Récession globale: est-ce enfin la fin? Version imprimable
08-08-2009

L’économie mondiale qui vit une de ses plus longue récessions, semble être sur la voie de la reprise, du moins aux USA. Quels critères essentiels marquent la fin d'une récession économique ?

Une analyse de Francis Konan, économiste

Le critère chronologique

Les récessions dans le passé se sont étendues sur une période de 13 mois en moyenne. Selon ce critère chronologique, la récession devrait prendre fin le mois prochains ou au plus vers la fin de l’année. Les autres signes montrant que nous sommes à la fin du tunnel vont encore nous éclairer.

La dynamique de Wall Street

Pour une économie financière de la taille des Etats-Unis, la dynamique du marché boursier est un indicateur économique très utile. Vers la fin d’une récession, on note très souvent un regain d’activité, qui se matérialise par un gain net des index boursiers (S&P 500 (SPX), Dow Jones industrialo (INDU), Nasdaq composite (COMP). Depuis 4 mois consécutifs, jour pour jour, ces index connaissent des hausses sensibles. Le mois d’août a bien commencé, en effet le SPX et le Dow Jones Industrial ont gagné respectivement 1,5% et 1,3% depuis novembre 2008.

Le dernier trimestre (octobre-novembre-décembre) qui est celui des fêtes de fin d’année, peut sonner le glas de la longue récession.  

Le Nasdaq composite est, lui aussi, entré dans la danse, gagnant 30 points, soit le taux le plus élevé depuis l’année passée. Ces données laissent penser qu’une reprise économique est en train de voir le jour. Quand Wall Street bouillonne, cela veut dire que les investissements privés connaissent une hausse. Indirectement une hausse soutenue des investissements répond à une hausse de la demande qui elle-même marque la fin d’une récession.

La dynamique des taux d’intérêts

L’une des caractéristiques d’une récession est l’existence de faibles taux d’intérêts sur les marchés. Cela est dû à la politique monétaire expansive de la Banque centrale. Celle-ci, pour relever la demande des biens et service va augmenter l’offre de monnaie, ce qui, indirectement, va réduire les taux d’intérêts réels. La Fed a suivi le même scenario en manipulant à la baisse ses taux directeurs de septembre 2007 jusqu’à présent. Cette pratique, qui a mis du temps à produire ses effets, commence à influencer positivement le marché bancaire et financier. Depuis peu, les banques américaines connaissent un excès de liquidités. C’est une bonne nouvelle pour les ménages qui peuvent avoir facilement accès à ce capital. Quelle est donc la relation entre ce constat et la fin de la récession? Lorsque qu’une récession tire à sa fin, l’économie commence à connaître une hausse de la demande des biens et services. Si cette hausse continue, cela risque de créer un état de surchauffe sur les marchés. C’est alors que la Banque centrale intervient pour relever ses taux afin de calmer le jeu et d’éviter l’inflation. On pourra donc déceler la fin de la récession quand la Banque centrale commencera à relever ses taux directeurs. Cette dernière pratique doit se faire avec sagesse. La banque centrale doit en effet attendre que la hausse de la demande globale ait atteint sa pleine maturité, sinon elle risquerait d’étrangler la reprise économique en se hâtant d’augmenter ses taux. Cela reflète en ce moment l’attitude de la Fed qui veille au grain. On peut aussi mentionner que la fin d’une récession s’accompagne ainsi d’une légère hausse structurelle des prix. Cette hausse structurelle étant le reflet d’une certaine hausse de la demande à court terme.

La confiance des consommateurs

C’est, à mon avis, l’un des indicateurs de reprise économique le plus important. La hausse de l’index de la confiance des consommateurs marque leur optimisme envers l’évolution future de l’économie. Vers la fin d’une récession, la confiance des ménages reste hésitante. Une frange de la population, par mesure de précaution, demeure pessimiste, quand l’autre montre de l’engouement pour la reprise. La dernière publication du Conference board* révèle que les deux derniers mois (juin-juillet) ont vu une baisse dans la confiance du consommateur qui passait de 49.3% en juin a 46,6 en juillet. Ce résultat est justifié par la mauvaise performance du marché de l’emploi avec son taux de chômage historique de 9.5%.

En analysant les données, on se rend aussi compte que les anticipations des ménages envers une quelconque amélioration de leur revenu et emploi ne sont pas solides. Les politiciens, de leur coté, ne font rien pour rassurer la population. Au contraire une guerre médiatique entre démocrates et républicains concernant les reformes de la sante publique et du déficit, semble avoir augmenté l’insécurité économique.

Le taux de chômage

Le taux de chômage à court terme n’est pas un bon indicateur de reprise économique. Cela est du au fait qu’en début d’une reprise, les entreprises n’ont pas encore une vue claire de la situation économique. Elles vont s’engager avec précaution ou, au pire, rappeler les anciens travailleurs. Cela va se traduire par une stabilisation du marché de l’emploi. Le taux d’emploi ne va augmenter que si la reprise économique est vraiment effective. Qu’en est-il des Etats Unis? Le Président Obama semble avoir compris la relation entre l’emploi et la fin de la récession. Il soutient en effet qu’une réelle reprise économique doit s’accompagner d’une hausse de l’emploi/réduction de taux de chômage. Le chiffre du taux de chômage de 9,5%, soit environ 15 millions d’Américains à la recherche d’un emploi, démontrent que l’économie a du plain sur la planche. La seule lueur d’espoir est celle du taux de croissance du chômage qui est négatif depuis les deux dernier mois de juin et juillet. En d’autre terme le taux marginal de travailleurs ayant perdu leur emploi est en nette diminution. Tous ces faits semblent indiquer une stabilisation du marché de l’emploi. Donc, comme disent les anglais “wait and see”.

La hausse du PIB semestriel

La récession, par définition, est la diminution du PIB sur une période de 3 trimestres successifs. D’après ce critère on pourra dire que la récession prend fin quand le taux de croissance trimestriel redevient positif après de longs moments passés dans le négatif. Quelle est donc la raison de jubiler quand le PIB du second trimestre de l’année ne perd que 1 point seulement ? Croyez moi “L’euphorie contrôlée” des Américains est bien fondée car, avant de redécoller, l’économie doit d’abord arrêter de saigner. Beaucoup d’experts pensent que cette faible chute du PIB marque le commencement de la fin de la récession. Le troisième trimestre (juillet-aout-septembre) peut être prometteur. A mon avis, si l’économie récupère ses forces au troisième trimestre, le dernier trimestre (octobre-novembre-décembre) qui est celui des fêtes de fin d’année, peut sonner le glas de la longue récession.

Francis Konan est économiste, diplômé de l’Université d’Economie et de Gestion de Vienne (Autriche), diplômé de l’Institut des Etudes Avancées de Vienne (Autriche), diplôme de la Faculté des Sciences Economiques & Gestion de l’Université d’Abidjan (Cocody)

 
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