Réunion Afripol : L’Algérie face aux enjeux géostratégiques et sécuritaires Version imprimable
15-05-2017
Suite à la réunion consultative, tenue le 12 décembre 2016 à Alger, en présence de nombreux responsables de police africains, visant le partage d’expériences en matière de coopération, l’Algérie devrait abriter prochainement la première assemblée générale d’Afripol à Alger, du 14 au 16 mai 2017, avec la participation de 48 pays qui devraient définir le cadre général de la coopération pour les institutions de police aux niveaux national, continental et international.
La région méditerranéenne et africaine devrait connaitre entre 2017 et 2025 de profondes reconfigurations socioéconomiques, technologiques, mais également sécuritaires. La police algérienne, étant devenue une référence internationale, a décidé de renforcer les domaines de coopération avec les organes de la police du continent africain en mettant son expérience professionnelle à la disposition de ses pairs afin de faire face à la criminalité sous toutes ses formes. A cet effet, suite à la signature en 2001 d’un mémorandum entre l’Union africaine et Interpol visant à définir les canaux idoines de communication, d’échange d’informations et de vues entre les deux parties, la mise en place d’un mécanisme africain de police (Afripol) dont le siège est à Alger depuis fin 2015 relevant de l’Union africaine, a pour but d’œuvrer à la coordination des efforts et au soutien de l’action des missions de paix et de sécurité de l’Union africaine déployées en Afrique sur les plans militaire et sécuritaire. Face au crime organisé transnational Afripol constitue une base continentale de communication, de concertation, de coopération et de coordination dans toutes les affaires de la police africaine. En effet, privilégiant en premier lieu ses intérêts stratégiques propres, partie prenante du dialogue méditerranéen (DM), l’Algérie agit en fonction d’un certain nombre de principes et à partir d’une volonté avérée de contribuer à la promotion de la sécurité et de la stabilité dans la région. C’est que la fin de la Guerre froide marquée par l’effondrement du bloc soviétique et les attentats survenus aux États-Unis, le 11 septembre 2001, représente un tournant capital dans l’histoire contemporaine. Le premier événement marque la fin d’un monde né un demi-siècle plutôt et la dislocation d’une architecture internationale qui s’est traduite des décennies durant par les divisions, les déchirements et les guerres que nous savons. Aujourd’hui, les menaces sur la sécurité ont pour nom terrorisme, prolifération des armes de destruction massive, crises régionales et délitement de certains États. Or, les défis collectifs nouveaux sont une autre source de menace : ils concernent les ressources hydriques, la pauvreté, les épidémies, l’environnement. Ils sont d’ordre local, régional et global. Entre la lointaine et très présente Amérique et la proche et bien lointaine Europe, entre une stratégie globale et hégémonique, qui possède tous les moyens de sa mise en œuvre et de sa projection, et une stratégie à vocation globale qui se construit laborieusement et qui peine à s’autonomiser et à se projeter dans son environnement géopolitique immédiat, quelle attitude adopter et quels choix faire pour l’Algérie? Interpellée et sollicitée, l’Algérie s’interroge légitimement sur le rôle, la place ou l’intérêt que telle option ou tel cadre lui réserve ou lui offre, qu’il s’agisse du dialogue méditerranéen de l’OTAN ou du partenariat euroméditerranéen, dans sa dimension tant économique que sécuritaire. L’adaptation étant la clé de la survie et le pragmatisme un outil éminemment moderne de gestion des relations avec autrui, l’Algérie dont son devenir, segment de l’Afrique Nord, pont entre l’Europe et l’Afrique, doit faire que ce que lui commandent la raison et ses intérêts. Car l’Algérie est confrontée actuellement à la sécurité dans la zone sahélo-saharienne. Nous avons assisté dans la région à de profondes mutations de la géopolitique saharienne après l’effondrement du régime libyen, avec des conséquences pour la région et avant l’intervention française à la