Maroc : Quand JamSalam revisite la concorde Version imprimable
15-07-2017
Dans le cadre de la semaine culturelle d’Al Haouz, du 7 au 14 juillet 2017, l’association JamSalam, plateforme de réflexion et d’échanges pour la promotion d’analyses et d’idées en faveur du vivre-ensemble, a parrainé, vendredi 14 juillet 2017 à Marrakech, la conférence sur le thème «Pour la paix et le vivre-ensemble».
Le dialogue des cultures est un pont, porteur de paix. Des acteurs, qui l’ont compris, décident de faire passer un message fort et occuper l’espace. Ils sont résolus à écrire leur propre histoire et ne surtout pas laisser aux autres le soin de le faire. «Intercultures et la Paix», thème si cher à l’association JamSalam, a figuré parmi les conférences qui ponctuent, entre autres activités, le Festival Al Haouz. Celle qui a été animée, vendredi 14 juillet à Marrakech, par Ahmed Toufiq, ministre marocain des Habbous et des affaires islamiques, André Azoulay, conseiller du Roi Mohammed VI, et Nadia Salah, administrateur de JamSalam, et modérée par Mouna Kadiri, secrétaire général de JamSalam, a été l’occasion de réaffirmer la volonté du Maroc de s’inscrire dans le renouvellement de nouveaux paradigmes qui consolident la paix et le vivre-ensemble, en un mot la concorde. Une concorde à sceller dans le dialogue des cultures. Tour à tour, ils ont signifié la particularité d’un pays où l’œcuménisme n’est pas un vain mot, un pays où des ponts ont toujours été jetés pour se rapprocher de l’autre.

Dessiner un avenir commun


Avec la conférence sur les Intercultures et la Paix : laboratoire de renouvellement de paradigmes, JamSalam nous invite à voir la réalité en face. Pour planter le décor, Mouna Kadiri donnera quelques chiffres, avec notamment une population africaine de près de 2,5 milliards en 2050, une urbanisation galopante. Auscultant la genèse du projet, elle a rappelé la Caravane nord-sud, l’exposition collective, en 2012 à Saint-Louis du Sénégal, dans le cadre de la Biennale des Arts de Dakar, où des œuvres avaient été gracieusement offertes à la fondation éponyme de la ville, ainsi que des équipements multimédias aux Studios Waru… Elle a de nouveau réitéré cette nécessaire prise en compte du temps géopolitique et du temps économique, d’un substrat culturel, singulièrement la première Constitution du Mandé (Kurukan Fuga) en 1236, l’émergence d’une nouvelle intelligentsia africaine (Alain Mabanckou, Felwin Sarr, Lucy Mushita, Achille Mbembe, etc.)… et plaider pour le déploiement de politiques interculturelles à même de contribuer à dessiner un avenir commun.

Pour le ministre des Habbous et des affaires islamiques, ces défis sont liés à la discipline de l’écoute, se référant au saint Coran, où elle est évoquée dans 186 versets, mais aussi à l’impérative corrélation – qu’il emprunte à Karl Jaspers dans son ouvrage sur Nietzsche – entre liberté, objectivité, vérité, dialogue, paix et vivre-ensemble. Son pays œuvre certes en interne à la symbiose entre ses différentes composantes, mais n’en a pas moins mis en branle un renouveau de coopération avec ses voisins d’Afrique au sud du Sahara, via des créneaux, tels que la formation des imams à l’institut Mohammed VI, la Fondation Mohammed VI des oulémas africains, la coopération dans l’organisation de l’enseignement religieux, ainsi que le transfert de l’expertise en matière de gestion des prestations religieuses (organisation et finance). Aussi, le respect de l’autre, jusqu’à s’en inspirer, est revenu plusieurs fois. Les différents exemples, de sources d’inspiration de l’Islam dans son éthique de développement pour une sécurité sociale applicable à tous, y compris aux non-musulmans, empruntés à l’Indonésienne Amani Bourhane Loubiss, lors de son récent passage aux causeries religieuses du Ramadan au Maroc, ou encore de l’histoire de la religion musulmane sous le califat d’Omar, pour reformuler, voire annuler la jizya, une taxe sur les juifs… sont édifiants de ce point de vue. Cette ouverture, qui n’est pas née ex nihilo, trouve des référents dans la religion et le substrat de la société marocaine, notamment dans le respect des règles d’éthique, d’une solidarité ancrée dans les mœurs, tant les leçons, au 12ème siècle, du grand saint de Marrakech Abu al Abbas as-Sabti, ont servi de canevas. Justement pour le ministre marocain, les solutions pour un avenir de paix et de concorde reposent sur un mode de vie sobre et digne, un scrupule ferme et aiguisé, ajoutés à une solidarité extrême. Entre autres spécificités qui fondent ce pays, il a évoqué l’un des socles de leur légitimité plurielle, à savoir une constitution basée aussi sur la tradition, notamment par la Beiaâ entre le roi et la nation. Un terme que le ministre trouve mal traduit par allégeance. Il lui préfère un contrat qui sous-tend 5 engagements, à savoir préserver le sens de la vie (la religion), préserver la vie, préserver l’ordre public (Al Aql), préserver la justice économique (Al Maal) et préserver la dignité.

