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Macky Sall élu Président du Sénégal : Pas de deux avec le Maroc Version imprimable
02-04-2012
Nous le voyons bien, en Afrique, les révolutions matérialisées par la violence morale ou physique rythment trop souvent nos lectures politiques. Le Sénégal a échappé à cette règle à l’image du Maroc, deux pays aux relations d’amitié et de fraternité immémoriales. Qui sont alors ces deux dirigeants qui ont su en un temps record conduire leurs pays respectifs vers des transitions démocratiques et historiques ?

Le premier, Le Roi Mohammed VI, a anticipé le désir de changement du peuple marocain en soumettant à référendum une nouvelle architecture constitutionnelle concertée, ainsi qu’en organisant des élections législatives anticipées qui déboucheront sur l’élection d’un nouveau gouvernement jouissant de la confiance des citoyens. Le second, Macky Sall, a su fédérer autour de lui toutes les forces politiques vives du pays, pour affronter, dans une élection de tous les dangers, un politicien futé et affuté qui, il faut le reconnaitre, a eu l'élégance et la clairvoyance de féliciter son challenger dès l'annonce des premiers résultats. Ce sera d'ailleurs un vrai plébiscite populaire pour ce jeune Président, ainsi qu’une consécration de la transition démocratique que le président Senghor avait initié. Deux hommes de même maturité, dotés d’un sens de développement basé dut des projets concrets.

Mohammed VI, le règne intelligent

Le souverain, depuis son accession au Trône, a mené une politique de proximité directe avec son peuple, en étudiant les besoins du Maroc profond. Les plus grandes stratégies, les plus grands moyens sont déclinés pour inscrire le Maroc dans la voie du développement. Mohammed VI a non seulement rehaussé et redoré l’image du Royaume Chérifien au niveau international mais il a également su donner à ses concitoyens la confiance et l’enthousiasme qu’ils attendaient. Pendant les révolutions arabes, au moment où la jauge des doléances et des revendications virait au rouge, Mohammed VI n’a pas cédé à l’anxiété altérée de certains de ses pairs africains et arabes, qui ont fini par abandonner des batailles sanglantes devant des peuples goulus de liberté, de démocratie et de nouveauté. Il a en effet mené une partition, en bon père de famille, en se portant garant de la transparence démocratique des réformes engagées, à travers la nouvelle constitution et l’élection du nouveau gouvernement.

Macky Sall, le rassembleur.

D’abord Directeur général de la société des pétroles du Sénégal (PETROSEN), puis Ministre des Mines, de l’Energie et de l’Hydraulique après avoir été ministre de l’Intérieur, puis 1er ministre du Président sortant, c’est ce géophysicien qui deviendra le bras droit de Wade avant de le détrôner lors des élections qui font de lui aujourd’hui le dirigeant de la capitale Wolof et faisant ainsi du Sénégal l’un des pays les plus matures démocratiquement. Cet homme s’est inspiré de la science de la terre, la géophysique, son domaine de prédilection, pour résoudre l’équation démocratique au Sénégal, en façonnant un modèle politique issu des manifestations sur le terrain, à contrario de la sismologie politique ivoirienne et du récent soulèvement de l’armée malienne. C’est celui qu’Abdoulaye Wade surnommait son apprenti qui deviendra son propre Président, mais qui déclare – orgueil à part – que c’est la victoire de tout le peuple sénégalais. Ce fin stratège, à l’image de du Roi Mohammed VI a étudié avec doigté et finesse la transition démocratique d’un pays pouvant atteindre 14 millions d’habitants d’ici 2015, à la population de plus en plus émancipée et de plus en plus intolérante à la dictature.

Rabat – Dakar, entre renforcement des acquis et développement.

En entamant avec succès et d’une manière pacifique ces transitions difficiles, le Royaume chérifien et le Sénégal ont indéniablement emprunté le chemin de la démocratie. Cependant les défis du développement humain et économique restent posés avec acuité. Ils sont même exacerbés par les risques de récession dus à la crise économique internationale. Dans ce contexte délicat, il est impératif de pouvoir apporter une réponse commune qui favorise l’optimisation de toutes les opportunités de croissance et de coopération économique. Avec d’un côté le Maroc comme relais entre l’Afrique et l’Europe, via sa position géographique et sa politique de libre échange, et d’un autre coté, le Sénégal, comme point d’entrée vers les profondeurs du continent, de nouvelles opportunités économiques et commerciales sont à exploiter.

Les entreprises européennes, nord americaine, comme asiatiques, sont en quête de croissance là où leurs marchés traditionnels peinent à croitre, l’Afrique constitue un nouvel avenir. Si ces deux pays frères, voisins, et amis arrivent à conceptualiser au plus tôt une stratégie commune de coopération, la transition politique sera alors le levier d’une transition économique qui liera la croissance économique au développement humain dans les deux dragons en devenir de l’Afrique.

Mohammed Chraibi

Consul honoraire du Sénégal au Maroc et ancien journaliste télé marocain.

Chargé des relations publiques du groupe OCP, actuellement consultant en négoce international.
 
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