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Rabat et les enjeux de l’intégration africaine Version imprimable
26-01-2012
Il y avait du monde à Rabat, le 25 janvier 2012. Le Forum de Rabat, qui a vu 250 acteurs du monde politique et économique africains échanger sur le thème de l’intégration aura au moins eu le mérite de dresser ce constat : la dynamique d’intégration africaine est en accélération, portée par les grands projets.

Abdeslam Ahizoune de Maroc Télécom dont le groupe a investi 2 milliards de dollars en Afrique subsaharienne a fait ce constat réaliste : «ce n’est pas évident pour un groupe marocain d’avoir de la crédibilité en Afrique ». Il y a forcément une démarche plurielle basée sur le respect des réalités et des spécificités locales, avance celui qui investit en ce moment sur 5 380 km de fibre optique devant relier Ouagadougou, à Bamako, Nouakchott, Rabat puis l’Europe et le Moyen Orient. A l’image de Maroc Télécom, de nombreux groupes marocains et maghrébins sortent de leurs frontières et investissent en Afrique de l’Ouest et du Centre. Une même dynamique est initiée en Afrique Australe avec les groupes sud-africains et en Afrique de l’Est où le Kenya opère en leader grâce à ses banques et ses entreprises. Autant de signaux précurseurs de la nouvelle Afrique, cette Afrique qui, comme le rappelle l’égyptien Hishem El Sherif, capital investisseur, compte 1,1 milliard d’habitants aujourd'hui et comptera 1,9 milliards d’habitants en 2050. «Nous aurons besoin de 300 millions d’emplois d’ici 40 ans, ce qui en termes d’investissement consiste à mobiliser 10 trillions de dollars dans le monde arabe et 30 trillions en Afrique ». L’équation est complexe, poursuit M. El Sherif, qui préconise un équilibre entre la croissance, l’emploi et la nourriture.

Forte augmentation des échanges sud-sud

Complexe mais pas impossible compte tenu du renversement des termes de l’échange avec une appréciation des prix de matières premières non transformées, favorable à l’Afrique. Pour Phillipe Hugon, Directeur de Recherche à l’Iris (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) en charge de l’Afrique, les signaux d’intégration sont visibles à travers la nouvelle orientation des échanges entre l’Afrique et le reste du monde : «40% des échanges du continent se font désormais avec les pays du Sud contre 27% il y a dix ans », avance celui qui évoque entre diverses approches d’intégration, le triangle Nord-Sud-Sud. Un concept qui rejoint le positionnement du hub financier de Casablanca, qui se projette dans une position intermédiaire entre l’Afrique, l’Occident et l’Orient. Said Ibrahima, président du Moroccan Financial Board, en charge du projet Casa Finance City, rappelle la nécessité de l’intégration africaine à travers des chiffres parlants : «Le Maghreb et l’Afrique Francophone qui comptent 312 millions d’habitants disposent d’un PIB comparable à celui de la Pologne. Si l’on y ajoute les pays anglophones de la région (Nigeria, Ghana), le PIB ne sera guère plus important que celui de la Turquie ».

Bref, la taille aura au moins le mérite de rendre le continent visible sur l’écran radar des grands investisseurs. Pour l’heure ce n’est pas le cas puisque moins de 1% des investissements des fonds souverains sont affectés à l’Afrique. Le regroupement des acteurs africains, indispensable à la taille critique, passe par les marchés. Or, le continent compte actuellement 22 Bourses pour un PIB équivalent à celui du Brésil, soit 1 800 milliards de dollars. Un morcellement préjudiciable aux places financières africaines qui traitent moins de 10% du financement des entreprises.

Cependant, ce rapprochement des places africaines reste, au-delà de la caution politique manquante, handicapées par des obstacles d’ordre technique et juridiques comme l’a évoqué Karim Hajji, Directeur de la Bourse de Casablanca : «la plupart des bourses africaines sont étatiques ou mutualistes, c’est un frein au rapprochement ». Reste à contourner les obstacles par un saut technologique que confère le boom du mobilier et l’ingénierie financière. C’est ce que préconise le gambien Omtounde Mahoney, président de Rhombus Advisors, qui a exercé pendant 12 ans à Wall Street et qui est considéré comme l’un des éminents spécialistes mondiaux en Frontier Markets : «Des véhicules simples comme le GDR permettent (voir Les Afriques 188, à paraître jeudi prochain) aux investisseurs d’un pays africains d’avoir une exposition sur les risques des entreprises d’un autre pays ». Si aucun obstacle juridique, technique ou technologique ne s’oppose pas à l’usage des GDR, les esprits ont besoin d’être préparés en raison de la nature « dérivé » de tels produits. Quoi qu’il en soit, l’avenir passe par ces raccourcis, à l’image du M-Pesa (système de M Banking) au Kenya qui a drainé plus de bénéfices durant le seul mois de décembre dernier que Western Union sur l’ensemble de l’année 2011.

Adama Wade
 
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