Omar el-Béchir, la victoire forcément, mais sans légitimité Version imprimable
06-05-2010

16 millions de Soudanais ont été appelés aux urnes, le 11 avril dernier, pour la première fois depuis 24 ans. Le président était assuré d’emporter un scrutin tronqué, mais pas d’obtenir la légitimé qu’il escomptait.

El-Bechir : « 
Si le SPLM refuse les élections, nous allons rejeter le référendum. »

El-Bechir : « Si le SPLM refuse les élections, nous allons rejeter le référendum. »

La revanche n’aura probablement pas lieu. Evincé du pouvoir par le coup d’Etat d’Omar el-Bechir, l’actuel président, l’ancien Premier ministre Sadek al-Mahdi, rêvait d’un second tour, cette fois dans les urnes. Il n’en sera rien. Les élections présidentielles, législatives et locales soudanaises auront bien lieu à partir du 11 avril prochain, mais Al-Mahdi, chef du Parti Umma (nationaliste), s’est retiré en même temps que les trois autres candidats significatifs, Mubarak al-Fadil, chef d’une autre faction du Parti Umma, Ibrahim Nugud, du Parti communiste, et Hatem al-Sir, du Parti unioniste démocrate (DUP), réunis dans une coalition baptisée Consensus national. Ils jugent le scrutin présidentiel joué d’avance, depuis que le principal rival du président sortant, le leader du Sud-Soudan, Yasser Arman, du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM, ex-rébellion du Sud), a décidé de boycotter la présidentielle. Il a argué de « problèmes d’organisation préfigurant des fraudes et de l’impossibilité de tenir un scrutin au Darfour » pour justifier sa décision.

 

Sauver le référendum

Toutefois, le SPLM entend participer aux élections parlementaires et locales, sauf au Darfour, pour deux raisons au moins : les élus seront aux premières loges lors du référendum sur l’autodétermination du Sud-Soudan, prévu en janvier 2011, et, par ailleurs, les élections faisant partie de l’accord de paix qui prévoit le référendum, un boycott total aurait peut-être fourni au régime le prétexte idéal pour ne plus le tenir. Le président el-Bechir, en meeting à Bentiu, capitale de l’Etat de l’Unité, dans le centre du pays, avait été menaçant. « Si le SPLM refuse les élections, nous allons rejeter le référendum », avait-il déclaré.

 

Honorabilité

Une menace toutefois difficile à mettre à exécution. Sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), qui l’accuse de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité au Darfour, il compte sur le scrutin, et ensuite sur le référendum, pour s’acheter un peu d’honorabilité internationale. Or, la communauté internationale tient particulièrement à la fois aux élections et au référendum. Elle veut qu’un terme soit mis aux tueries au Sud-Soudan. Malgré l’accord de paix, plus de 2500 morts y ont été déplorés en 2009.

Accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité au Darfour, le président el-Bechir compte sur le scrutin, et ensuite sur le référendum, pour s’acheter un peu d’honorabilité internationale.

Malgré les demandes de report de l’opposition, qui estime le processus mal préparé, le représentant spécial de l’ONU, Haile Menkerios, a encore appelé à la tenue du scrutin. « Les élections doivent se tenir conformément à l’agenda fixé par l’Accord de paix global, et doivent être organisées dans une atmosphère qui contribue à garantir un processus libre et juste ».

Même son de cloche du côté de Scott Gration, l’émissaire américain au Soudan. Dans une déclaration teintée de naïveté, il s’est contenté de la proclamation de bonne foi de la Commission électorale pour se dire confiant quant à la tenue des élections. « La Commission électorale m’a fourni plusieurs informations me donnant confiance que les élections vont commencer à la date prévue et seront aussi libres et justes que possible ».

Le Panel de haut niveau de l’Union africaine pour le Soudan, présidé par l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, en visite à Bruxelles, a aussi estimé que « tout devrait être mis en œuvre pour éviter tout boycottage ».

 

Loyautés tribales

Dans ce concert, il n’y a que les Organisations non gouvernementales pour faire entendre une voix discordante. « Les conditions légales pour des élections libres et justes n’existent tout simplement pas. La communauté internationale doit reconnaître que le vainqueur des élections manquera de légitimité », indique ainsi International Crisis Group. Il soutient que le Parti du Congrès national (NCP) du président « a manipulé le recensement et l’enregistrement des électeurs sur les listes, rédigé, à son avantage, la loi électorale, dessiné à sa guise les circonscriptions, coopté des leaders traditionnels et acheté les loyautés tribales à travers l’ensemble du Soudan, mais spécialement au Darfour ». Sous état d’urgence, le Darfour a enregistré environ 300 000 morts et 2,7 millions de déplacés depuis 2003. 

 

CES

 
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