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Il était bien le seul à y croire. Sa persévérance a fini par payer.
Régis Facia.
Par Hance Gueye, Dakar
Régis Facia, 43 ans, marié et père de deux enfants. Diplômé de l’ESC de
Grenoble, Master en marketing. Rentré au Bénin en 1993, il commence à
travailler comme cadre, ingénieur commercial dans un groupe
informatique américain dénommé WANG. C’est là qu’il reprend racine au
Bénin qu’il avait quitté pendant 12 ans. Il trempe très vite à nouveau
dans l’ambiance du pays.
Il analyse l’environnement qu’il trouve plutôt positif, propice aux
projets novateurs. Il observe ainsi le manège incessant, à l’UNICEF, le
Fonds des Nations unies pour l’enfance, de la distribution du courrier
et des retards souvent fâcheux, qui sanctionnaient régulièrement le
travail des employés.
Ainsi, l’idée lui en vient de créer un business plan de distribution de
courrier. Douche froide. Le projet, qui lui apparaît à la fois si
novateur et si porteur, est rejeté en bloc par tout le monde. Pendant
longtemps, aucun soutien pour cette initiative.
Il fait le tour des banques. Elles rejettent toutes le projet, le
traitant de superflu, inadapté au contexte local, voire même farfelu.
Il se tourne du côté de ses parents. Au Bénin et en Afrique, en
général, le cercle familial se substitue souvent aux banques frileuses.
Même déception. Aucun soutien. Il ne récoltera que des menaces, en
surcroît.
Deux motos et une voiture d’occasion. Ainsi commence la petite histoire de Top Chrono.
Sœur bénie
Pas toute la
famille, en réalité, ne rejette son projet. Il reste sa sœur, qui
travaille à Paris avec son mari. Il leur envoie le fameux business
plan. Sans trop y croire. Par acquis de conscience. A sa surprise, ils
applaudissent le projet, le trouvent très intéressant. Surtout, ils
joignent le geste à la parole et lui envoient sur le champ une première
somme de 20 000 FF pour commencer. L’affaire peut partir. Il s’achète
deux motos et une voiture d’occasion. Ainsi commence la petite histoire
de Top Chrono.
Ce qui fut loin d’être facile. Au tout début, pendant six mois, pas un
coup de fil. Et malgré ses multiples démarches pour trouver des
marchés, point de courrier à distribuer à l’horizon. Une situation qui
va contribuer à l’isoler de son entourage. Il est de plus en plus
marginalisé. Il rase les murs, car tout le monde se méfie. Il est
évité, très poliment, dira-t-il en riant.
Heureuse rencontre
Mais il continue, sans relâche, ses prospections du marché béninois
jusqu’au jour où, par une heureuse circonstance, il rencontre le
directeur de la société SAGA, filiale du groupe Bolloré, qui accepte de
lui confier la distribution de son courrier à l’interne. Une mission
qu’il remplit si bien que peu de temps après SAGA lui propose de
développer un de ses produits, dénommé SAGA Express.
C’est l’ouverture au monde. Car les activités de la petite entreprise
Top Chrono se développent de façon fulgurante, tant au plan local
qu’international. Pour accompagner son entreprise, Facia use d’outils
de gestion très performants pour assurer une protection globale du
courrier qui lui est confié, mais aussi pour trouver des solutions à
tous les problèmes qui se posent. Un manuel de qualité et de sûreté
définit le process de l’exécution de toutes les tâches.
Une importance particulière est donnée aux réunions pour permettre à
tous les départements d’apprécier les services rendus et d’adopter une
action corrective à toutes les défaillances, quelles qu’elles soient,
rencontrées par le client. Il peut du reste, grâce à des procédures
bien intégrées, suivre en temps réel toutes les informations sur son
expédition.
La rigueur n’est jamais de trop dans ce métier puisque, malgré tout,
Top Chrono a déjà perdu de gros marchés à cause de quelques
défaillances. Ce n’est pas pour décourager le manager. Il redouble de
vigilance, ne tolère plus un seul relâchement. Aujourd’hui, Top Chrono
emploie plus de 100 personnes formées aux normes internationales et qui
appliquent avec rigueur les procédures arrêtées. Ainsi, avec plus de 30
000 expéditions à l’interne (Cotonou et intérieur du Bénin) comme à
l’international, Top Chrono est le leader sur le marché express de la
distribution de courrier au Bénin.
Partenariat
Le projet s’est
ensuite étendu à la sous-région avec l’ouverture d’un bureau en 1997 à
Lomé, au Togo, un autre en 1998 à Ouagadougou, au Burkina-Faso, et à
Dakar, au Sénégal, en 1999. Mais cette dernière expérience, pourtant
des plus prometteuses, n’a pas été concluante. Elle s’est interrompue
pour des raisons de procédures administratives.
Sur le plan international, la rigueur dans les procédures a payé. Top
Chrono s’est rapidement ouvert au monde. Un partenariat solide avec le
groupe SAGA Express, la SODEXI, filiale du groupe Air France, et enfin
la FEDEX, numéro un mondial du courrier express, CHRONOPOST en Europe
lui garantissant une livraison rapide dans le monde entier.
Les prix ? « Ils sont adaptés à l’environnement. Par exemple, une
livraison interurbaine au Bénin ne coûte que 500 FCFA, moins d’un euro.
Et au niveau international, nous restons toujours compétitifs par
rapport aux concurrents sur le marché bien avant nous », s’explique
Régis Facia.
Jusqu’au jour où, par une heureuse
circonstance, il rencontre le directeur de la société SAGA, filiale du
groupe Bolloré, qui accepte de lui confier la distribution de son
courrier à l’interne.
Malfrats
Avec ses concurrents, d’ailleurs, notamment DHL, il entretient des rapports soutenus. « Nous sommes obligés de travailler ensemble, la main dans la main, pour démanteler les réseaux de malfrats ».
En effet, par le transport express maintenant, il se développe beaucoup
d’activités illicites, criminelles. Ainsi, ils se passent des
informations et tiennent même des réunions pour éventrer les tours de
passe-passe des réseaux malveillants. Le transport express n’en reste
pas moins pour Facia un secteur d’avenir, surtout avec le développement
de la vente par Internet.
C’est dans ce cadre que Top Chrono est en train de lancer, avec la SODEXI, un nouveau produit intitulé « Express Market ». Un hypermarché virtuel de près de 60 000 produits référencés, du vélo de sport
au bazar, pièces détachées, etc., accessible via Internet ou catalogue
sur site. Il est convaincu que ce genre de marché convient parfaitement
aux Africains qui ne disposent pas toujours de cartes de crédit ou
redoutent les paiements en ligne. Là, ils ont la possibilité de payer
en monnaie locale pour une livraison sous 72 heures.
Ce dynamisme vient d’être reconnu par les siens. Il a été élu vice-président du Conseil national du patronat du Bénin...
Diaspora
Il pense souvent à la diaspora. Le continent compte beaucoup de cadres
de haut niveau, qui excellent dans les plus grandes entreprises du
monde entier, souligne-t-il.
« Les pouvoirs publics doivent trouver les mécanismes du retour de ces
managers sans lesquels notre développement économique sera très
difficile. Cette diaspora est porteuse de valeurs intellectuelles et
d’expériences qui peuvent participer de l’émergence de compétences
locales, mais aussi susciter une forte mobilisation vers l’excellence. »
Et la politique ? «
C’est un métier. C’est un art. Un sacerdoce. Je pense que l’on peut
servir son pays sans faire de la politique. Et je me plais bien dans
mon métier de chauffeur-livreur de courrier. »
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