Journal en ligne - []
«Année 2012 de la consolidation, avec un CA de 3,2 Mrds f CFA» Version imprimable
28-10-2013
Presque au bord de la banqueroute et abandonné à lui-même avant l'arrivée en 2010 d'un nouveau management, l'établissement hôtelier Gaweye, piloté de mains de maître par Sanady Baba Ahmed, DG, respire actuellement la pleine forme. Son DG nous livre ici sa part de vérité.
 
Les Afriques : Depuis le retrait de la firme française, Accor, l’histoire de Gaweye est un long fleuve pas tranquille ?
 
Sanady Baba Ahmed : Le fleuve ne peut pas être tranquille comme vous dites. Pendant 22 ans de gestion, aucun investissement n’a été réalisé pour maintenir le niveau de qualité des prestations. Le Groupe Accor, comme partout en Afrique, a pris sous contrat de management, un hôtel flambant neuf de haut standing en 1981 et a baissé son enseigne Sofitel en 2002, pour entre autres raisons, le déficit de qualité par rapport à un référentiel de standards de cette chaine hôtelière.
 
En 2003, sur fonds propres, l’hôtel a été rénové pour plus de 2 milliards de f CFA, mais très mal exécuté par des non professionnels ayant causé une forte tension de trésorerie. Le remboursement sur les recettes directes se faisait au coup par coup avec pression et désagrément et souvent à l’aide de découverts bancaires. A notre prise de fonction en septembre 2010, l’hôtel avait 29 ans d’ancienneté et ses principaux équipements totalement obsolètes. L’hôtel ressemblait plutôt à un «vieux char fragile qu’il faut tirer avec la seule force du personnel qui pousse prudemment».
 
LA : Quel est aujourd'hui l'état du portefeuille de votre établissement depuis votre nomination ?
 
S.B.A. :Nous avons pu au cours de la première année de gestion, mettre l’hôtel (exploitation) sur les rails en renouvelant les outils de gestions, en maîtrisant les charges et en améliorant substantiellement le chiffre d’affaires (30% d’accroissement en 2011 par rapport à 2010). Il fallait aussi, redonner espoir au personnel, aux actionnaires et aux partenaires en remettant progressivement à niveau l’ensemble des leviers de productions et des prestations de services sur fonds propres, tout en soldant les dettes fournisseurs et en réduisant les découverts bancaires.
 
Nous avons réduit de plus de 10 points le ratio personnel (masse salariale sur le chiffre d’affaires hors taxe), ce qui est inédit dans la gestion de l’Hôtel malgré les augmentations légales (2 fois en 2 ans)de la masse salariale suite aux revendications des centrales syndicales pour tous les travailleurs du pays. L’année 2012 a permis de consolider les efforts faits en réalisant tous nos objectifs en occupation : 57% de taux d’occupation contre une moyenne de 33% pendant 29 ans de gestion. Un chiffre d’affaires de plus de 3,2 milliards contre 2 milliards en moyenne sur les 8 dernières années, avec la maîtrise de certaines charges tout en limitant les fuites.
 
En trois années de gestion, nous avons démontré que l’exploitation de l’hôtel est positive et que l’hôtel est rentable encore faut il faire le toilettage nécessaire des états financiers de la Société Propriétaire et Exploitante de l’Hôtel Gaweye (Spehg) pour pouvoir certifier ses comptes.
 
LA : Gaweye croule toujours sous le poids d'un passif contracté essentiellement par l'Etat, votre principal client, quel est le dispositif mis en place pour recouvrer les créances ?
 
S.B.A. : En effet, l’Etat détient 95,5% du capital contracté auprès d’un bailleur de fonds et garanti par une structure spécialisée du Conseil de l’Entente qui est en pourparler avec le ministère des finances ( service de la dette) pour le remboursement.
 
