée était de voir le vieux guide en partance pour le Venezuela. L’évolution de la situation sur le terrain contredit un tel scénario. Car, à l’heure où nous mettons sous presse, plusieurs grandes villes passées sous pavillon des insurgés au début des hostilités sont presque reprises par les milices pro-Kadhafi, à l’exception de la « chaudière Benghazi », de Sebrata et Adjabani, sous le contrôle des forces insurgées, prises dans un étau depuis une semaine par l’aviation et les chars du régime.

En réalité, derrière cette contre-offensive du guide libyen, qui a changé les cartes sur le terrain et qui met en difficulté les forces insurgées, se cachent des hommes, qui font office de fidèles serviteurs du colonel Mouammar Kadhafi.

 

Les derniers des Mohicans

Ce sont les derniers des Mohicans. Des cercles de fidèles qui n’ont jamais trahi ou abandonné le Guide dans cette période où le pouvoir vacillait. A l’unisson, ils ont tenu à garder la haute main sur les affaires et surtout maœuvr à l’intérieur du système comme à l’extérieur, pour desserrer l’étau qui se ferme sur leur mentor. Parmi ceux là, des hommes de l’ombre et des personnalités publiques qui n’aiment pas les feux de la rampe. Ce sont plusieurs canaux qui conduisent tous vers la tente du Guide. C’est la méthode Kadhafi, qui étend son système du clan familial aux réseaux d’affaires, en passant par la police politique, le sérail gouvernemental et les conseillers occultes. Qui sont-ils donc ?

 

En premier lieu, le grand réformateur Chokri Ghanem. Puis Ali Treki Abdellasalam, le plus africain des Libyens, Moussa Koussa, l’éminence grise des services secrets et puissant ministre des Affaires étrangères, Bashir Salah, l’inamovible directeur de cabinet du colonel, Khaled Kaïm, le pivot du système militaire, Docteur Omar Shariff de l’Appel Islamique Mondial (un puissant réseau de propagande idéologique à l’extérieur de la Libye), Al Warfalli, PDG de la holding d’investissement BSIC, Mohamed Madani Al Azari, patron de la CENSAD, Seïf El Islam, le golden boy du pater, Ahmed Khadafam, cousin et proche du guide, Ali Ekrami, le très discret conseiller occulte en « com » de la Jamahiriya.

 

La première Amazone

Il y a aussi l’égérie Fawzia Chalabi. C’est elle qui est l’esprit et la voix du cercle restreint des Amazones du colonel. Ex-ministre chargée des médias publics, elle a longtemps côtoyé le très select cercle des décideurs de la presse en Libye. On lui voue une grande admiration, surtout auprès des comités populaires et des think tank féminins, aussi bien conservateurs que réformistes, qui tiennent en otage le système. Le parcours de l’égérie Fawzia Chalabi ressemble, dit-on, à un soldat qui a rampé de la base au sommet. Avec une Fawzia à ses côtés, le Guide libyen tenait encore sous son pavillon la gent féminine significative du système. Un diplomate libyen en poste en Afrique de l’Ouest, nous a révélé que l’insurrection populaire n’a pas été bénie par les femmes, c’est pourquoi elle s’est vite essoufflée.

Khadafi serait il le chouchou des femmes ? Au vu de la tournure des choses, on peut le croire.

 

Le système 9.9.9.9

Dans cet univers impitoyable, où le culte de l’orgueil tribal, de la propension nationaliste et l’allégeance au chef ne font pas toujours bon ménage, n’importe qui ne s’autoproclame pas fidèle serviteur du colonel. Ce statut est le prix d’une confiance et d’un nationalisme acharné.

A la fois adulées et craintes par les comités révolutionnaires populaires, ces personnalités proches du guide sont la colonne vertébrale du système 9-9-9-9 qui a pris ses marques à Syrte, en marge du lancement de la « grande vision de la Jamarahiya ». Parmi la pléthore de personnalités réputées alliées du colonel Kadhafi, ces hommes, d’une fidélité inoxydable sont en quelque sorte le « bouclier » de l’homme fort de Tripoli. Réputés connectés sous la tente de Syrte et dans les différents palais du Guide disséminés dans la capitale et les villes de l’intérieur, ils ont en commun le goût des défis insoupçonnés. Des as du challenge politique. A Tripoli, on les surnomme les « diplomates-soldats de la Jamahiriya » ou les « cascadeurs en flèche. »

 

Ali Treki et la contre-offensive diplomatique

Dès les premières heures des hostilités, ces fidèles ont veillé sur le pavillon du Guide. Des sources bien informées nous ont confié qu’Ali Treki a échangé une centaine de coups de fils avec des réseaux amis du Guide à travers l’Afrique et le reste du monde. Au menu des entretiens, l’état d’esprit du colonel sur cette insurrection.

« Ce serait une aventure désespérée et incalculable de capituler. Il y a des réalités que beaucoup d’entre vous ne maîtrisent pas en Libye. C’est un pays profond » aimait-il le plus souvent confier à ses interlocuteurs.

Le plus prolixe dans cette opération de contre offensive est le réformateur libéral du système Kadhafi, Chokri Ghanem. Connecté aux milieux pétroliers, il a manœuvré des nuits et des jours à tenter de convaincre les multinationales pétrolières de ne pas céder à la pression populaire. Nos informations rapportent qu’il s’est essayé à tout pour que la firme française Total ne soit pas téléguidée par l’Elysée.