sécession du Nord-Mali. Déjà, les rapports entre le Sahel et la Libye de Kadhafi étaient complexes. De plus en plus nombreux, des migrants subsahariens s’installent désormais dans les pays du Maghreb avec l’intensification de la contrebande. Bien avant et surtout depuis la chute du régime de Kadhafi, le Sahel est l’un de ces espaces échappant à toute autorité centrale, où se sont installés groupes armés et contrebandiers. Kadhafi disparu, des armes dont 15 000 missiles sol-air étaient dans les entrepôts de l’armée libyenne, dont une partie accaparée par différents groupes qui opèrent au Sahel. Dès lors, la sécurité de l’Algérie est posée à ses frontières. Les frontières Algérie-Mali (1376 km), Algérie-Libye (982 km), Algérie-Niger (956 km), Algérie-Tunisie (965 km) sont à surveiller. Le problème est plus grave pour les frontières conjointes avec le Mali et la Libye. Il ne faut pas oublier que les djihadistes étaient venus depuis cette région lors de l’attaque terroriste de Tiguentourine. Sur le court terme, les tensions dans la région, notamment pour la protection de ses frontières, la situation en Libye, au Mali et accessoirement les actions terroristes à sa frontière en Tunisie ont imposé à l’Algérie des dépenses supplémentaires, surtout le remplacement de la plupart du matériel militaire obsolète pour l’acquisition de nouveaux équipements pour l’armée de terre, la marine et les forces aériennes, sans compter des dépenses pour l’adaptation du renseignement aux nouvelles mutations tant internes que mondiales de ses forces de sécurité. Il s’agit de penser d’ores et déjà à la cybercriminalité enjeu du XXIème siècle. Cela est posé pour tout le reste de l’économie, des cyberattaques, car les services électroniques (e-commerce, e-santé et e-administration) sont appelées à se développer.

L’Algérie a déployé une véritable task-force pour sécuriser ses frontières afin de faire face à l’instabilité chronique de l’autre côté des frontières et dont les événements récents confirment la continuelle aggravation. Et ce dans le cadre d’une coopération étroite avec les pays limitrophes maghrébins et africains, assistés des renseignements de l’Europe, dont la France et les États-Unis d’Amérique, car la menace terroriste est une menace planétaire. Pour les responsables tant américains qu’européens, de par sa situation géographique stratégique au Maghreb et sa longue histoire de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent sur son territoire, l’Algérie constitue un pilier dans la lutte contre le terrorisme, mais aussi pour ramener la stabilité dans la région. Ainsi, l’Algérie est considérée comme un acteur incontournable dans la stabilité de la région, mais pour une efficacité réelle elle doit résoudre les problèmes de développement interne avec la chute du cours des hydrocarbures et parallèlement intensifier la coopération internationale contre ce fléau planétaire. Dorénavant, la plupart des dirigeants de l’Afrique du Nord, de l’Afrique noire, de l’Europe et des États-Unis d’Amérique, y compris la Russie et la Chine, s’accordent sur la nécessité de coopérer davantage face à la menace de l’insécurité et du crime organisé. Il s’agit de mettre l’accent sur l’obligation de mettre en application une stratégie interrégionale qui associe l’ensemble des pays de la zone en plus des partenaires européens et internationaux, du fait que la région est devenue un espace ouvert pour divers mouvements terroristes et autres groupes qui prospèrent via le trafic d’armes ou la drogue, menaçant la sécurité régionale et, par ricochet, l’Europe et les USA. Comme cela a été mis en relief lors de différentes conférences régionales africaines internationales d’Interpol, dont celle tenue à Oran (Algérie) en septembre 2013, où les résolutions stipulent l’urgence d’une coopération tant africaine que mondiale dans la lutte contre la criminalité transnationale avec l’implication de chacun des Bureaux centraux nationaux d’Interpol des pays membres, nécessitant une amélioration des bases de données afin de lutter efficacement contre le crime transfrontalier et le terrorisme. Il s’agit donc de lever les contraintes du