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Libye : les banques tournent la page du Livre Vert Version imprimable
10-11-2010

Le secteur bancaire libyen s’est largement débarrassé des séquelles d’une gestion prudentielle défaillante, héritée des longues décennies de dirigisme étatique. Les créances douteuses ne représentent plus que 15% des encours bancaires, contre 70% en 2001.

La Banque centrale de Libye.

La Banque centrale de Libye.

Entamé au début des années 2000 avec le tournant libéral intervenu dans le sillage de la réintégration de la Libye dans la communauté internationale, le chantier de l’assainissement des actifs des banques libyennes commence à aboutir à des résultats satisfaisants. Conseillées par le prestigieux cabinet canadien McKinsey et poussées dans le dos par les institutions de Bretton Woods, les autorités monétaires libyennes ont réussi à ramener la moyenne des créances en souffrance de l’ensemble du secteur bancaire à 15% à la fin du premier semestre 2010, contre 70% en 2001 et 35,2% en 2005. Ces créances litigieuses, selon la terminologie locale, qui étaient longtemps considérées comme le principal talon d’Achille des banques libyennes, ne représentent plus que 1,6% du PIB du pays, contre 8% en 2001, selon un récent rapport de la Banque centrale de Libye (BCL).

Avec des taux de créance en souffrance inférieurs à 10%, les banques privées comme Aman Bank for Commerce & Investment et Bank of Commerce & Development (BCD) font figure de bons élèves. A l’inverse, les grandes banques publiques, dont Goumhiria Bank et National Commercial Bank, continuent à traîner des portefeuilles de créances douteuses représentant plus de 25% du total de leurs encours.

En dépit de ces disparités, la baisse des actifs douteux des banques libyennes est d’autant plus spectaculaire que le Fonds monétaire international (FMI) s’en est réjoui dans son dernier rapport sur l’économie libyenne, publié fin octobre dernier. « Les banques libyennes, qui étaient il y a encore quelques années techniquement insolvables selon les critères internationaux du contrôle bancaire, ont largement réussi à améliorer la qualité de leurs actifs », a indiqué Ralph Chami, chef de division au département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI, qui a conduit une mission spéciale en Libye du 17 au 28 octobre, jugeant « très encourageants » les progrès réalisés dans l’application de la plupart des recommandations de son institution.

 

La page définitivement tournée

Selon le FMI, les créances douteuses qui ont longtemps plombé les établissements de crédits libyens provenaient en grande partie des organismes publics. Pour concrétiser ses promesses de justice sociale et de prospérité, le colonel Mouammar Kadhafi avait joué, dès son arrivée au pouvoir en 1969, la carte d’un « socialisme populaire », avec son cortège de redistributions indirectes des revenus pétroliers au peuple sous forme de biens et de services subventionnés, mais aussi de prêts bancaires aux entreprises qui n’offraient pas de garanties solides. « La plupart des créances classées proviennent des crédits accordés à des organismes nationaux spécialisées dans la construction de logements et à des entreprises publiques qui ont été par la suite dissoutes ou fusionnées », reconnaît Ali Chénibiche, directeur du Centre des recherches et des statistiques à la BCL.

Même si l’épithète « socialiste » reste encore accolée au mot Jamahiriya (l’État des masses, ndlr), la page du Livre Vert, condensé de la pensée économique révolutionnaire de l’homme fort de Tripoli, a été définitivement tournée.

L’assistance technique et les conseils du FMI ont certes joué un rôle important dans la radiation des créances douteuses, mais le mérite revient en premier lieu aux autorités locales, qui ont remboursé les créances accrochées des entreprises publiques défaillantes ou dissoutes. Le traitement des crédits non performants du secteur privé a été, quant à lui, confié depuis 2006 à une société de recouvrement qui n’a pas hésité à trainer les mauvais payeurs en justice.

La Banque centrale de Libye s’est également dotée d’une centrale de risques qui lui permet de connaître le profil du risque des clients des établissements de crédit, comme en atteste le lancement récent d’une enquête sur des irrégularités constatées dans la gestion prudentielle de Sahara Bank, filiale du groupe français BNP Paribas. Ces irrégularités consistent en l’octroi de facilités bancaires de l’ordre de « dizaines de millions d’euros » à des clients qui n’offraient pas de garanties suffisantes.

Dans le même temps, le régulateur du système bancaire libyen a sommé les banques d’accroître leurs provisions, ce qui a permis au taux de couverture des crédits non-performants d’atteindre 90% à la fin du premier semestre 2010, contre 53% en 2005.

Les objectifs nationaux visent à réduire la part des actifs classés à moins de 10%, et à porter le taux de couverture de ces créances par les provisions à 100% en 2012.

Walid Kéfi

 
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