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Amadeus «La course vers l’eldorado africain n’a pas échappé au Maroc» Version imprimable
13-10-2014
Fort de sa légitimité construite au fil des années en décodant les changements structurels du continent, qu’ils soient économiques ou géostratégiques, l’Institut Amadeus a décidé de profiter de la fenêtre de tir ouverte par la récente tournée royale en Afrique, pour réaliser une étude sur le partenariat Maroc-Afrique.
 
Décrite comme étant «volontairement globale et généraliste», cette étude réalisée par les équipes de l’Institut Amadeus établit d’abord un état des lieux en soulignant qu’au moment où les taux de croissance sont en berne dans les pays développés et que les économies émergentes d’Asie et d’Amérique latine connaissent un ralentissement important, l’Afrique, avec un PIB supérieur à 2 000 milliards de dollars, affiche des taux de croissance supérieurs à 6% et attire de plus en plus d’acteurs. Ainsi, les investisseurs internationaux, à la recherche de positions à haut rendement, ont placé 56 milliards de dollars en Afrique en 2013, contre 53 milliards dollars en 2012. Ils confirment ainsi leur intérêt pour le continent noir. En ce qui concerne le commerce de marchandises, les échanges commerciaux ont dépassé les 1 200 milliards de dollars en 2012, alors qu’ils étaient proches de 600 milliards de dollars en 2005, soit un doublement en moins de 7 ans. Dès le départ, l’étude confirme que l’Afrique attire de plus en plus les économies émergentes sur son territoire au détriment des anciennes puissances coloniales. La Chine, avec 200 milliards de dollars d’échanges commerciaux en 2012, est le premier partenaire commercial du continent africain, reléguant les États-Unis en seconde position, avec un volume d’échanges de 100 milliards de dollars en 2012. L’Inde, la Turquie, la Malaisie, la Corée du Sud, le Brésil comptent parmi les nouveaux partenaires de l’Afrique avec qui les échanges se sont fortement renforcés au cours des dernières années. Au-delà de l’attrait pour les ressources naturelles et les matières premières dont regorge le continent, l’Afrique constitue aussi un marché intérieur important. Avec une population de plus d’un milliard d’habitants et qui devrait atteindre plus de 2 milliards d’individus en 2050, des taux d’urbanisation galopants ainsi que la constitution d’une classe moyenne importante, les économies africaines devraient être amenées à faire évoluer leur modèle vers un développement tiré par la demande intérieure. Dans ce même cadre, ce rapport de l’Institut Amadeus affirme que «la course vers l’eldorado africain n’a pas échappé au Maroc». Et d’expliquer que la récente tournée du roi du Maroc Mohammed VI, en février et mars 2014, dans quatre pays africains, a permis de renforcer le rôle de locomotive économique que joue le Maroc sur le continent, et notamment en Afrique de l’Ouest. «La vision du Royaume, telle que portée par S.M. le roi Mohammed VI, est basée sur la particularité de la relation historique et religieuse entre le Maroc et l’Afrique», et s’inscrit dans un schéma inédit construit autour des notions de co-développement, de solidarité Sud-Sud renforcée et de forte dimension sociale. Aujourd’hui, les champions marocains sont implantés dans de nombreux pays d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest, que ce soit dans le secteur bancaire (Attijariwafa bank, BMCE Bank, Banque Populaire), dans les télécommunications (Maroc Telecom), dans les assurances, l’énergie ou l’immobilier. Le stock des IDE (investissements directs étrangers) marocains en Afrique totalise 8,5 milliards de dirhams en 2012 et sur la période 2008-2013, chaque année, ce sont environ 2 milliards de dirhams qui ont été investis en Afrique subsaharienne. Le Maroc souhaite également se positionner comme un hub vers l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest et a mis en place un certain nombre d’actions visant à attirer les investisseurs internationaux en quête d’un canal idoine pour pénétrer le marché africain, telles que l’assouplissement des cadres juridiques régissant les relations commerciales et d’investissement, amélioration du climat des affaires, développement et mise à niveau des infrastructures de transport, création de la plate-forme financière Casablanca Finance City, multiplication des dessertes aériennes dans les villes africaines par la Royal Air Maroc.
 
