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Bancarisation en Afrique Le gap reste important Version imprimable
22-09-2014
Pour avoir une vision claire de l’accès aux systèmes financiers en Afrique, les experts Babacar Ba et Martina Udzenija, respectivement associé et consultante à Performances Group, nous livrent une étude revisitant les différents segments du secteur. Bien qu’évoluant positivement, le taux de bancarisation reste faible.
 
La configuration des populations disposant d’un compte bancaire sur le continent est assez contrastée. Si elle dépasse par quelques rares endroits les 50%, plus généralement le taux de bancarisation est ridicule, frisant dans certains pays les 5%. Nous ne pouvons pas nous limiter aux seules banques classiques, mais devons aussi considérer nombre de solutions alternatives qui ont été développées pour satisfaire une forte demande de gestion de l’épargne, de crédit, de moyens de paiement et de multiples autres services financiers. Une approche plus globale est nécessaire et doit prendre en compte en plus de l’accès des populations aux comptes bancaires l’accès aux institutions de microfinance et l’utilisation de services financiers pour le besoin de paiement et de transfert. Tenant compte de l’ensemble de ces paramètres, un premier constat qui émerge dans le classement des pays africains est une couverture incomplète des besoins des populations et une grande hétérogénéité dans le niveau d’accès aux services bancaires et financiers. Nous sommes encore très loin de la couverture universelle en services bancaires atteinte dans les pays du Nord et de la forte intégration de leurs secteurs financiers. À la place, nous constatons une juxtaposition de marchés nationaux de tailles et de compositions très variables en fonction des niveaux de revenus et de développement
 
 
 
Une évolution contrastée
 
Le schéma ci-après tente de représenter la couverture de la population africaine sur les différentes offres bancaires, de microfinance et de services financiers de paiement et transaction, notamment le mobile banking. En moyenne, 21% de la population adulte africaine disposent d’un compte dans une banque, mais le spectre est très large, allant de moins de 5% (Niger, Guinée-Bissau, RDC) à 80% (Ile Maurice). Très peu de pays dépassent 50% de taux d’accès aux comptes bancaires. Le secteur bancaire s’adresse donc surtout au haut de la pyramide des pays africains dans des proportions variables selon le niveau de richesse. Les dix pays les plus riches, en termes de PIB par habitant, ont des systèmes bancaires qui couvrent en moyenne 42% de la population adulte. Pour les dix pays les plus pauvres, cette couverture atteint 12% en moyenne. Il faut noter dans ce cadre une spécificité des zones franc (Uemoa et Cemac) qui sont les seuls exemples d’intégration monétaire sur un continent fragmenté, mais n’en tirent pas profit avec des taux d’accès aux services bancaires classiques parmi les plus faibles.
 
Pour des pays africains caractérisés par une proportion importante de la population en dessous du seuil de pauvreté, il est important de tenir compte du développement du secteur de la microfinance. Celle-ci offre une solution alternative au secteur bancaire classique, dont les coûts d’exploitation et les contraintes règlementaires, notamment de contrôle des risques, ne facilitent pas le traitement de la demande des populations à faibles revenus. Près de 10% de la population adulte a accès aux institutions de microfinance, mais la microfinance est essentiellement développée dans les pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Est où le nombre de clients représente en moyenne 19% et 15% de la population adulte respectivement. Cependant, même si l’impact sur le développement d’activités génératrices de revenus et l’impact social peuvent être significatifs, l’effet global en proportion de PIB est plus réduit. Dans les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, les crédits accordés par ce canal représentent en moyenne 10% des crédits accordés par les banques au secteur privé.
 
Autre spécificité africaine : le développement du mobile banking est en train de bouleverser l’offre de services financiers. La téléphonie mobile s’est quasiment généralisée et autour d’elle se sont développées des solutions de transfert, de paiement et, de plus en plus, de solutions de gestion de comptes bancaires. En 2012, 66% de la population africaine avaient un abonnement au cellulaire dont 3,4% de la population en moyenne ont utilisé leurs mobiles pour effectuer des achats et 8,3% pour le transfert d’argent. Là aussi, de grandes dis-parités existent entre les pays africains sur l’utilisation du téléphone mobile pour des services financiers, mais les différences sont moins liées aux écarts de revenus. Le Kenya se distingue par la capacité d’innovation et le leadership technologique qu’il a su déployer, notamment avec l’offre M-PESA de Safaricom et ses offres complémentaires de gestion de comptes bancaires.
 
Les pistes du MBanking et de la microfinance
 
En définitive, la photographie actuelle du secteur financier montre une marge significative d’amélioration du taux global de bancarisation en Afrique. Une proportion importante des populations dans le bas de la pyramide reste isolée du système financier formel. Près de 60% de la population adulte en moyenne n’ont pas encore accès aux comptes bancaires et n’utilisent pas les services des institutions de microfinance ou du mobile banking. Il est intéressant de noter que même si l’accès aux services bancaires classiques est très corrélé au niveau de revenus, le taux global de bancarisation, tenant compte de la microfinance et du mobile banking, en est moins dépendant et souligne la capacité de plusieurs pays à revenus intermédiaires ou à faibles revenus à bâtir des systèmes financiers innovants, adaptés aux besoins de leurs populations. Le Kenya se distingue encore par le niveau de développement de son secteur bancaire, le dynamisme de ses institutions de microfinance et l’efficacité de son modèle de mobile banking. Le Rwanda et l’Ouganda se classent également favorablement.
 
Nouvelle réserve de croissance
 
Les tendances sur la bancarisation sont cependant très positives. Les économies africaines connaissent unecroissance plus soutenue que la moyenne mondiale depuis une décennie, et de 2004 à 2012, le nombre de comptes bancaires a quadruplé alors que le nombre d’agences a augmenté de 80%. La contribution des banques au financement du secteur privé a doublé sur cette période. Signe de son dynamisme et de son attrait, le secteur bancaire a suscité le plus d’investissements directs en Afrique au cours des dix dernières années, devant le secteur minier et le secteur de l’énergie, et continue d’attirer de grands groupes bancaires sud-africains, nord-africains, nigérians, mais aussi les banques internationales qui considèrent l’Afrique comme la nouvelle réserve de croissance par les années à venir. La forte croissance du taux d’équipement en téléphonie cellulaire et le développement de services financiers à des coûts plus compétitifs via le mobile créent une opportunité d’accélérer la bancarisation des populations africaines. L’exemple du Kenya est en cours de réplication dans de nombreux pays avec des conséquences importantes sur l’environnement concurrentiel et la réglementation du secteur financier. Les banques devront notamment adapter leur modèle de distribution afin d’intégrer de manière optimale le canal du mobile, elles feront également face à l’arrivée des opérateurs comme nouveaux concurrents ou partenaires dans les services financiers. L’autre enjeu est pour les banques centrales de trouver le juste équilibre entre une réglementation qui favorise le développement de l’innovation dans le mobile banking et l’assurance d’une bonne protection des consommateurs et la stabilité du système bancaire.
 
Babacar BA, associé Martina Udzenija,
consultante Performances Group
 
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