Sénégal : Législatives et cafouillages autour de la délivrance des cartes Cedeao Version imprimable
27-07-2017
À moins de 3 jours des législatives, prévues dimanche 30 juillet 2017, ce sont près d’un million de cartes biométriques Cedeao qui ne seront pas confectionnées. À cela s’ajoutent plus de 2,5 millions de Sénégalais inscrits qui n’auront pas reçu leurs cartes et une pléthore de listes.
Le Sénégal ne peut pas se payer le luxe de rater le rendez-vous qui lui permet d’avoir la législature la plus relevée de son histoire. Tous les ténors de l’opposition et de la société civile qui avaient fait bloc contre l’ancien président Wade, le 23 juin 2011, sont têtes de liste rigoureusement respectueuses du genre ou figurent en bonne place dans les quêtes de la députation. Pourtant, à la veille du scrutin de la 13ème législature, il y a vraiment de quoi s’alarmer. Après avoir investi, en 2016, la Malaisienne Iris Berhard Corp, suite à un contrat de 76,2 millions €, soit près de 50 milliards de f CFA, par versement annuel de 10 milliards de f CFA, pour la confection de 10 millions de cartes biométriques Cedeao, sur 5 ans, bon nombre de Sénégalais ne disposeront pas du sésame, devant servir à la fois de cartes d’identité (nationale et dans la zone Cedeao) et de cartes d’électeur. Rappelons que le Sénégal est aussi sous contrat avec cette même société de Malaisie, depuis 2007, pour la conception de passeports biométriques sur une période de 20 ans…

Aujourd’hui, face aux lenteurs dans la distribution de cartes et à la confection (capacité de production quotidienne étant de 70 000), le Conseil constitutionnel, saisi dernièrement par Macky Sall, président de la République du Sénégal, vient de donner, mercredi 26 juillet 2017, son feu vert pour que les inscrits sur les listes électorales et sans cartes, d’ici le dimanche 30 juillet, puissent aller voter. Il leur sera alors exigé le récépissé d’inscription et soit une carte d’identité numérisée, une carte d’électeur numérisée, un passeport ou pour les primo-inscrits un document d’immatriculation. S’il est vrai que le chef de l’État a fait allusion à une doléance d’une partie de la société civile évoquant l’article 3, alinéa 4 de la Constitution du Sénégal qui stipule que : «Tous les nationaux sénégalais des 2 sexes, âgés de 18 ans accomplis et jouissant de leurs droits civils et politiques sont électeurs dans les conditions déterminées par la loi». Mais pour une bonne partie de l’opinion publique et des partis de l’opposition, c’est toute la démarche de refonte du fichier, qui a déjà englouti plusieurs milliards de f CFA, qui risque d’être biaisée. Le pays n’a pas encore fini de payer le contrat de la confection des CIN numérisées et des cartes électeurs numérisées (ces dernières sont obsolètes, parce que remplacées par les cartes biométriques Cedeao), et le voilà embarqué dans une autre dette de 50 milliards de f CFA.

Que des manquements!
Comment, depuis le lancement de cette nouvelle opération de carte biométrique Cedeao, le 4 octobre 2016, on en est arrivé là? Pour mémoire, ce jour de lancement officiel, en présence du Premier ministre, Mouhamed Boun Abdallah Dione, du ministre de l’Intérieur Abdoulaye, Daouda Diallo, du magistrat Doudou Ndir, président de la CENA (Commission électorale nationale autonome), et de l’ensemble de la direction de l’Automatisation du fichier électoral, Macky Sall, qui recevait sa première carte, se félicitait que : «Avec cette nouvelle carte, la sécurité est garantie, car toutes les dispositions sont prises pour assurer la sécurité avec les empreintes des 10 doigts…». Une bonne gestion du facteur temps, une bonne ergonomie et une logistique efficace ont fait défaut aux autorités.

Déjà, beaucoup de retard a été déploré au moment du déploiement des commissions d’inscriptions au Sénégal et à l’étranger. Dans certaines grandes agglomérations, c’est le 21 novembre que l’inscription démarra, soit 40 jours après le lancement officiel. En dépit des assurances de ce sous-préfet de Ndame, Modou Mbacké Fall, à des confrères, soutenant que le nécessaire sera fait pour permettre à une large majorité de citoyens de s’inscrire, des injonctions avaient alors été faites très tôt aux autorités, pour remédier aux lenteurs éventuelles dans la confection des cartes… Une fois inscrit, après de longues heures d’attente dans les queues, le numéro de portable avait été relevé pour avertir le citoyen. Il n’en fut rien. Tous les Sénégalais, conscients de leur droit de vote, ont dû faire plusieurs allers-retours au niveau des bureaux d’inscription, ou ont appelé pour s’enquérir de la disponibilité de leur carte Cedeao, en vain. Tout au plus, sur la toile et dans les réseaux sociaux, des listes ont été publiées. Fort heureusement, les distributions de cartes ont été entamées, mais un grand nombre ne retrouvent toujours pas la leur.

Les règles de délivrance ont aussi été modifiées. Du bureau d’inscription, les citoyens ont été maintenant envoyés vers le bureau de vote, sans compter les dysfonctionnements, singulièrement des destinations erronées pour un certain nombre de lots de cartes, d’autres lots ont été retrouvés hors de boîtes scellées…

Nécessaire refonte du paysage politique
L’autre cafouillage, et non des moindres, tient au fait que, face à la pléthore de listes, soit 47 au total, la loi électorale a été modifiée. Quelque 47 listes, surtout, issues – tenez-vous bien ! – de coalitions de partis politiques. Pour la petite histoire, le Sénégal compte, aux dernières statistiques mises à jour, la bagatelle de 285 partis politiques «soucieux» du développement économique du pays! Pour pallier un vote-marathon, l’Assemblée nationale a voté, jeudi 6 juillet 2017, le projet de loi n°22/2017 portant modification de l’article L78 de la loi 2017-12 du 18 janvier 2017 du code électoral. Ainsi, au lieu de prendre une enveloppe et l’ensemble des bulletins de vote, le votant choisira un minimum de 5 bulletins. L’opposition, qui n’a pas tardé à condamner un «forcing électoral», a été déboutée dans son recours. Elle a évoqué le délai minimum de 25 jours avant le scrutin, se référant au protocole additionnel de la Cedeao et à la Constitution du pays…

Gageons qu’à la suite d’un scrutin, que toutes les forces vives de la nation sénégalaise souhaitent transparent et paisible, une refonte soit entamée avec des courants politiques et/ou indépendants mais avec cette exigence de représentativité qui détermine la démocratie, loin de toute cacophonie et de querelles de chapelles.

Daouda MBaye, rédacteur en chef
 
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