Sénégal : Brûlot d’Ousmane Sonko sur la spoliation des ressources naturelles Version imprimable
05-06-2017
Dans son ouvrage, intitulé «Pétrole et gaz au Sénégal – Chronique d’une spoliation», qui vient de paraître aux Éditions Fauves, le désormais ex-inspecteur des impôts, Ousmane Sonko, dépeint avec force précisions nombre de forfaitures dans l’octroi de permis d’exploration, à des fins spéculatives au détriment d’un peuple à qui il lance un vibrant appel.
Gare à la bulle spéculative qui peut entacher l’amont du secteur des hydrocarbures au Sénégal. Faisant l’amer constat, en dépit d’un extraordinaire potentiel, notamment en ressources naturelles, son pays, le Sénégal, qui figure toujours parmi les 25 pays les plus pauvres de la planète, Ousmane Sonko décide de prendre sa plume pour interpeller son peuple. Dans un livre d’un peu plus de 200 pages, édité en France, il appelle ses concitoyens à s’ériger contre l’iniquité de contrats de recherche et de partage, surtout ceux relatifs au pétrole et au gaz, et généralement léonins, avec en toile de fond l’affaire Petro Tim-Timis Corporation… Spéculation, conflits d’intérêts, délits d’initiés, déni d’administration, clientélisme, dilapidation et spoliation, comme l’indique le titre du brûlot, des hommes d’affaires au back-ground sulfureux… y sont déplorés.

Appel à un sursaut national pour dire Non
En trois parties de deux chapitres chacune, il relate successivement «Maquillage de la spoliation – la désinformation et la sous-information d’État», «Illustration matérielle de la spoliation», puis «Quelles ripostes à la spoliation?». Celui qui fut, pendant 15 ans, inspecteur des impôts et des domaines, en poste à la DGID, avant sa radiation en 2016 de la fonction publique sur décret présidentiel, suite à ses sorties et déclarations portant sur des actes qu’il a qualifiés de mal gouvernance, s’indigne face à l’immobilisme et la léthargie d’une partie des ses compatriotes. Tout au long d’un ouvrage argumenté de textes de lois, de dates précises, souvent étayées par une chronologie qui peut confondre les accusés, il ne cesse de s’interroger. L’apathie de son peuple, face au pillage organisé d’un potentiel aux profits de prébendiers de tout bord, d’affairistes de peu de vertus, d’hommes d’État avides, de puissances et multinationales, prompts à défendre la circulation des biens et des capitaux, mais tout aussi réticents à celle des personnes… le pousse à clamer : «Le Sénégal a besoin d’un sursaut national, d’une action collective, de conscience, citoyenne assumée, de réappropriation, de contrôle actif et permanent de l’action gouvernementale pour suppléer à la défaillance flagrante des contre-pouvoirs institutionnels que devaient constituer l’Assemblée nationale et la justice, toutes deux absorbées et sous la coupe réglée de l’exécutif». Pourtant, malgré le diagnostic qu’il fait, soutenant que le Sénégal tout entier est et a mal, et souhaitant une appropriation populaire et massive des citoyens de ce combat contre le pillage des ressources naturelles, il n’en demeure pas moins sceptique et se demande : «Mais avec quel peuple?». Une interrogation légitime, tant les responsabilités, qu’il démontre, dans le dossier Petro Tim par Frank Timis, Aliou Sall (maire, frère du président sénégalais et facilitateur), Amadou Ba, ministre de l’Économie, des finances, du directeur de la DGID… aussi du président Macky Sall, sont claires et nettes, mais ne constate aucune réaction de masse…

Recouvrer sans délai les avoirs du Sénégal
Lorsque l’argentier de l’État sénégalais évoque l’article 48 et le Code pétrolier pour justifier une exonération de taxes, alors qu’il s’agit de plus-value de cession qui n’a rien à voir avec l’exploration, ou le transfert du dossier Petro Tim du Centre des services fiscaux de Ngor-Almadies à celui des Grandes entreprises… pour l’étouffer, il rappelle que le fait de ne pas réclamer les impôts dus au Trésor public est un déni d’administration. Au ministre Aly Ngouille Ndiaye, il fait la même remarque sur l’exonération de TVA, se référant à l’article 63 de la loi 2003-36 du 24/11/2003. L’auteur de «Pétrole et Gaz au Sénégal – Chronique d’une spoliation» lui rappelle que cette disposition a été abrogée et remplacée par la loi 2012-32 du 31/12/2012, portant régimes fiscaux particuliers!