Le Maroc, 46ème partenaire commercial de l’Afrique
 
Par ailleurs, ces nombreuses success-stories marocaines ne doivent pas occulter le fait que l’Afrique re-présente toujours une faible part des échanges commerciaux du Maroc. Avec, seulement 4 milliards de dollars d’échanges commerciaux de marchandises en 2012, le Maroc est le 46ème partenaire commercial de l’Afrique, derrière l’Algérie (41ème) et la Tunisie (38ème). Et réciproquement, la répartition géographique des échanges commerciaux du Maroc avec l’extérieur fait apparaître l’Afrique comme le 4ème partenaire commercial régional du Maroc avec une part de 6,5% du commerce extérieur total marocain. On retrouve l’Europe en première position avec 62,2% du total des échanges (avec comme partenaires historiques la France et l’Espagne), puis l’Asie et l’Amérique, avec des parts respectives de 19% et 12%. L’évolution de la part de l’Afrique dans les échanges commerciaux du Maroc avec l’extérieur fait apparaître un gain de 2,4 points seulement sur une décennie (2004-2013), alors que les parts perdues par l’Europe sur la même période (-9,2 points, en raison de la crise économique et financière qui touche la zone euro) ont été gagnées principalement par le continent asiatique (+4,3 points) et le continent américain (+2,7 points). En excluant les pays d’Afrique du Nord, on se retrouve rapidement avec une part des échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne de 2,6% pour un volume total d’échanges de 14,5 milliards de DH pour l’année 2013 et qui concerneraient 930 entreprises marocaines. Bien qu’en progression constante, le volume des échanges a quasiment doublé sur la période 2009-2013, et ce, principalement grâce à l’accroissement des exportations comme le montre le taux de couverture des importations par les exportations qui est en augmentation constante et avoisine les 400% en 2013. Il est à souligner que le potentiel économique des relations commerciales entre le Maroc et la région subsaharienne est encore largement sous-exploité.
 
En 2013, plus d’un tiers des exportations vont vers l’Afrique subsaharienne
 
Toutefois, l’étude de l’Institut Amadeus développe que le Maroc achète principalement des matièrespremières en Afrique (le gaz de pétrole et autres hydrocarbures qui représentent 54% des produits importés de l’Afrique en 2013) et y exporte des produits manufacturés (préparations de conserves de poissons et crustacés, huiles de pétrole et lubrifiants, engrais naturels et chimiques, voiture de tourisme). Cette typologie d’échanges commerciaux peut s’identifier aisément à des relations traditionnelles Nord-Sud avec le Maroc qui exporte des produits finis ou semi-finis en Afrique et qui y achète des produits de base ou faiblement transformés. Et de noter également que les principaux clients du Maroc en Afrique subsaharienne sont des économies africaines faisant partie de l’Afrique francophone (Sénégal, Mauritanie, Guinée et Côte d’Ivoire) et représentent en 2013 plus d’un tiers des exportations à destination de l’Afrique subsaharienne. En comparant le montant des flux des IDE marocains et les exportations marocaines vers le continent subsaharien, on constate que les exportations marocaines représentaient le double des flux des IDE en 2009, et qu’en l’espace de 4 ans, le rapport a été multiplié par 5, les exportations représentent en 2013 un montant dix fois supérieur à celui des IDE. La réalité commerciale du Maroc avec l’Afrique subsaharienne comprend dès lors deux visages. Le premier est celui d’une forte augmentation des exportations mais principalement sur des produits de base et/ou faiblement transformés couplée à une croissance plus timide des flux des IDE sur des produits à forte valeur ajoutée, avec un contenu technologique (banques, assurance, télécommunications) et ayant un impact important sur la compétitivité des entreprises.
 