Pas le droit d’être spectateur


Quant à André Azoulay, qui s’est réjoui du succès des rencontres annuelles autour du Festival d’Essaouira (qui vient à peine de s’achever), il s’agit d’être un acteur de l’interculturalité. De son avis, le Maroc bénéficie d’un atout quasi unique au monde où islam et judaïsme se rencontrent dans la paix. Une posture qui lui permettrait de parler de paix en Palestine, vu qu’il n’y a pas de dignité et de justice à double standards. Dans un monde où le refus de l’autre est exacerbé, il est grand temps que le plus grand nombre ait cette démarche active, dit-il. Pour étayer son propos et l’élargir, il a rappelé qu’Essaouira fut le port de Tombouctou… et que l’histoire de chacun d’entre nous serve de meilleur bouclier contre les tentations régressives qui émergent çà et là. Pour toutes ces raisons, il ne faut pas être amnésique et partager au maximum cette particularité. Fier de sa ville qui compte parmi ses fils l’un des premiers rédacteurs de la Constitution américaine, dont d’ailleurs le père immigra aux États-Unis d’Amérique et rédigea le premier livre qui inspira le mouvement abolitionniste, il a annoncé un certain nombre de projets en gestation, à savoir un clone modeste de la synagogue de Londres au mois d’octobre prochain, doublé d’un centre de recherches à l’étage, baptisé Haïm Zattam, auteur d’un important travail entre islam et judaïsme.

Rester vigilant face aux contre-courants


Nadia Salah, administratrice et directrice des rédactions du groupe Eco-Médias, s’inscrira dans cette voie du partage, du dialogue et de l’échange. Elle a ébauché des pistes de solutions pour un meilleur vivre-ensemble. Sans se départir de son métier de prédilection, elle n’a pas non plus occulté cette tendance, par une certaine presse, de formater des «icônes» qui peuvent se révéler être de véritables démons. La vice-présidente de JamSalam a rappelé le silence bruyant et coupable du Prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi face au génocide ou nettoyage ethnique des Rohingyas, minorité musulmane de Birmanie…

Si cette conférence a été une étape et non des moindres, il est utile de rappeler que le Festival d’Al Haouz a été ponctué d’expositions, avec notamment celle intitulée «Amizmiz : transmission et dépassement de soi» par feu Othman Dilami et Mohamed Mourabiti, président de JamSalam, mais bien d’autres encore, d’un programme cinématographique riche, de scènes de musiques traditionnelles et contemporaines, d’un hommage au roi poète Al Mouatamid Ibn Abbad, où patrimoine et le livre n’ont pas été occultés, de tbouridas ou fantasias, de manifestations sportives, d’ateliers éducatifs… les initiateurs ont ambitionné de mettre en valeur tout ce que recèle la région, pour la hisser un peu plus vers le haut.

Daouda MBaye, envoyé spécial à Marrakech
 
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