Tout au long de l’ouvrage, Ousmane Sonko, qui a relevé plusieurs infractions, les partage avec des arguments précis, tout en prenant le public à témoin, afin que les saisines pour des régularisations se fassent avant la fin des délais de prescriptions, singulièrement sur l’affaire Petro Tim – Timis. Il se demande comment on a pu confier les ressources naturelles du Sénégal à des spéculateurs pressés de céder des droits sur des blocs pétroliers et gaziers. En l’occurrence, les cessions des blocs offshore de Cayar et Saint-Louis à Timis Corporation, (après éviction de Tullow Oil) puis à Kosmos Energy, et ceux onshore de Saloum et Sénégal du Sud de Tender Oil & Gas Casamance SARL à l’émiratie DAT Consultancy, à peine un an plus tard pour une bouchée de pain. La nébuleuse autour des 70% du puits gazier de Gadiaga 2, dans le bloc de Thiès, cédés à Fortesa qui n’a fourni aucun effort dans la recherche et la découverte, une entreprise américaine basée à Houston aux États-Unis où le président Macky Sall dispose d’une propriété immobilière… Pour rappel, ce dernier, ingénieur pédologue, a tour à tour été directeur de Petrosen, ministre des mines, puis Premier ministre.

Incohérente taxation
Dépité par les maigres revenus, tirés par le pays de ces ressources naturelles, par le refus d’encaisser des taxes légitimement dues à des spéculateurs de bas étage, l’auteur ne comprend pas la création de taxes qui vont toucher les classes moyennes et défavorisées sur le ciment, l’arachide, et les communications téléphoniques, à hauteur de 300 milliards sur 2017! Sa maîtrise des affaires relatées, avec chiffres, tableaux comptables et états financiers, mais aussi agrémentés de sources précises, lui ont permis d’apporter une traçabilité des accointances, des connivences de Chine à Dakar…

Dans une dernière partie, Ousmane Sonko – rappelons qu'il est le secrétaire général du parti Pastef (Patriotes du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité, créé en 2014) et qui a lancé le Front «Mankoo Wattu Senegaal» –, propose un certain nombre de solutions contre la spoliation des ressources naturelles du pays. A l’image du président Evo Morales en Bolivie, il préconise le rétablissement du Sénégal et de son peuple dans ses droits et intérêts, l’introduction d’actions judiciaires pour des réformes de fond, attaquer devant la Cour suprême les arrêtés iniques, traduire en justice Aliou Sall pour conflits d’intérêts, juger tous les contrevenants aux intérêts du peuple, saisir toute juridiction nationale, régionale ou étrangère pour ce faire… aussi, l’auteur plaide pour la mise en place d’un fonds d’investissement ou fonds pétrolier, d’organes et instruments de gestion de la ressource, un meilleur développement des recherches géologiques et minières, l’amélioration du Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (Cos Petrogaz), la formation aux métiers des hydrocarbures, réserver les meilleurs blocs à une plateforme pétrolière nationale, renforcer la SAR, bâtir une société nationale analogue à Ghana National Petroleum Corporation, Sonatrach en Algérie, Petrobras au Brésil, Aramco en Arabie saoudite, Stratoil en Norvège… pour éviter le syndrome hollandais, faire du secteur des hydrocarbures un pilier pour la mise à niveau technologique, plus de productivité et de croissance des autres secteurs, etc.

Ainsi, non seulement Ousmane Sonko déplore la concussion autour des richesses naturelles du Sénégal, mais propose une feuille de route pour une exploitation qui permettra au peuple de profiter des retombées de leur exploitation.

Daouda MBAYE, rédacteur en chef
 
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