Au niveau des créances, l’Etat et ses démembrements ont cumulé un montant qui avoisine les 2 milliards(à valider) depuis des années. Une requête de compensation de ces créances et des arriérés des impôts aussi élevés (plus de 3 milliards) cumulés depuis la fin des avantages fiscaux du régime du code des investissements), est en cours d’examen par les services des Impôts.
 
Il faut souligner que l’Etat aura toujours besoin de cet hôtel pour héberger ses hôtes de marque et regrettera assurément une privatisation de l’exploitation, car aucun privé ne supportera des impayés lourds et sur de longues périodes encore moins de payer des charges fiscales et sociales mensuelles très élevées dans le cas de l’hôtel Gaweye.
 
LA : Quelle place occupez-vous sur le marché?
 
S.B.A. : Pour le moment, l’hôtel Gaweye, après l’assainissement de sa gestion et l’amélioration relative de ses prestations à tous les niveaux, reste et demeure leader en restauration et en hébergement à Niamey et au Niger d’une manière générale (70 millions par mois de chiffre d’affaires en restauration et la location de 112 chambres par jour toutes catégories confondues.) Il s’agit de la meilleure performance sur la place et jamais réalisée de 1981 à 2010 par l’hôtel Gaweye.
 
Il faut préciser que la future concurrence des projets de grands hôtels appartenant à des grands groupes sera rude, si l’hôtel Gaweye n’est pas repris par un groupe aussi puissant voire même plus disposant d’un réseau international de commercialisation.
 
LA : L’Etat a-t-il engagé le pari de la normalisation de l’exploitation de votre établissement pour répondre au concept d'un tourisme d'affaires ?
 
S.B.A. : L’Etat avait décidé sous la pression de la Banque mondiale et du FMI, dans le cadre du programme d’ajustement structurel de 1995, de se retirer du secteur productif ou marchand dans le secteur hôtelier, ce qui fut fait, sauf pour le cas de la Spehg dont la privatisation consiste à mettre en concession l’Hôtel Gaweye après des études devant déterminer le type de mise en concession et sa faisabilité.
 
Les deux tentatives sérieuses, menées sous l’oeil vigilant de la Banque mondiale, n’ont pas abouti et parmi les potentiels soumissionnaires, certains ont été recalés par le plan social d’où l’option de mise en concession de la gestion. Cette option a été décidée sans études préalables et présente plus d’inconvénients que d’avantages pour le personnel, pour l’hôtel et pour l’Etat.
 
La privatisation de la Spehg n’est pas du ressort direct du Ministère du Tourisme, mais de celui encharge des réformes des entreprises publiques (ministère du commerce en l’occurrence) comme cela a toujours été le cas quand la Banque mondiale suivait ce dossier.
 
Il faut souligner avec force, que l’Hôtel Gaweye est un patrimoine du Niger, une fierté nationale dans lequel travaille plus de 200 agents qui entretiennent de grandes familles. Est-il concevable de rater sa privatisation. Nous pensons que non pour des raisons sociales et liées à l’importance économique de cet hôtel. Au contraire, il faut réussir sa mise en concession et le plus tôt serait le mieux, c’est du moins ce que nous appelons de tous nos voeux pour dissiper la crainte du personnel.
 
LA : Confirmez-vous l'option de mise en concession de Gaweye par les autorités actuelles qui cherchent un repreneur stratégique ?
 
S.B.A. : Le ministère en charge du tourisme a proposé l’option de mise en concession de la gestion de l’hôtel au gouvernement qui l’a adoptée, ce que nous du reste nous respectons tout comme nous comprenons l’inquiétude du personnel par rapport à la manière de conduire le processus. Il faut une option et un repreneur stratégique adaptés au cas de l’Hôtel Gaweye pour des raisons évidentes :
 
D’abord, l’option de privatiser l’exploitation qui s’assimile à une gérance libre ou pour compte engage peu le gérant libre et n’a pas produit les effets escomptés ni avec le groupe Accor (plus de 21 ans de gestion pour compte), ni ailleurs, où la même catégorie d’hôtel (Silmandé, Marina, Hôtel Ivoire, etc) ont été donnés dans ces conditions.
 