fait que la corruptibilité générale des institutions pèse lourdement sur les systèmes chargés de l’application des lois et la justice pénale en général qui ont des difficultés à s’adapter aux nouveaux défis posés par la sophistication des réseaux du crime organisé. La collaboration interjuridictionnelle est ralentie par l’hétérogénéité des systèmes juridiques, notamment en Afrique du Nord et en Afrique noire. La porosité des frontières aussi bien que la coordination entre un grand nombre d’agences chargées de la sécurité aux frontières pose de grands problèmes. À terme, la stratégie vise à attirer graduellement les utilisateurs du système informel vers le réseau formel et ainsi isoler les éléments criminels pour mieux les cibler tout en diminuant les dommages collatéraux pour les utilisateurs légitimes. C’est dans ce cadre que rentrent les tentatives pour redynamiser le dialogue euroméditerranéen avec deux initiatives : d’une part, la politique européenne de voisinage et, d’autre part, le partenariat stratégique entre l’Union européenne d’un côté et la Méditerranée et le Moyen-Orient de l’autre afin de freiner l’émigration massive notamment de l’Afrique subsaharienne avec comme tampon pilier le Maghreb. D’une manière générale, sur le plan militaire et géostratégique, c’est à travers les activités du groupe dit des «5+5» que peut être appréciée aujourd’hui la réalité d’une telle évolution. C’est que la lecture que font les Européens des menaces et défis auxquels le monde et notre région sont confrontés repose essentiellement sur la nécessité de développer ensemble une stratégie de riposte collective et efficace concernant notamment le terrorisme international, le trafic des êtres humains et la criminalité organisée à travers la drogue et le blanchissement d’argent. Pour une efficacité réelle, aucun pays ne pouvant supporter seul le coût financier, sinon aliéner son développement, la mutualisation des dépenses devient stratégique devant impérativement minimiser des coûts des dépenses militaires. L’analyse de Michael Porter, professeur en stratégie à Harvard, des «cinq forces» qui déterminent la structure concurrentielle d’une industrie de biens ou de services (le pouvoir de négociation des clients, le pouvoir de négociation des fournisseurs, la menace des produits ou services de substitution, la menace d’entrants potentiels sur le marché et l’intensité de la rivalité entre les concurrents) fait apparaître que souvent les différents acteurs algériens ont un faible pouvoir de négociation du fournisseur et un fort pouvoir de négociation du client, alors que les barrières d’entrées sur le marché algérien tant des entreprises économiques que de l’armement sont élevées.

En résumé, il existe un lien dialectique entre sécurité et développement. Sans sécurité, il n’y a pas de développement et sans développement il n’y a pas de sécurité. La lutte contre le terrorisme implique de mettre fin à cette inégalité tant planétaire qu’au sein des États où une minorité accapare une fraction croissante du revenu national enfantant la misère et donc le terrorisme, renvoyant à la moralité de ceux qui dirigent la cité. Car, le tout sécuritaire pour le sécuritaire a des limites et les responsables algériens chargés de la sécurité en sont conscients, car il y a des liens dialectiques entre développement et sécurité. Cela implique de s’attaquer à l’essence (un codéveloppement) et non aux apparences comme le montre une étude du Forum économique mondial WEF. Aussi l’efficacité sécuritaire devra s’insérer dans le cadre d’une vision stratégique. Face à un monde en perpétuel mouvement, tant en matière de politique étrangère, économique que de défense, actions liées, avec les derniers événements au Sahel, aux frontières de l’Algérie, se pose l’urgence des stratégies d’adaptation et d’une coordination internationale et régionale afin d’agir efficacement sur les événements majeurs. Ces nouveaux défis pour l’Algérie et l’Afrique dépassent en importance et en ampleur les défis qu’elles ont eu à relever jusqu’à présent.

Abderrahmane Mebtoul, expert International
 
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