Accès abonné :              


Bâ Alassane, un nouveau souffle à Shelter Africa Version imprimable
15-08-2009

Le Mauritanien Bâ Alassane a pris fonction à la tête de Shelter Africa, basée à Nairobi, en ce mois de juillet 2009. A charge pour lui de repositionner cette structure engagée sur l’un des plus grands défis de l’Afrique : l’habitat.

Bâ Alassane, natif de Walaldé, arrive à Shelter Africa.

Bâ Alassane, natif de Walaldé, arrive à Shelter Africa.

Après 18 ans passée à la Banque africaine de développement (BAD), Bâ Alassane, né en 1961 à Walaldé (Mauritanie), est le nouveau directeur général de Shelter Africa. La promotion de ce Mauritanien maîtrisant parfaitement le français, l’arabe et l’anglais ne découle pas d’un fait du prince. Il a été sélectionné parmi 200 candidats aux CV tout aussi solides que motivés et aux parcours académiques et professionnels confirmés.

Dans le plan d’affaires retenu figure la volonté d’impliquer au plus près les banques locales, notamment les banques de l’habitat, les compagnies de leasing et les institutions de microcrédit.

Mais, plus que les lauriers scolaires, le diplômé de la Faculté des sciences économiques de Dakar, de l’Ecole nationale d’administration (ENAM) et de l’Université Paris I Sorbonne bénéficie, à son avantage, d’une capacité éprouvée de gestion et de management de projets et de groupes ainsi que de la maîtrise des modalités de conversion des outils de la finance en progrès humain et social. Peu de banquiers parviennent à concilier performance financière et progrès humain.

 

Stratégie d’investissement

Bâ Alassane, lui, arrive à opérer cette conciliation qui s’apparente à une figure géométrique usuelle, appelée « grand écart ». En atteste son parcours au sein de la BAD, où il fait partie du staff depuis 1991. Après la fonction d’économiste industriel principal, il est nommé chargé d’investissement en 2002. Puis chef de division industries et services au département privé, à partir de juillet 2006. « Mon expérience est centrée principalement sur le financement de grands projets dans l’industrie, le tourisme et sur les opérations de financement et de développement du secteur financier. Mon expertise concerne également les réformes du cadre institutionnel et légal des affaires et les questions de financement et de montage de projets d’investissement, sans recours ou avec recours limité. Je suis expérimenté sur les financements d’entreprises et de projets », explique-t-il sans ambages.

En tant que chef de division, il a planifié, organisé et supervisé les activités de la division qui a réalisé 760 millions de dollars d’investissements en 2008. Il définit la stratégie d’investissement en cohérence avec les priorités opérationnelles de la banque et les orientations émanant de la direction supérieure de la banque. Il veille également à la bonne mise en œuvre de la stratégie, tenant compte à la fois des contraintes budgétaires et des ressources humaines. Il dirige le montage des opérations et assiste les responsables de projets, depuis la préparation de dossiers d’investissement jusqu’à leur approbation par le conseil d’administration.

 

A la tête de Selter Africa, Alassane Bâ devra trouver la formule magique pour offrir un logement décent à un maximum d’Africains.

A la tête de Selter Africa, Alassane Bâ devra trouver la formule magique pour offrir un logement décent à un maximum d’Africains.

Négociations souvent difficiles

Dans ses fonctions, il a eu à réaliser de nombreux investissements dans le domaine industriel, dans les fonds d’investissement, dans le leasing et dans le domaine bancaire. Membre du comité d’investissement d’Emerging Markets Partenership Africa Fund II, l’un des fonds les plus importants en Afrique, et en même temps l’observatoire le plus important pour les investissements en Afrique, Bâ Alassane fait aussi partie du conseil d’administration du Fonds panafricain de développement des infrastructures (PAIDF), doté de 625 millions de dollars. Il a été, à ce propos, et selon les témoignages des professionnels du secteur, l’un des acteurs clés pour le montage de ce fonds basé sur la mobilisation des fonds de retraite.

