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Quel bilan pour le sommet de l’Union Africaine? Version imprimable
29-07-2010

Le 15ème sommet de l’union Africaine s’est achevé mardi à Kampala. Au total une trentaine de chefs d’état ont participé à ce sommet. Le bilan n’est pas évident.

De notre envoyé spécial, Dave Barraud

Malgré les problèmes de sécurité liés à ce genre de rencontre, aggravé en la circonstance par les derniers attentats de Kampala, le sommet s’est néanmoins focalisé sur le thème central. Pour la première fois dans l’histoire de l’organisation les chefs d’états ont participé par exemple à un débat public, sur le thème central, diffusé en direct sur la chaîne de télévision britannique BBC World avec notamment des acteurs de la société civile dont la chanteuse sud africaine Yvonne Chaka Chaka. Et de très nombreuses délégations ont pris la parole pour donner un aperçu de leurs engagements mais aussi pour relever les défis auxquels ils doivent faire face pour régler la question de la santé maternelle et infantile dans leurs pays.

 

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D’entrée de jeu en effet, le président de la commission le gabonais Jean Ping avait planté le décor: En Afrique, toutes les minutes une femme sur seize meurt en accouchant, et huit enfants meurent dans des conditions que l’on aurait pu éviter. Ces chiffres seront confortés par les données au niveau national présentées par les chefs d’état, premiers ministres, et autres ministres de la santé ou des affaires étrangères, qui ont pris la parole lors des débats publics et à huis clos.

Très concrètement

L’Union Africaine a donc interpellé dans le communiqué final les pays membres à mettre en œuvre la Campagne pour l’accélération de la réduction de la mortalité maternelle en Afrique, CARMMA. Car aucune femme ne devrait mourir en donnant la vie. Cela a été d’ailleurs aussi le credo des très nombreuses organisations de la société civile qui ont organisé de nombreuses conférences, débats, forums en marge du sommet pour faire du lobbying et des actions de plaidoyer afin que les résolutions finales sont les plus appropriés pour prendre en compte ce défi de la santé maternelle et infantile en Afrique. Le CARMMA, dira Jean Ping sera lancé d’ici la fin de l’année dans au moins vingt pays de l’Union. Le communiqué final invite même les états africains à instaurer une semaine de la Carmma en solidarité avec les femmes et les enfants africains pendant les quatre prochaines années.

Le pressing libyen

Une fois de plus les chefs d’état ont montré avec leur déclaration finale une façade de solidarité. Mais l’on sait que le président Khadaffi de la Jamahiriya arabe libyenne a pesé de tout son poids, pour faire adopter par l’Union, son grand projet de Gouvernement avec la mise en place d’une autorité de l’Union Africaine. Pendant la dernière séance de discussion on a d’ailleurs vu le président libyen sortir seul entouré de sa cohorte de gardes de corps pour prendre une tasse de thé au bar, suivi par une multitude de paparazzi, toujours à l’affût des moindres faits et gestes du guide libyen. Le Malawi qui assurait présidence de l’Union jusqu'à la clôture de ce sommet à du faire montre d’ingéniosité pour mener les discussions à bon port. Face au pressing libyen la séance a du être suspendu pour permettre de calmer les ardeurs des uns et des autres. L’Afrique australe et orientale restent réticentes face aux « visions khadffistes » sur l’Union, et un membre d’une délégation de l’Afrique de l’Est nous disait comprendre le soutien de certains pays de l’Afrique de l’Ouest qui reçoivent d’énormes largesses financiers et dons en infrastructure de la Libye. Et de conclure «  nous nous sentons un peu gênés par ce genre de rapport et de coopération. Les pays clairement identifiés comme faisant du « pré-carré » libyen sont: le Tchad, le Sénégal, la Gambie, et bien d’autres membres de la CE NSAD. Le communiqué final ne dit pas ce qu’est advenu de ce débat et les délégués sont plutôt avares en commentaire sur ce sujet. Bingu Wa Mutarika le président sortant de l’Union Africaine, n’a pas cependant manqué de souligner avec humour dans son discours de clôture que la tache a été ardu, soulignant que malgré sa grande expérience il avait rarement présidé à des débats aussi difficiles que ceux de l’Union. 

La paix en Afrique

L’autre grand sujet qui est revenu à maintes reprises lors de ce sommet c’est la paix et la sécurité en Afrique, surtout après les attentats de Kampala. On a ainsi annoncé le renforcement du contingent ougandais, mais aussi l’arrivée prochaine des contingents djiboutiens et guinéens. 8000 soldats ont été requis dans le cadre de l’AMISOM, et ce chiffre pourrait être dépassé. Selon Ramtane Lamamrane, la Commission de l’Union est en contact avec une dizaine de pays pour la fournir d’éventuelles troupes et avec une dizaine d’autres pour la fourniture de matériels militaires. Cependant souligne t-on a l’UA, le dialogue reste ouvert avec le groupe islamiste El-Sabaab. De plus 2010 a été décrété l’année de la paix sur le continent et marque aussi l’année de l’opérationnalisation de la force africaine en attente, à travers ses cinq brigades régionales. Les autres dossiers brûlants de sécurité sur le continent qui ont été évoqués sont: Le Soudan, les Comores, Madagascar le Niger, le processus de paix en Cote d’Ivoire…

 
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