Ousmane Conté : un témoin trop encombrant Version imprimable
03-03-2009

« Je suis coupable mais je ne suis pas le parrain ». La cassette qui fait frémir toute l’Afrique de l’Ouest est placée sous haute sécurité.

Ousmane Conté : un témoin trop encombrant

Moins d’une semaine après ses aveux publics à la télévision, Ousmane Conté, fils de l’ancien président Guinéen, Lansana Conté, serait « gravement malade ». Durant tout le week end, les rumeurs persistantes de sa mort, démentie par sa famille, ont circulé à Conakry. Le fils aîné de Lansana Conté serait sous perfusion et en surveillance médicale au camp Alpha Yaya Diallo.

En fait les choses se sont accélérées depuis le mardi 24 février 2009, avec l’arrestation d’Ousmane Conté, dans le cadre d’une vaste enquête sur la drogue lancée par la junte au pouvoir. Deux jours plus tard, soit le jeudi 26 février, le fils du président, sous perfusion et sous haute surveillance, lance ses aveux à la télé, dans une séance de confrontation directe entre accusés et accusateurs, supervisé par le capitaine Moussa Tiegboro Camara, nommé il y a deux mois Secrétaire d’Etat chargé de la lutte anti-drogue et le grand banditisme : « je reconnais être impliqué dans le trafic de drogue en Guinée », confesse Ousmane Conté en s’excusant auprès du peuple guinéen. « Tous ceux qui me connaissent  savent que je ne suis pas un menteur. C’est vrai, aujourd’hui, je suis dans cette affaire de drogue, je le reconnais, mais je n’en suis pas le parrain ». Il n’en fallait pas plus pour qu’une véritable tornade d’arrestations s’abatte sur des ex dignitaires du régime Conté ainsi que des membres de l’entourage du nouvel homme fort du pouvoir, le capitaine Dadis Camara, présenté comme ami de Ousmane Conté.

La liste est longue

Outre Ousmane Conté, un autre fils du feu général–président, Ansoumane Conté ainsi que son beau frère, Saturin Bangoura et même la première dame, Henriette Conté, sont dénoncés par des présumés narcotrafiquants. La vague d’arrestations touche aussi le ministre des Postes, Télécoms et des Nouvelles Technologies, le lieutenant-colonel Mathurin Bangoura, l’ancien ministre de l’intérieur et de la Sécurité sous Lansana Conté, Mamadou Mboh Keita, tous deux membres du Conseil pour la démocratie et le développement (CNDD). Egalement appréhendé, l’ancien Directeur national de la police routière, Sékouba Mohamed Bangoura, le Directeur Général de l’Office de lutte anti-drogue, Bakary Thamit Mara et le Chef de la Brigade de répression du grand banditisme, Victor Traoré. La liste comprend aussi le Substitut du Procureur de la République près le Tribunal de Nafanco, William Fernandez.

Et la connexion ouest-africaine

Selon des informations relayées en Afrique de l’Ouest, les aveux des narcotrafiquants et de Ousmane Conté, vont plus loin que la hiérarchie policière, militaire et administrative de la Guinée et touche directement des élites en Guinée Bissau et éclabousse quelques palais présidentiels de la région. Une cassette des aveux complets aurait été confisquée. La Guinée n’était en effet qu’un des nombreux pays ouest africains transformés en plaque tournante par les cartels de la drogue.

MBF

 
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