Parmi ses nombreuses casquettes, celle de membre du conseil consultatif de Maghreb Fund, doté d’un montant de 200 millions d’euros, et d’administrateur représentant la BAD au sein du conseil d’administration d’Afreximbank, la plus importante prise de participation de la banque africaine. Naturellement, il a eu à conduire plusieurs missions de dialogue, de promotion et de présentation des produits de la banque pour le financement de projets dans différents secteurs. Sa connaissance des dossiers du continent découle de son parcours.

En tant qu’économiste industriel, sur la période 1991-2001, il a eu à diriger plusieurs équipes pluridisciplinaires pour mener des projets industriels. Il a notamment été chargé de projets pour des programmes de réforme du secteur financier au Maroc, en Tunisie et en Côte d’Ivoire. « Cela m’a permis de développer une expertise pointue sur les questions de secteur financier dans les pays émergents en Afrique, et d’acquérir le savoir-faire nécessaire dans la conduite de négociations, souvent difficiles, avec les gouvernements, les banques commerciales, les associations professionnelles de banques et de sociétés de financement, ainsi que les banques centrales. » Une maîtrise complétée à coup sûr par des fonctions de chef de projets pour plusieurs lignes de crédit accordées à des banques tunisiennes et marocaines. Ces opérations lui ont donné l’opportunité de maîtriser le financier des secteurs de l’industrie, du tourisme, de l’habitat et des PME.

A côté de ces engagements, Bâ Alassane a été aussi à l’origine de la création de plusieurs groupes de travail, et notamment de la taskforce sur la commission d’engagement en 1998, qui a donné lieu à une nouvelle politique sur la commission d’engagement de la banque. De même, il est intervenu dans la taskforce sur l’amélioration des produits financiers de la banque en 2000. L’une des conclusions de ce projet aura été l’introduction des prêts fixes à plus de dix ans. Auparavant, Bâ Alassane a présidé la taskforce sur la compétitivité du guichet du secteur privé en 2001. Les principales conclusions de cette mission étaient centrées sur les facteurs hors prix et la compétitivité. Le rapport, produit à l’occasion, a été largement utilisé par Deloitte & Touch dans l’étude de la restructuration du Département du secteur privé.

 

Relever le défi

C’est fort de cette opportunité que le natif de Walaldé arrive à Shelter Africa, une institution qui a besoin d’un nouveau départ. A charge pour lui de relever le défi en repositionnant Shelter, laquelle, 25 ans après sa création, est toujours à la recherche de formules magiques pour loger le maximum d’Africains. Autant dire que Bâ Alassane, qui prend officiellement fonction en ce mois de juillet, aura pour première mission celle de relever la quantité des projets financés tout en maintenant la qualité du portefeuille. Ce sera son nouveau plan d’affaires, une feuille de route stratégique qui couvre la période 2007-2011 et qui a l’assentiment de la BAD et de l’AFD, deux partenaires de Shelter Africa.

La conjoncture du marché des capitaux, morose, ne sera pas le meilleur des alliés. Bâ Alassane le sait. La bataille des ressources se fera à tous les niveaux. A commencer par la mobilisation des ressources en capital, denrée devenue rare, mais qu’on peut trouver dans les sources de financement traditionnelles, mais aussi dans les pays émergents comme l’Inde et la Chine. Au-delà de l’aspect financier, le nouveau directeur général de Shelter aura pour tâche de repositionner cette structure. Il s’agit de l’emmener, au-delà de l’Afrique de l’Ouest et de l’Est – ses deux zones de prédilection –, à s’intéresser à d’autres parties du continent. « On va travailler sur l’équilibre », explique M. Bâ qui rappelle que Shelter compte 42 Etats actionnaires. Dans le plan d’affaires retenu figure la volonté d’impliquer au plus près les banques locales, notamment les banques de l’habitat, les compagnies de leasing et les institutions de microcrédit. Quant au positionnement, l’offre de Shelter balaiera tous les segments, de l’immobilier social à la résidence immobilière. Les différents partenaires, promoteurs immobiliers, banques, collectivités locales, apporteront chacun sa pierre à l’édifice dans ce nouveau départ de Shelter Africa.

 

Adama Wade

 
< Précédent   Suivant >