En Afrique, le commerce intra-régional le plus faible dans le monde
 
La faiblesse des échanges commerciaux et des flux d’investissement du Maroc avec le continent africain trouve plusieurs explications qui sont communes à l’ensemble des pays du continent africain, à savoir la faiblesse des cadres institutionnels régissant les relations commerciales entre le Maroc et le continent, la connectivité logistique, les infrastructures de transport peu développées, les exportations faiblement diversifiées, les complémentarités économiques sectorielles faibles, les services d’assurance à l’exportation peu incitatifs. En Afrique, le commerce intra-régional est le plus faible dans le monde. Selon la Cnuced, sur la période 2007-2011, la part moyenne des exportations intra-régionales dans les exportations totales était de 11% en Afrique, contre 50% en Asie et 70% en Europe. Ainsi, l’Afrique est un continent faiblement intégré, lorsque l’on compare ces chiffres avec d’autres continents. Bien que des efforts importants soient déployés pour favoriser l’implantation des PME marocaines, celles-ci sont encore frileuses et se sen-tent généralement peu soutenues dans leurs démarches de promotion des échanges (manque d’information, taille critique non atteinte). Par ailleurs, le cadre juridique régissant les relations commerciales est toujours en cours de construction. Ainsi, sur 63 accords bilatéraux en matière de promotion et de protection des investissements (APPI) signés par le Maroc, seuls 15 concernent le continent africain et une partie de ces APPI n’a pas encore été ratifiée par les deux parties, ce qui a un impact négatif sur la confiance des investisseurs marocains. En ce qui concerne les conventions de non double imposition (CNDI), 11 ont été signées par le Maroc avec les pays africains, mais seulement 3 sont à ce jour ratifiées par les deux parties, entrées en vigueur eteffectivement appliquées (Sénégal, Égypte et Gabon).
 
Le «modèle marocain» en Afrique suscite de l’intérêt
 
De par sa portée multidimensionnelle, le «modèle marocain» en Afrique suscite l’intérêt croissant des pays du continent. Il importe dès lors de capitaliser sur les acquis réalisés et les bénéfices engrangés afin de rendre irréversible la dynamique marocaine en Afrique et ainsi la renforcer dans un environnement très compétitif, recommande l’étude d’Amadeus. Pour l’ensemble de ces considérations, les entreprises marocaines présentes en Afrique doivent pouvoir accompagner la vision royale tout en évitant de poursuivre des actions «au coup par coup» ne répondant à aucune coordination. Il devient aujourd’hui fondamental pour le Maroc d’arrêter une stratégie globale africaine accompagnant la vision royale. Les nombreuses opportunités économiques qu’offre le continent et la concurrence croissante que se livrent plusieurs pays insérés dans le processus d’investissement en Afrique imposent au Maroc la mise en place d’un Plan d’action Afrique global, structuré et opérationnel. Cette stratégie doit pouvoir accompagner la vision existante en orientant son concept fondateur de coopération Sud- Sud vers l’instauration d’un partenariat économique «gagnant-gagnant», rompant avec la logique exclusive de l’assistanat ou du commerce de biens. Pierre angulaire et principal bénéficiaire de cette stratégie, le secteur privé, encouragé par les pouvoirs publics, doit s’impliquer davantage dans l’investissement rentable en Afrique, pour pérenniser la présence du Maroc et la rendre non dépendante des aléas politiques. La marge de progression du Maroc pour occuper une place de référence sur le continent est donc importante. Certaines barrières doivent encore être levées pour libérer pleinement le potentiel du partenariat économique Maroc-Afrique. Les 15 recommandations de cette étude de l’Institut Amadeus sont organisées autour de 5 axes de travail, pour un co-développement responsable et durable.
 
Sanae Taleb avec Amadeus
 
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