Aussi, le standing de l’Hôtel Gaweye, haut de gamme, 4 étoiles Luxe, (classe Internationale -ex Sofitel), doit être repris par un groupe ou chaines de la trempe de Laico, Radisson Blu, Accor, Hilton, Sheraton, Movenpick, Le Meridien, Dorint, Golden Tulip et bien d’autres grands groupes hôteliers marocains, tunisiens, sud africains, indiens, chinois, français, autrichiens, etc., surtout pas par un groupe spécialisé dans une gamme inférieure à celle de l’hôtel Gaweye ou par un privé sans expérience dans la gestion d’établissements hôteliers ou des repreneurs assimilés.
 
LA : Dans les starting-blocks, des multinationales étrangères et le groupe africain, Azalaï sont intéressées à la reprise de l'établissement, quel est l'état d'avancement de ce projet ?
 
S.B.A. : Nous pensons que la privatisation de la Spehg par la mise en concession de l’hôtel Gaweye doit faire l’objet d’études préalables et la compétition ouverte de la manière la plus transparente et pour cela, il faut que l’Etat mette les moyens pour éviter tout biais de bailleurs de fonds, avec le risque de faire du sur mesure, pour un partenaire stratégique au détriment d’autres repreneurs stratégiques potentiels.
 
LA : Selon vous, quelle est la meilleure option qui s'impose pour relancer l'établissement ?
 
S.B.A. : L’Etat à travers le ministère du tourisme a pris son option, à lui de veiller que cela se passe de manière juste, efficace et transparente.
 
Comme alternative à analyser de plus près, il peut être envisagé la dissolution ou la restructuration de la Spehg qui a un lourd passif, et créer une société anonyme Hotel Gaweye SA, en ouvrant le capital aux grandes sociétés de la place : Nigelec, Sopamin, Soraz, Sonidep, Sonichar, Leyma, Caren, Boma, aux banques commerciales dans lesquelles le Niger détient des actions, à l’Etat du Niger qui doit détenir au moins 10% du capital pour avoir un droit de regard sur le patrimoine et pourquoi pas le personnel qui prendra des actions pour l’impliquer davantage. Cela va générer des ressources nécessaires aux investissements de rénovation et à l’exécution du plan social. Les bénéfices et autres dividendes engrangés seront ainsi réinvestis au Niger et non rapatriés.
 
LA : La guerre au nord du Mali impacte négativement sur la destination du Niger. Comment comptez- vous inverser la tendance ?
 
S.B.A. : Pour le moment et même au temps fort de la crise, la situation au Mali n’a pas impacté négativement sur la fréquentation de la destination Niger notamment la capitale, Niamey. Cependant, c’est maintenant qu’il faut craindre des représailles et c’est pourquoi les dispositions idoines sont prises dans tous les hôtels à Niamey avec l’imposition d’un système de sécurisation totale. L’Hôtel Gaweye avait déjà anticipé sur ces risques et répond aujourd’ hui aux normes les plus exigeantes.
 
LA : Quelles sont les ambitions de Gaweye dans les cinq prochaines années ?
 
S.B.A. : Les ambitions ou plutôt la vision de l’ Hôtel Gaweye dans les années à venir, c’est d’abord trouver un repreneur stratégique qui a l’expérience de gestion des hôtels de haut standing, qui sera sélectionné de manière transparente après une compétition ouverte sur l’international et sans complaisance et qui va exécuter une rénovation totale et réaliser le plan social avec un contrat de concession normale sur 20 ans et non la concession de la gestion ou gérance libre dont les conditionnalités sont simples et très souples. Cette décision viable et sage profiterait à toutes les parties au lieu de regretter une décision incohérente.
 
Propos recueillis par
Ismael Aidara,
Envoyé spécial à Niamey
 
< Précédent   Suivant >
 
×
×
Votre Nom :
Votre Email :





×