RDC : Que va faire Kabila? Version imprimable
08-05-2017
En fin de mandat constitutionnel depuis le 19 décembre 2016, maintenu à l’issue de la signature d’un accord politique conclu le 31 décembre sous l’égide du clergé congolais, le plus jeune des chefs d’État africains joue contre la montre et laisse présager le spectre d’une manœuvre politicienne qui conforterait plus d’un : il n’a pas l’intention de quitter le pouvoir de sitôt. Sinon, pourquoi conclure un contrat de lobbying de 5,6 millions de dollars avec un cabinet israélien? Décryptage…
Depuis 5 mois, l’accord politique conclu sous l’égide des évêques congolais, connu sous le vocable de l’«accord de la Cenco», peine à être mis en application, en raison des revirements multiples et les interprétations contradictoires des différents signataires.

En dépit d’une situation confuse qui règne dans le pays malgré la désignation d’un Premier ministre, Bruno Tshibala, considéré par le pouvoir comme issu de l’opposition, mais rejeté par la principale force, Le Rassemblement, qui avait annoncé son exclusion, le président Kabila manœuvre, joue contre la montre et avance ses cartes subtilement. C’est sans nul doute dans ce contexte flou qu’il a discrètement chargé, selon nos sources, son ancien ministre des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda, pour finaliser aux États-Unis un contrat de lobbying avec Mer Security, un cabinet israélien spécialisé basé en Israël.

L’État congolais, selon les informations en notre possession, a engagé au mois d’avril dernier un cabinet israélien pour exercer le lobbying aux États-Unis en sa faveur. Le contrat de 5,6 millions de dollars US a été signé le 26 avril dernier comme nous l’avions indiqué plus haut par l’ex-ministre des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda, cité par le Journal «The Hill».

La fuite de cette information a été révélée à travers la divulgation des formulaires publiés par le cabinet israélien de lobbying auprès des services habiletés du ministère de la Justice américain conformément à la loi sur l’enregistrement des agents étrangers (FARA) en vigueur depuis 1938. Les dispositions de cette loi exigent à tout opérateur exerçant sur le sol américain de publier tout contrat conclu avec ses clients. Un contrat conclu avec les fonds du Trésor public congolais, dont l’objectif serait de repositionner Kabila sur l’échiquier international notamment auprès de la nouvelle administration américaine, dont la représente auprès des Nations unies a déjà annoncé les couleurs et son opposition à tout maintien de Kabila au pouvoir ad vitam aeternam.

Les termes du contrat
Selon les termes du contrat que nous avons pu consulter, Mer Security and Communication Systems, un cabinet de conseil en sécurité et communication stratégique, s’engage à couvrir principalement des services de conseil à l’État congolais. Ce qui paraît quand même superflu dans le contexte d’une période transitoire dirigée par un chef d’État dont le mandat expire et n’a plus le droit de se présenter.

Faut-il noter que les termes du contrat indiquent que «Mer Security engagera des entités américaines pour organiser des réunions avec d’anciens responsables de l’administration américaine et les principaux décideurs dans divers départements du Congrès américain», Le cabinet de lobbying israélien a, d’une part, pour rôle de conseiller le gouvernement congolais sur les «préoccupations politiques concernant les problèmes de sécurité en Afrique» et les questions de politique entourant «la nomination d’un envoyé spécial de la RDC aux États-Unis», et, d’autre part, il organisera pour le compte de la RDC les rencontres avec d’autres entreprises qui seront engagées par Mer Security à travers des mises en relation directes. Mer Security offrira entre autres des séances d’information aux participants aux différentes réunions sur les enjeux géostratégiques du moment, en fonction de ses discussions avec le gouvernement de la RDC.

Enfin, ce cabinet israélien s’est également engagé à organiser un voyage à Washington pour l’envoyé spécial du président Kabila, l’ex-ministre Raymon Tshibanda, aux États-Unis d’Amérique. C’est en cette qualité d’envoyé spécial de la RDC que le directeur général de Mer Security, Omer Laviv, s’est engagé le 26 avril 2017 avec l’émissaire du président Kabila qui était investi pour la circonstance des pleins pouvoirs.

Par ailleurs, si l’opinion s’interroge sur la portée de la mission de l’envoyé spécial de Joseph Kabila aux États-Unis alors que ce dernier est hors mandat légal, des observateurs avertis soutiennent a fortiori que ce lobbying vise à mener une campagne d’acceptation des avancées enregistrées par les manœuvres du régime, notamment la nomination d’un Premier ministre issu du Rassemblement «bien que contesté» et le taux d’enrôlement des électeurs qui dépasse les 60% à travers le pays. Car le maître mot en vogue au sein de la majorité présidentielle c’est l’organisation des élections, sans bien entendu que l’on sache à ce jour qui est le dauphin de Kabila, une véritable parodie. Car personne au sein de sa famille politique n’est en mesure de vous communiquer le nom du futur candidat de la majorité.

Toutefois, si les plus sceptiques estiment que cette action de lobbying est un coup d’épée dans l’eau et constitue ni plus ni moins une dilapidation des fonds publics congolais, d’autres encore arguent avec grandiloquence que c’est aussi un moyen de faire sortir des fonds par la voie d’un contrat légal alors qu’il s’agirait bien d’une fuite de capitaux bien maquillée qui ressemblerait bien à du blanchiment. Le cabinet israélien mènerait selon un observateur averti de la géopolitique un lobbying qui aura un retentissement peu réaliste, car la politique de Washington sur la question de la fin du mandat de Joseph Kabila serait difficilement influençable. Il suffit de se référer aux sanctions prises par l’administration Obama et la tendance de l’administration Trump à travers les premières déclarations de sa représentante Nikki Haley auprès des Nations unies qui a traité Kabila de «prédateur», en plaidant déjà pour la réduction du budget de maintien de la paix en RDC à cause des actions de Joseph Kabila. Il est difficile d’aider un gouvernement qui mène des actions de prédation contre ses propres populations. Elle a martelé au Conseil de sécurité avec un ton dur :«Nous devrions avoir la décence et le bon sens pour mettre fin à cela».

Qu’à cela ne tienne, l’évidence est que le pouvoir Kabila a fait endosser au Trésor public une dépense de 5,6 millions de dollars américains pour une action dont seuls les dirigeants maîtrisent la portée, notamment dans le contexte de crise aggravée dans lequel se trouve la RDC qui par manque de moyens, semble-t-il, n’avait pas été en mesure d’organiser les élections en 2016 pour renouveler le mandat de l’ensemble de ses institutions, mais parvient à débloquer 5,6 millions USD pour du lobbying. Une telle action suscite des interrogations.

Rodrigue Fénelon Massala
 
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