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« L’Afrique de l’Ouest est presque intacte » Version imprimable
28-05-2008

Hedge funds en Afrique : points de vue croisés de deux spécialistes, l’un à New-York, l’autre à Londres.

Entretien réalisé par  Charles Bambara, Londres

Oridun Capital Management est un fonds new-yorkais qui travaille étroitement avec Etheios, un autre hedge fund installé à Londres avec des références en Europe et au Moyen-Orient. Oridun est plutôt actif en Afrique de l’Ouest. Dans cet entretien, le directeur de Oridun Capital management, Abidum Adissa, et Joseph Buchanan, le directeur des opérations à Etheios, croisent leurs points de vue sur les potentialités africaines

Les Afriques : Pour ceux qui ne connaissent pas, un hedge fund, qu’est-ce que c’est ?
Joseph Buchanan :
C’est un fonds qui fait appel à des professionnels sophistiqués et à des investisseurs avisés. On les appelle des fonds spéculatifs ou alternatifs, et les investisseurs sont généralement prêts à prendre plus de risques que dans les autres secteurs d’activité financière.

« Nous pouvons investir dans tous les marchés, dans toutes les régions. Nous sommes plus présents en Afrique de l’Ouest parce que nous avons identifié un besoin dans cette région. »

LA : Considérez vous votre compagnie comme un hedge fund ?
Abidum Adissa : C’est un hedge fund, nous utilisons toutes les opportunités d’investissement qui se présent à nous. Nous pouvons investir dans tous les marchés, dans toutes les régions. Nous sommes plus présents en Afrique de l’Ouest parce que nous avons identifié un besoin dans cette région. En Afrique du Sud, il y a beaucoup de hedge funds locaux, et il y a pas mal d’investisseurs internationaux qui sont bien établis dans ce pays. L’Afrique de l’Ouest est presque intacte, donc il y a plus d’opportunités dans cette région, et nous pouvons aider les entrepreneurs et les hommes d’affaires à avoir de la liquidité et à prospérer.

LA : Pensez-vous que ce genre d’institutions financières a sa place en Afrique ?
AA : Il s’agit de voir si ces hedge funds répondent à un besoin précis. Et personnellement je crois qu’il y a un besoin de hedge funds en Afrique plus qu’ailleurs dans le monde. Parce que les besoins d’investissement sont immenses. En Afrique, par exemple, les banques n’investissent pas beaucoup dans le privé. Et les hedge funds peuvent combler ce vide. Nous pouvons fournir de la liquidité là où elle manque. Une particularité des hedge funds, c’est le financement à court terme, mais de toute évidence ils peuvent aider à mettre en place des investissements.

LA : Quelle serait donc la différence entre un private equity et un hedge fund ?
JB : Les lignes de partage se rétrécissent de nos jours, car certains hedge funds agissent parfois comme des private equity. Le hedge fund est en réalité une source de financement pour le secteur privé. Le private equity, en général, acquiert une majorité d’actions et participe au management, et à la direction de l’entreprise. A mon avis, les private equity se tournent un peu plus vers les entreprises privées et les hedge funds vers les marchés.
AA : Moi je pourrais ajouter que les private equity investissent généralement sur une plus longue période, et les hedge funds généralement sur douze mois jusqu'à un maximum de trois ans, mais pas plus.

LA : Dans ces périodes de crise économique et financière, il semble que les hedge funds soient plus touchés que les private equity par la crise des subprimes, pourquoi cela ?
AA : Les hedge funds ont fait appel ces derniers temps au leverage finance. Et donc quand le marché est en dépression, ils n’ont pas accès à leur source de financement. Ce qui affecte beaucoup de hedge funds dans les pays occidentaux. Mais pour les fonds africains comme le nôtre, nous utilisons très peu les fonds leverage. Parce que dans tous les cas personne ne nous donnera ces fonds de leverage. (Rires…)

LA : Mais il semble que les pays anglophones sont plus en phase avec ce genre d’institutions financières que les pays francophones… pourquoi cela ?
AA : Je crois que c’est une question de temps. Cela va changer car je remarque qu’il y a de plus en plus d’intérêt de la part des pays francophones pour ce genre de financements.

LA : Vous pensez à quel pays par exemple ?
AA : A la Cote d’Ivoire par exemple. Il y a encore cette crise qui est en voie de règlement, mais je crois que la relance est annoncée. Comme vous le savez, l’Afrique regorge de matières premières nécessaires pour les autres régions du monde. Il y a des gens qui ont besoin de ces ressources pour développer leurs affaires.

LA : Quels sont vos champs d’investissement en Afrique de l’Ouest ?
AA : Tout d’abord nous visons des entreprises privées qui sont bien établies, depuis trois ans ou depuis une dizaine d’années. Dans certains secteurs où nous voulons investir, nous ne trouvons malheureusement pas de compagnies sérieuses à soutenir, comme dans le secteur agricole. Il n’y a pas beaucoup de grosses entreprises agricoles qui sollicitent notre appui.

LA : Mais traditionnellement vous savez qu’en Afrique les hommes d’affaires et les entreprises vont dans les banques commerciales pour emprunter de l’argent, est-ce qu’il y a une évolution à ce niveau ? Font-ils de plus en plus appel à d’autres sources de financement ?
AA : Cela est en train de changer effectivement, car on perçoit maintenant les marchés financiers comme des opportunités. Avant, les Africains voulaient contrôler à 100% une entreprise, même si elle n’était pas rentable, mais maintenant les gens croient qu’il est préférable de détenir 1% d’une société qui marche. Ainsi les entreprises familiales s’ouvrent de plus en plus aux investisseurs privés, pour devenir des sociétés anonymes.

LA : Selon les Nations unies, les investissements en Afrique restent toujours faibles, alors que nous savons que beaucoup plus de hedge funds, de private equity, de fonds et de banques d’investissement s’intéressent à l’Afrique. Comment expliquer cette faiblesse des investissements sur le continent ?
AA : On ne peut nier qu’il y a eu un accroissement des investissements en Afrique. Mais lorsque vous comparez cela au niveau des investissements en Asie et au Moyen-Orient, ça reste insignifiant.

LA : Pour ceux qui connaissent mal ces hedge funds, que pouvez-vous leur dire pour les encourager à faire appel à ces structures plutôt qu’a d’autres institutions pour des investissements ?
AA : Pour moi, les hedge funds sont une meilleure option d’investissement, comparé à tout autre fonds, ou option financière. Mais les hedge funds doivent faire un effort pour mieux se faire connaître, car les opportunités sont immenses. Les fonds de pension qui existent par exemple font des placements au niveau des bourses, alors que les hedge funds pourraient offrir de meilleures opportunités. Les hedge funds dégagent des bénéfices plus importants.

 
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