OPEP-Alger : Gare à l’euphorie sur l’impact du prix du pétrole Version imprimable
30-09-2016
La réunion d’Alger, contrairement aux supputations pessimistes, a été une réussite. Mais attention à l’euphorie. Le pétrole n’étant qu’une ressource de financement transitoire, l’objectif stratégique pour les pays de l’OPEP est de réaliser une économie diversifiée qui s‘adapte aux nouvelles mutations mondiales.
Selon nos informations, l’intervention du président Abdelaziz Bouteflika et le suivi régulier en coordination avec le Premier ministre Abdelmalek Sellal, qui s’est consacré à différentes tractations sur les lieux de la conférence, ont été déterminants pour rapprocher les points de vue sans oublier le rôle dynamique du ministre algérien de l’Énergie. Ainsi, les tractations ont permis de faire passer cette réunion informelle en une réunion formelle. Contrairement à certaines affirmations, cela a été une prise de décision collégiale de l’OPEP : une diminution de 750 000 barils/jour, résultat du compromis à environ un tiers de la surproduction actuelle, la répartition devant se faire après évaluation des experts à la prochaine réunion de l’OPEP le 30 novembre 2016, à Vienne. Afin de concilier des points de vue contradictoires, ce consensus a permis de stabiliser le marché qui a répondu favorablement, le Brent ayant dépassé les 49,5 dollars alors qu’en cas d’échec, il aurait plafonné entre 45 et 46 dollars et peut-être moins. Or, il faut savoir qu’une baisse d’un dollar en moyenne annuelle est un manque à gagner pour les pays de l’OPEP variant selon la qualité et le coût d’extraction entre 500 et 700 millions de dollars.

Aussi, la détermination du prix du pétrole à court terme entre 2017 et 2020, et au-delà 2020-2030, du fait du bouleversement de la carte géostratégique économique mondiale – aucun expert ne peut prédire avec exactitude les scénarios de l’évolution tant du prix du pétrole que celui du gaz qui est indexé à 33% des recettes de Sonatrach –, dépendra d’une entente entre les pays de l’OPEP et non-OPEP dont les Etats-Unis, grand producteur proche du niveau de l’Arabie saoudite, non présente officiellement à la conférence, mais représentée par son ambassadrice, et la Russie, le futur prix d’équilibre étant fondamentalement déterminé par une entente entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, alliés stratégiques. Qu’en sera-t-il pour la Russie qui a rarement respecté les accords? Les Russes reprochent aux Américains de vouloir mettre en difficulté l’économie russe, dont les réserves de change au cours de 40/50 dollars risquent de s’épuiser à l’horizon 2020. Tout en signalant le Kazakhstan qui entrera en force au niveau du marché pétrolier à fin décembre 2016. Il s’agira également d’entrevoir le respect des quotas au sein de l’OPEP par une entente entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Le cas de l’Irak, pays à fortes potentialités avec des cours inférieurs à 20% et un pétrole de qualité qui à l’avenir pourrait bouleverser le niveau de production au sein de l’OPEP, sans compter la Libye et le Nigéria non concernés par l’Accord.

Au-delà de 2020, l’objet de la rencontre consacrée à la transition énergétique souvent oubliée par la presse devra tenir compte du bouleversement de la carte géostratégique mondiale et de la quatrième révolution industrielle mondiale qui s’annonce en évitant de raisonner sur un modèle de consommation linéaire. Comme analysé dans plusieurs interviews et contributions (voir le site www.lesafriques.com) et comme cela a été rappelé par le ministre de l’Énergie émiratie et le président de l’OPEP, le prix d’équilibre à l’avenir sera déterminé par le rapport offre/demande. Aussi, le déterminant sera la croissance de l’économie mondiale en 2020-2030 et surtout la nouvelle structure de la croissance misant sur l’efficacité énergétique, un nouveau modèle de consommation énergétique (mix énergétique) avec des incidences négatives ou positives sur les pays producteurs, du fait de l’interdépendance des économies. Le rapport de septembre 2016 de l’OCDE prévoit une croissance mondiale mitigée en 2017, dont celle de la Chine : 6,8% en 2016 et 6,2% en 2017. En cas d’une faiblesse de la croissance, la stabilisation des cours du pétrole sera difficile à se réaliser, tout au plus le cours devrait fluctuer entre 45 et 50 dollars. En cas d’une légère reprise, il pourrait fluctuer entre 50 et 60 dollars entre 2017 et 2020. En cas d’une reprise forte entre 2017 et 2020, il pourrait progressivement fluctuer entre 60 et 70 dollars. En cas d’une crise équivalente à celle de 2008, il descendrait en dessous de 40 dollars. Des stratégies d’adaptation par couches successives sont nécessaires renvoyant à la géostratégie.

En résumé, en étant conscient que dans la pratique des affaires il n’existe pas de sentiments, la rencontre informelle de l’OPEP à Alger a été une réussite sur le plan de la diplomatie économique. Attendons donc de voir les réactions du marché entre le 1er octobre et le 30 novembre 2016, lors de la réunion officielle de l’OPEP.

Abderrahmane Mebtoul, expert international
 
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