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Banques nationales Gare au feu de paille Version imprimable
22-09-2014
Les banques nationales partent toutes du même principe de défendre les intérêts de politiques domestiques. Seulement, elles ont des fortunes diverses. Si certaines ont su se maintenir tant bien que mal parmi les leaders du secteur, d’autres ont dû être liquidées et vu leurs dirigeants sanctionnés par de lourdes peines d’emprisonnement.
 
Très souvent, les banques nationales naissent pour corriger des insatisfactions et des frustrations d’opérateurs économiques locaux de politiques exercées par des banques à leur égard. Mais il arrive que ces établissements partent de la volonté d’États qui comptent mettre en place des moyens suffisants pour soutenir des structures, telles que les PME-PMI qui constituent la quasi-totalité de leurs économies respectives. Plus que leurs consoeurs, ces banques sont dédiées à la promotion du développement local. Même si elles se défendent d’offrir des services de banque universelle, mettant à la disposition d’une clientèle, qui peut comprendre aussi bien des particuliers, des PME et des grands comptes, des services financiers complets sur les marchés nationaux et internationaux, elles se concentrent sur des secteurs prioritaires, tels que la santé, l’éducation et la formation, les arts et la culture… Et pour générer des retombées positives pour les collectivités, les actions citoyennes et d’entraides communautaires ne manquent pas, notamment à travers leurs fondations.
 
Focus sur le développement local
 
Aussi bien en Afrique que dans d’autres parties du monde, des opérateurs ont pris à un moment précis de la vie de leurs nations respectives la décision d’établir ce type de structures bancaires pour en avoir le contrôle, et les vouer particulièrement à la promotion de leurs intérêts. Le schéma est presque toujours le même, avec un contrôle exclusif et l’occupation de tous les sièges du conseil d’administration.
 
La First National Bank d’Afrique du Sud, dont les origines remontent à 1838, est entièrement contrôlée par des Sud-Africains. Aujourd’hui, filiale de First Rand, elle prospère et dispose de succursales au Botswana, au Swaziland et en Namibie. Au Maroc, le groupe Banque populaire figure parmi le peloton de tête des banques, avec plus de 1 200 agences et des représentations dans plus d’une dizaine de pays africains et autant à travers le monde. D’une assise financière solide, il est composé de 10 Banques populaires régionales (BPR) à vocation coopérative, de la Banque Centrale Populaire (BCP), organe central du groupe, de forme société anonyme cotée en Bourse, de filiales spécialisées, de fondations et de banques et représentations à l’étranger.
 
Modelé dans le canevas des banques nationales, le groupe BMCE Bank apporte son concours dans de nombreux projets structurants au Maroc. À travers ses filiales, singulièrement BOA (Bank of Africa), il est devenu une banque africaine pour l’Afrique et y poursuit cette ambition en finançant des projets de développement.
 
Pas de recette miracle
 
La Banque Nationale du Canada, fondée en 1859, atraversé bien des épreuves. Aujourd’hui, dotée d’une assise financière solide, elle est 5ème au monde et 3ème en Amérique du Nord, suivant le classement de Bloomberg Markets. Toutefois, il est utile de relever qu’à côté de tels succès, les échecs ne manquent pas. La Banque Nationale de développement économique (BNDE) a dû être liquidée au Maroc. Son démantèlement a coûté 2 milliards de dirhams, soit environ un peu moins de 190 millions de $, à l’Etat marocain qui a supporté 70% et la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) 30%. Si des actifs ont été cédés et les dettes traitées, une partie de son réseau transformé en banques d’affaires et dans les métiers de la finance, Farid Dellero, ex-PDG, écopa de 4 ans de prison ferme.
 
Pourtant, ce même modèle de BNDE est reproduit au Sénégal. La banque qui sera dédiée au financement de la PME-PMI sénégalaise est opérationnelle depuis le 27 janvier 2014. Elle naît sur les cendres de l’ancien Fonds de Promotion des Entreprises (FPE), dont la dernière DG, Ndèye Khady Guèye, a eu maille à partir avec la justice. Assimilé à un fonds d’investissement, la BNDE Sénégal va appuyer les structures dédiées à la PME-PMI, telles que l’Agence pour le développement de la PME (Adpme), le Bureau de la mise à niveau… mais avec des moyens limités, cette nouvelle banque ne devant disposer à fin 2014 que de 3 agences, à travers tout le pays, les résultats risquent d’être hypothétiques, à défaut d’une grande rigueur et un déploiement plus important. Des experts avancent des alliances avec le réseau de la Poste, dans des agences mieux aménagées, pour une couverture plus importante. Mais des opérateurs, tels qu’Alpha Samb, DG d’Ecotra, trouvent que face à la prédominance des banques internationales, il est impérieux de favoriser l’implantation de banques nationales, moins frileuses pour octroyer des crédits aux PME.
 
Bdeac, le modèle ouvert
 
En Afrique centrale, la Banque des États de l’Afrique centrale (Bdeac), au capital de 250 milliards de f CFA, soit environ 381 millions d’euros, estampillée institution de financement du développement de la Cemac (Communauté économique de l’Afrique centrale), s’emploie à réaliser cet objectif dans, entre autres, ses concours pour mobiliser des ressources dans le financement de projets d’intégration économique. En effet, elle entend assurer des financements à même de financer le développement harmonieux des États membres. La banque, qui a son siège à Brazzaville au Congo, à des représentations dans chacun des pays membres, à savoir au Cameroun, en République centrafricaine, au Congo, au Gabon, en Guinée équatoriale et au Tchad. La couverture de PME sur les lignes de refinancement octroyées n’est pas non plus en reste.
 
Nous dévoilons à titre d’exemple l’actionnariat de cette banque. Bien que majoritairement détenu par les États de la Cemac, le capital de la Bdeac est également ouvert aux États non membres de la Cemac, ainsi qu’aux investisseurs, institutionnels régionaux et internationaux, désireux de contribuer à l’émergence des pays de la sous-région. Dans le tour de table, les titulaires des actions de la catégorie A (51%), soit chacun des pays membres à parts égales de 8,5%, puis les titulaires des actions de la catégorie B (49%), avec la Banque des États de l’Afrique centrale (31,54%), la Banque Africaine de Développement (3,19%), la France (3,99%), la Libye (8%) et le Koweït (0,4%).
 
D. Mbaye
 
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