Maroc: quelles pistes pour une régionalisation avancée? Version imprimable
27-01-2010

Vers un Maroc des Länder allemands, des gouvernements autonomes espagnols, des cantons suisses ou d’une fédération des « ethnies » à la belge ? Les nouvelles pistes passent forcément par l’histoire. Décryptage.

Omar Azziman, universitaire, ancien ministre de la justice et, entre autres, actuel ambassadeur du Maroc en Espagne.
Omar Azziman, universitaire, ancien ministre de la justice et, entre autres, actuel ambassadeur du Maroc en Espagne. 

L’année 2010 démarre au Maroc avec un tournant historique dans le mode de gouvernance des territoires. Le Roi Mohammed VI a installé une commission consultative sur la régionalisation (CCR), fort de 21 membres dont des juristes, des économistes, des géographes, des sociologues... L’instance consultative devra rendre copie avant la fin juin 2010. Cette régionalisation escomptée « n’est pas un simple aménagement technique ou administratif. Elle traduit plutôt une option résolue pour la rénovation et la modernisation des structures de l’Etat et pour la consolidation du développement intégré ». Un cahier de charges clair, en somme, pour la commission présidée par Omar Azziman, universitaire, membre de l’Académie du royaume, responsable de la chaire Unesco pour l’enseignement, la formation et la recherche en Droits de l’homme, ancien ministre de la justice et, entre autres, actuel ambassadeur du Maroc en Espagne.

Secondé par des personnalités de renom dont Abdellatif Jouahri, l’éminent gouverneur de Bank Al Maghrib (Banque centrale du Maroc), Omar Azziman devra au terme de sa synthèse présenter un modèle maroco-marocain, issu des spécificités maroco-marocaines et englobant toutes les régions, dont celles du Sahara, qui servira de pilote à cette expérience.

Le benchmark de tous les modèles

D’aucuns pensent que la CCR, présidée par Omar Azziman, va certainement faire le benchmark de tous les modèles de régionalisation avancée en vogue dans le monde. Le cas espagnol où, depuis 1978, des communautés autonomes ont vu le jour rencontre ses limites dans les revendications identitaires en Catalogne, région la plus riche, qui aspire au rayonnement international, à la promotion de sa langue (le catalan) et, de ce fait, à une autonomie élargie. La réussite du modèle espagnol tient sans doute à la grande souplesse dans les rapports entre l’administration centrale et les gouvernements qui continuent encore aujourd’hui de négocier la répartition de certains pouvoirs. Beaucoup de spécialistes de l’administration continuent à voir dans la régionalisation à caractère ethnoculturel, un danger pour l’Etat nation.

« Il appartient donc à la commission de mettre au point un système national novateur de régionalisation, sans pour autant sombrer dans le mimétisme ou la reproduction à la lettre des expériences étrangères ».

Le cas Belge passé d’une structure francophone centrale à une fédération où le découpage administratif s’est fait sur des bases culturelles et linguistiques aboutit aujourd’hui à une compétition forte entre deux langues, dégénérant dans ce qu’un journal congolais avait titré l’année au plus fort de la crise : « Affrontements ethniques en Belgique ». Tout comme la Belgique, le Canada n’a-t-il pas dû se faire violence pour survivre à deux référendums du Québec et, bien avant, à un énigmatique discours du Général de Gaulle qui s’était exclamé : « Vive le Québec libre », en foulant le sol de la belle province ?

L’autre modèle de régionalisation à base ethnoculturelle, les cantons suisses, s’est faite sur des bases plus objectives que culturelles, avec, rappelle un politologue marocain, « une proximité inédite entre l’administré et l’administrateur au niveau des cantons ».

De tous ces modèles, celui qui a résisté le plus aux turpitudes de l’histoire semble être le modèle allemand des Länder, bâtis avec le même principe qu’une BMW : « vitesse dans l’exécution des décisions, capacité de réactivité et autonomie large ». Si l’Etat unitaire fort est d’inspiration et de conceptualisation méditerranéenne (réminiscence de Rome), les expériences de régionalisation avancées ont pour foyer l’Europe du Nord.

« Un système national novateur »

Mais, quoi qu’il en soit, la transposition d’un modèle paraît impossible, tant la définition de la régionalisation reste, d’un pays à l’autre, un produit de l’histoire et de la culture locale. Le discours de Mohammed VI est assez explicite sur cet aspect : « Il appartient donc à la commission de mettre au point un système national novateur de régionalisation, sans pour autant sombrer dans le mimétisme ou la reproduction à la lettre des expériences étrangères ». L’attachement aux sacralités et aux constantes de la Nation (unité de l’Etat, de la Nation et du Territoire), le principe de solidarité et de complémentarité semblent être les moteurs de la régionalisation avancée dans un Maroc aux confluents culturels multiples. « Nous ne voulons pas que les régions du Maroc de la bonne gouvernance territoriale soient des entités purement formelles ou bureaucratiques, mais plutôt des institutions représentatives d’élites qualifiées et aptes à gérer au mieux les affaires de leurs régions respectives ». Un cadrage royal qui inspirera sans doute les différents membres du CCR.

MBF

 
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