Libye : Foire aux esclaves de migrants clandestins Version imprimable
12-04-2017
A Sabha, dans le Sud-ouest libyen, mais aussi à Tripoli en Libye, l’Organisation internationale pour la migration vient de révéler que des centaines de jeunes Africains migrants sont purement et simplement capturés et vendus dans des marchés aux esclaves. Pour s’affranchir, il leur est exigé entre 480 et 970 $.
La situation des migrants irréguliers du continent africain, qui se dirigent vers l’Europe, via la Libye, va de mal en pis. Maintenant, ils sont assimilés à des marchandises à la foire aux esclaves! Oui vous avez bien lu «Foire aux esclaves»! Nous avons comme l’impression que cela ne choque personne, car mis à part des opérations épisodiques et à doses homéopathiques menées pour des retours organisés, quelle autorité a décidé de prendre le taureau par les cornes?

Sans attendre, n’est-il pas urgent, par des actions coordonnées au sein de l’Union africaine (UA) ou par sous-région, de parler cartes sur tables pour sanctionner des trafiquants sans scrupules, sévir sans compromis contre les irresponsables… Celui qui se résout à laver des voitures ou devenir bellhop, voire mendiant à l’étranger, peut bien être valorisé dans son propre pays, en exploitant une ferme ou en s’employant dans une autre branche.

Certes, les Africains ne sont pas les seuls à opter pour cette solution, mais ce sont eux qui paient le plus lourd tribut sur les routes de l’hypothétique eldorado européen. Flavio Di Giacomo, porte-parole de l’OIM à Rome, a dévoilé que sur les 2 100 migrants secourus, la semaine dernière, ils constituaient le gros lot, excepté 500 Bangladeshis et une cinquantaine de Syriens. Les chiffres que publie régulièrement l’OIM font froid dans le dos. En effet, il en ressort que du 1er janvier au 9 avril 2017, ce sont 664 décès sur 31 993 arrivées qui ont été enregistrés sur les itinéraires Méditerranée centrale, orientale et occidentale, pour des passages ou arrivées respectives en Italie, Grèce, Chypre et Espagne. L’évolution de cette situation est moins catastrophique, en nombre absolu, comparée à celle à la même période de l’année dernière lorsqu’on comptait 1 217 décès sur 172 774 arrivées, à deux jours près.

Esclavage sexuel et maltraitance
Comme si le calvaire n’avait pas été trop harassant et douloureux, du personnel de l’OIM au Niger et en Libye a fait état d’une hécatombe. En effet, suite à de nombreux témoignages de migrants africains sur le retour, dans un état de délabrement très avancé, il existe des endroits qui sont décrits comme des «marchés aux esclaves» sur le sol libyen. Capturés lors de leur périple vers l’Europe par des trafiquants armés, des centaines de jeunes Africains sont vendus et achetés par des Libyens. Les «captifs» sont alors parqués dans des maisons privées où les ravisseurs leur exigent entre 480 $ et 970 $, soit entre 300 000 et 600 000 f CFA. Les modes de paiement, ainsi que les noms des personnes relais et complices ont été fournis par ceux qui ont réussi à s’échapper. Les récits effarants et cruels de trafics d’êtres humains, d’esclavages sexuels, recueillis dans les centres de transit de Niamey et d’Agadez, confortent ces propos. Mohamed Abdiker, directeur des opérations d’urgence de l’OIM, a dévoilé de retour de Tripoli qu’il ressort des témoignages des histoires effrayantes et d’atrocités. Il a ajouté que : «Nous savons que les migrants qui tombent entre les mains des passeurs sont systématiquement confrontés à la malnutrition et aux abus sexuels, même au meurtre. L’année dernière, nous avons appris que 14 d’entre eux étaient décédés en un seul mois dans l’un des centres, de maladies et de malnutrition. Nous avons appris l’existence de fosse commune dans le désert»! Et Leonard Doyle, porte-parole de l’IOM à Genève, d’enfoncer le clou. De son avis, les migrants qui se rendent en Libye pour tenter d’atteindre l’Europe n’ont aucune idée de la torture qui les attend de l’autre côté de la frontière! Aujourd’hui, ils deviennent des marchandises à vendre, à acheter, voire à jeter, lorsqu’elles ne valent plus rien, se désole-t-il.

Se prendre enfin en charge
Les cas de maltraitance rapportés par ceux-là mêmes qui ont été brutalisés et abusés, souvent sexuellement, portent un poids plus lourd que n’importe quel autre message. La question lancinante est : «Jusqu’à quand les autorités des pays émetteurs vont-elles continuer de compter sur le Programme d’aide au retour de l’OIM, l’Unité britannique de réponse à la crise et de négociation pour la libération des otages, ou encore le Croissant Rouge libyen, pour régler cet épineux problème ? Des ministres de certains États concernés ont visité des centres à Niamey et à Agadez et sont bien au courant de la situation dramatique que vivent leurs ressortissants sur le sol libyen. Guiseppe Loprete, du Bureau OIM Niger, le confirme dans l’interview qu’il nous a accordée. Nous osons espérer qu’après le stade de la collecte des affreux récits, l’heure sera à la structuration des données, pour ensuite mener rapidement des actions coordonnées et mettre un terme à cette odieuse situation.

Daouda MBaye, rédacteur en chef exécutif
 
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