Qui veut la déstabilisation de l’Algérie? Version imprimable
06-01-2017
La majorité des réseaux sociaux condamnent avec fermeté le vandalisme qui s’est déroulé à Bejaia, wilaya de culture ancestrale qui a apporté beaucoup à la révolution algérienne. Un vandalisme qui ne reflète pas la culture des citoyens de cette wilaya qui ont toujours manifesté pacifiquement. En ces moments de grands bouleversements géostratégiques, la vigilance est de mise et on se demande qui veut déstabiliser l’Algérie?
Certains veulent créer un sentiment de sinistrose en Algérie et semer le désordre. Le terrain est propice car, reconnaissons-le, parfois la communication laisse à désirer. Aussi, au lieu de discours chauvinistes auxquels personne ne croit, il faut analyser lucidement la situation pour répondre concrètement aux défis de l’Algérie. Le temps se compte, l’Algérie ne connaitra pas d’implosion sociale à court terme, et ce pour 4 raisons, mais rendant urgent un renouveau de la gouvernance centrale et locale.

Premièrement, l’Algérie n’est pas dans la situation de 1986, où les réserves de change étaient presque inexistantes avec un endettement qui commençait à devenir pesant. Avec 114 milliards de dollars de réserves de change à fin 2016 et une dette extérieure inférieure à 4 ou 5 milliards de dollars, ces réserves de change, si elles sont bien utilisées, peuvent aussi servir de tampon social.

Deuxièmement, vu la crise du logement, le regroupement de la cellule familiale concerne une grande fraction de la population et les charges sont payées grâce au revenu familial global. Mais il faut faire attention : résoudre la crise du logement sans relancer la machine économique prépare à terme l’explosion sociale.

Troisièmement, grâce à leur travail mais également aux subventions étatiques, les familles algériennes ont accumulé une épargne sous différentes formes. Cependant, il suffit de visiter les endroits officiels de vente de bijoux pour voir qu’il y a «déthésaurisation» et que cette épargne est malheureusement en train d’être dépensée vu la détérioration de leur pouvoir d’achat. Cela peut tenir encore deux à trois ans. À la fin de cette période, tout peut arriver.

Quatrièmement, l’État, malgré des tensions budgétaires qui iront en s’accroissant et les dispositions de la loi de Finances de 2017, continue à subventionner les principaux produits de première nécessité (27% du budget). Il n’est pas question de toucher à deux produits essentiels pour les plus pauvres, à savoir le pain et le lait. En revanche, à terme, il s’agira de cibler les subventions qui, généralisées, sont insoutenables pour le budget. Pour rappel, sur les 28 milliards de dollars de subventions – sans compter les transferts sociaux –, les carburants accaparent plus de 10 milliards de dollars.

En résumé, l’Algérie connait une crise de gouvernance mais pas une crise financière. Cependant, cette crise de gouvernance peut se transformer en crise financière avec de vives tensions sociales entre 2018-2020 si l’Algérie n’apporte pas de profondes réformes structurelles permettant un développement réel porté par les forces sociales réformistes et non rentières, comme j’ai eu à le démontrer longuement dans l’interview que j’ai donnée au quotidien américain American Herald Tribune le 28 décembre 2016. L’Algérie qui a d’énormes potentialités a un répit seulement de trois ans pour changer de cap et éviter de vives tensions sociales entre 2018 et 2020. La situation peut être maîtrisable, exigeant comme je l’ai suggéré depuis trois années un large front national de lutte contre la crise. Cela exigera plus de rigueur budgétaire, une lutte contre les surcoûts, le gaspillage et la corruption afin de ne pas pénaliser que les salariés. Mais la solution la plus durable pour éviter toute déstabilisation est la mise en œuvre rapide d’une stratégie claire passant par une réorganisation du système partisan et de la société civile, qui serviront d’intermédiation efficace collant avec la réalité sociale, afin d’éviter l’affrontement direct entre les services de sécurité et les citoyens.

Par Abderrahmane Mebtoul, expert international
 
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