 

Dignitaires musulmans et coutumiers d’Afrique

Le vétéran, Omar Shariff de l’Appel Islamique Mondial, lui, a tiré les ficelles en activant ses réseaux au Sud du Sahara, où d’importantes actions humanitaires ont été menées par l’Ong islamique, pour plaider la cause du Guide libyen. Kadhafi a reçu le soutien de bon nombre de dignitaires musulmans et coutumiers d’Afrique au lendemain de l’insurrection populaire.

Tandis que le ministre de la Défense, Khaled Kaïm, membre influent du régime et acquis à la mouvance Seïf El Islam, a préféré ne pas suivre l’appel à la déposition de l’homme fort de Tripoli lancé par le général Omar Souleïman, commandant en chef de la ville de Benghazi. C’est Khaled Kaïm qui a mis à l’oreille du chef l’idée d’ouvrir les dépôts d’armes pour équiper les milices pro-Kadhafi. Il a été soutenu par Ahmed Khadafam, cousin et conseiller du guide. Ce dernier, très écouté par les tribus installées sur la bande frontalière libyenne, a infiltré les groupes des insurgés via des éléments d’élite, essentiellement d’ex-rebelles des guerres africaines et serbes.

En connexion avec la multinationale Oilibya, les opérations financières de recrutement ont été menées en douceur pendant les premiers crépitements de balles à Benghazi. Une source autorisée confirme que c’est Oilibya qui aurait payé la note des milices non libyennes pro-Kadhafi. Des montants faramineux ont été mobilisés pour arrêter la révolte populaire.

La reprise de Ras Lanouf, de Zawiya et d’autres villes bientôt, est le fruit de longues concertations entre les caciques du système Kadhafi.

 

La partition de Moussa Koussa

Selon des informations concordantes, Seïf El Islam, qui a voulu jouer en solo sans associer l’appareil des comités populaires, aussitôt après la capitulation de Benghazi, a été rappelé à l’ordre gentiment par le puissant patron des comités révolutionnaires, qui était en contact permanent avec Mouammar Kadhafi. Moussa Koussa aurait fait, confie une source, le grand ménage auprès du Guide pour canaliser les infos sur les mouvements. Il aurait eu des échanges aigre-doux avec Moatassem, un des fils du colonel, assez nerveux avec les visiteurs du Guide. La méthode Moatessem ne semblait pas séduire le gourou des renseignements, reconverti diplomate.

C’est Moussa Koussa qui a mis à l’oreille du guide de s’adresser au peuple du faîte de la muraille et d’ériger des radars de protection de sécurité aux alentours.

 

La place médiatique parisienne

C’est après cette petite tempête entre Seïf et le patron des comités populaires, qu’Ali Ekrami, le très discret conseiller occulte en communication, est entré dans la danse. Bien connecté dans le milieu des médias étrangers, notamment sur la place parisienne, Ali Ekrami est le spécialiste en stratégie et en communication politique de la Jamahiriya. Il connait tout le monde et tient bien son petit univers. Il a envoyé plusieurs centaines de SMS à des amis communicants, réputés acquis à la cause de Kadhafi, pour soigner l’image du chef.

Peu porté sur les lambris du pouvoir à Tripoli, il s’est fait discret lors de la campagne médiatique internationale lancée par le Guide à l’intention des médias étrangers, laissant le casting à des hommes qui adorent s’afficher.

Madani Al Azari et Al Warfalli se sont, eux, chargés respectivement de rassurer les chefs de gouvernements amis du Guide et les investisseurs ou actionnaires de la holding bancaire BSIC, créée en 1999.

 

Ismaël Aidara

La touche du Mossad, des Russes et des Chinois

Tel Aviv, Moscou et Hong Kong ont joué aussi leur partition depuis le début de l’insurrection populaire, pour que le pouvoir de Mouammar Khadafi ne change pas de main. Derrière cette révolte populaire, se cachent des enjeux diplomatiques et économiques de grand intérêt.

Selon nos informations, le discours aux allures de diatribes de Mouammar Kadhafi contre Al Qaïda a fait son effet à Tel Aviv. Même s’il n’a pas vraiment fait fléchir la position de la Maison Blanche et des palais européens. La peur d’une somalisation du Maghreb a fait tilt chez les Hébreux. Les services de renseignements israéliens, le Mossad, ont sauté sur cette occasion pour surveiller la Libye, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Des agents du Mossad auraient même brieffé certains conseillers du Guide durant les hostilités. Les notes du Mossad intéressaient beaucoup les cercles proches de Kadhafi, informe notre source, après la volte-face de la DST française et de la CIA.

Sur le pont, les Russes et les Chinois auraient aussi mis à contribution leurs bons et amicaux services pour sauver le fauteuil de l’homme fort de Tripoli.

Les Russes auraient travaillé surtout dans le domaine de l’appui de l’aviation militaire du régime pour repousser l’assaut des insurgés et repositionner les milices pro-Kadhafi. Des cargos russes ont, par ailleurs, fait des allers retours pour sécuriser les équipements des ports pétroliers de Ras Lanouf et Greba. Quant aux Chinois, ils excellaient dans les renseignements économiques en amont, au côté de Mouammar Khadafi.

 
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