Accès abonné :              


Régis Facia, petit distributeur devenu grand Version imprimable
06-06-2008

Il était bien le seul à y croire. Sa persévérance a fini par payer.

Régis Facia.

Régis Facia.

Par Hance Gueye, Dakar

Régis Facia, 43 ans, marié et père de deux enfants. Diplômé de l’ESC de Grenoble, Master en marketing. Rentré au Bénin en 1993, il commence à travailler comme cadre, ingénieur commercial dans un groupe informatique américain dénommé WANG. C’est là qu’il reprend racine au Bénin qu’il avait quitté pendant 12 ans. Il trempe très vite à nouveau dans l’ambiance du pays.
Il analyse l’environnement qu’il trouve plutôt positif, propice aux projets novateurs. Il observe ainsi le manège incessant, à l’UNICEF, le Fonds des Nations unies pour l’enfance, de la distribution du courrier et des retards souvent fâcheux, qui sanctionnaient régulièrement le travail des employés.
Ainsi, l’idée lui en vient de créer un business plan de distribution de courrier. Douche froide. Le projet, qui lui apparaît à la fois si novateur et si porteur, est rejeté en bloc par tout le monde. Pendant longtemps, aucun soutien pour cette initiative.
Il fait le tour des banques. Elles rejettent toutes le projet, le traitant de superflu, inadapté au contexte local, voire même farfelu. Il se tourne du côté de ses parents. Au Bénin et en Afrique, en général, le cercle familial se substitue souvent aux banques frileuses. Même déception. Aucun soutien. Il ne récoltera que des menaces, en surcroît.

Deux motos et une voiture d’occasion. Ainsi commence la petite histoire de Top Chrono.

Sœur bénie
Pas toute la famille, en réalité, ne rejette son projet. Il reste sa sœur, qui travaille à Paris avec son mari. Il leur envoie le fameux business plan. Sans trop y croire. Par acquis de conscience. A sa surprise, ils applaudissent le projet, le trouvent très intéressant. Surtout, ils joignent le geste à la parole et lui envoient sur le champ une première somme de 20 000 FF pour commencer. L’affaire peut partir. Il s’achète deux motos et une voiture d’occasion. Ainsi commence la petite histoire de Top Chrono.
Ce qui fut loin d’être facile. Au tout début, pendant six mois, pas un coup de fil. Et malgré ses multiples démarches pour trouver des marchés, point de courrier à distribuer à l’horizon. Une situation qui va contribuer à l’isoler de son entourage. Il est de plus en plus marginalisé. Il rase les murs, car tout le monde se méfie. Il est évité, très poliment, dira-t-il en riant.

Heureuse rencontre
Mais il continue, sans relâche, ses prospections du marché béninois jusqu’au jour où, par une heureuse circonstance, il rencontre le directeur de la société SAGA, filiale du groupe Bolloré, qui accepte de lui confier la distribution de son courrier à l’interne. Une mission qu’il remplit si bien que peu de temps après SAGA lui propose de développer un de ses produits, dénommé SAGA Express.
C’est l’ouverture au monde. Car les activités de la petite entreprise Top Chrono se développent de façon fulgurante, tant au plan local qu’international. Pour accompagner son entreprise, Facia use d’outils de gestion très performants pour assurer une protection globale du courrier qui lui est confié, mais aussi pour trouver des solutions à tous les problèmes qui se posent. Un manuel de qualité et de sûreté définit le process de l’exécution de toutes les tâches.
Une importance particulière est donnée aux réunions pour permettre à tous les départements d’apprécier les services rendus et d’adopter une action corrective à toutes les défaillances, quelles qu’elles soient, rencontrées par le client. Il peut du reste, grâce à des procédures bien intégrées, suivre en temps réel toutes les informations sur son expédition.
La rigueur n’est jamais de trop dans ce métier puisque, malgré tout, Top Chrono a déjà perdu de gros marchés à cause de quelques défaillances. Ce n’est pas pour décourager le manager. Il redouble de vigilance, ne tolère plus un seul relâchement. Aujourd’hui, Top Chrono emploie plus de 100 personnes formées aux normes internationales et qui appliquent avec rigueur les procédures arrêtées. Ainsi, avec plus de 30 000 expéditions à l’interne (Cotonou et intérieur du Bénin) comme à l’international, Top Chrono est le leader sur le marché express de la distribution de courrier au Bénin.

Partenariat
Le projet s’est ensuite étendu à la sous-région avec l’ouverture d’un bureau en 1997 à Lomé, au Togo, un autre en 1998 à Ouagadougou, au Burkina-Faso, et à Dakar, au Sénégal, en 1999. Mais cette dernière expérience, pourtant des plus prometteuses, n’a pas été concluante. Elle s’est interrompue pour des raisons de procédures administratives.
Sur le plan international, la rigueur dans les procédures a payé. Top Chrono s’est rapidement ouvert au monde. Un partenariat solide avec le groupe SAGA Express, la SODEXI, filiale du groupe Air France, et enfin la FEDEX, numéro un mondial du courrier express, CHRONOPOST en Europe lui garantissant une livraison rapide dans le monde entier.
Les prix ? « Ils sont adaptés à l’environnement. Par exemple, une livraison interurbaine au Bénin ne coûte que 500 FCFA, moins d’un euro. Et au niveau international, nous restons toujours compétitifs par rapport aux concurrents sur le marché bien avant nous », s’explique Régis Facia.

Jusqu’au jour où, par une heureuse circonstance, il rencontre le directeur de la société SAGA, filiale du groupe Bolloré, qui accepte de lui confier la distribution de son courrier à l’interne.

Malfrats
Avec ses concurrents, d’ailleurs, notamment DHL, il entretient des rapports soutenus. « Nous sommes obligés de travailler ensemble, la main dans la main, pour démanteler les réseaux de malfrats ». En effet, par le transport express maintenant, il se développe beaucoup d’activités illicites, criminelles. Ainsi, ils se passent des informations et tiennent même des réunions pour éventrer les tours de passe-passe des réseaux malveillants. Le transport express n’en reste pas moins pour Facia un secteur d’avenir, surtout avec le développement de la vente par Internet.
C’est dans ce cadre que Top Chrono est en train de lancer, avec la SODEXI, un nouveau produit intitulé « Express Market ». Un hypermarché virtuel de près de 60 000 produits référencés, du vélo de sport
au bazar, pièces détachées, etc., accessible via Internet ou catalogue sur site. Il est convaincu que ce genre de marché convient parfaitement aux Africains qui ne disposent pas toujours de cartes de crédit ou redoutent les paiements en ligne. Là, ils ont la possibilité de payer en monnaie locale pour une livraison sous 72 heures.
Ce dynamisme vient d’être reconnu par les siens. Il a été élu vice-président du Conseil national du patronat du Bénin...

Diaspora
Il pense souvent à la diaspora. Le continent compte beaucoup de cadres de haut niveau, qui excellent dans les plus grandes entreprises du monde entier, souligne-t-il. « Les pouvoirs publics doivent trouver les mécanismes du retour de ces managers sans lesquels notre développement économique sera très difficile. Cette diaspora est porteuse de valeurs intellectuelles et d’expériences qui peuvent participer de l’émergence de compétences locales, mais aussi susciter une forte mobilisation vers l’excellence. »
Et la politique ? « C’est un métier. C’est un art. Un sacerdoce. Je pense que l’on peut servir son pays sans faire de la politique. Et je me plais bien dans mon métier de chauffeur-livreur de courrier. »

 
< Précédent   Suivant >