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Ébullition et lutte dans le secteur bancaire Version imprimable
22-09-2014
Avec un taux de bancarisation très faible en Afrique subsaharienne, le secteur bancaire a un énorme potentiel de croissance. Un potentiel qui attire de plus en plus de banques qui veulent miser gros sur l’Afrique.
 
L’essor que connaît le secteur bancaire africain est en partie l’oeuvre du développement des banques africaines elles-mêmes. Puisqu’en dehors des groupes bancaires internationaux, les établissements bancaires africains sont désormais des acteurs importants. Les banques panafricaines sont en effet capables de rivaliser avec les banques internationales présentes en Afrique. On a vu émerger ces dernières années des grandes banques panafricaines, dont les réseaux s’étendent sur plusieurs pays couvrant aussi bien la zone francophone que la zone anglophone.
 
L’émergence des grandes banques africaines
 
Aussi bien en termes de total bilan, de PNB que de résultats, les banques panafricaines occupent une place importante. Dans cette catégorie, on peut ranger les banques sud-africaines, nigérianes, égyptiennes, marocaines et de bien d’autres pays encore (Gabon, Kenya, Togo…), avec une prédominance par zone. Par exemple, en Afrique de l’Ouest, les cinq premières banques sont toutes nigérianes (Zenith, First Bank, UBA, United Bank of Nigeria,). En Afrique australe et orientale règnent les banques sud-africaines, et en Afrique du Nord, on peut noter la prééminence des banques marocaines et égyptiennes. L’expansion des banques panafricaine s’étend désormais sur plusieurs pays aussi bien en zone anglophone que francophone. Ainsi, l’Afrique francophone qui était notamment la chasse gardée des banques françaises (Société Générale et BNP Paribas y étaient leader), est aussi envahie par les banques panafricaines (marocaines, nigérianes et progressivement des banques sud-africaines aussi). Depuis des années, les banques marocaines sont passées à l’offensive en Afrique de l’Ouest et centrale. Pour étendre son réseau et prendre une dimension panafricaine, Attijariwafa bank a racheté en 2007 le groupe bancaire CBAO, un des acteurs importants du système bancaire sénégalais. En 2008, Attijari a racheté également les filiales du groupe français Crédit Agricole qui souhaitait se retirer de l’Afrique subsaharienne. La banque marocaine BMCE a racheté en 2010 la banque malienne Bank Of Africa (BOA). Entrée au capital de BOA en 2008, la BMCE a profité d'une augmentation de capital pour devenir actionnaire majoritaire avec 55% de participation en 2010. Avec cette acquisition, la BMCE a élargi son réseau en Afrique, puisque la banque BOA qu’elle détient désormais est présente dans 14 pays au total.
 
Parmi les acteurs panafricains de premier plan, on peut aussi citer le groupe Ecobank basé au Togo qui connaît une forte expansion de son réseau ces dernières années, et qui s’est hissé parmi les leaders africains avec une présence dans plus de 30 pays.
 
Concurrence accrue
 
Dans ce climat de rude concurrence, de grands acteurs, comme la banque française Société Générale, leader dans certains pays (Côte d’Ivoire, le Sénégal, Gabon notamment), perdent du terrain. BNP Paribas non plus ne connaît pas une forte progression ces dernières années. Sans doute à cause de la montée des banques sud-africaines, marocaines et nigérianes. Notons que les groupes bancaires français semblent se focaliser davantage sur les pays de l’Afrique du Nord et les pays africains ayant des économies plus grandes en termes de PIB, où elles consolideraient leur leadership. Il faut dire que les banques panafricaines ont su développer un savoir-faire sur le marché africain qui leur permet de rentabiliser leurs investissements sur des marchés de petite taille et balkanisés que sont les pays africains. Un savoir-faire dont ne disposent pas les banques occidentales souvent habituées à travaillersur des pays ayant un PIB assez élevé. Ce qui n’est pas le cas de la plupart des pays africains, dont le PIB n’atteint même pas 20 milliards de dollars. Concernant les petites banques locales, leurs activités sont cantonnées dans leur marché domestique et ont généralement peu de moyens pour tenter un développement vers l’international. Beaucoup de ces petites banques s’exposent au rachat par des groupes plus importants ou sont absorbées par des opérations de fusion-acquisition.
 
Montée des banques de taille moyenne
 
Par des opérations de rachat de banque existante ou par la création ex nihilo, beaucoup de banques affichent des ambitions d’étendre leurs réseaux en Afrique. Des banques africaines de taille moyenne issues de pays comme le Kenya et le Gabon aussi tentent de percer dans plusieurs pays. Récemment, la BGFI (Gabon), qui est déjà présente dans 9 pays africains et en Europe, a déclaré avoir des ambitions sur le continent. Au Kenya, la Co-operative Bank of Kenya (CBA) vient aussi d’annoncer qu’elle envisage de s’implanter en Éthiopie, en Tanzanie et en Ouganda dans le cadre de sa stratégie d’expansion en Afrique. Pour pénétrer le marché de l’Éthiopie qui est le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique (avec 92 millions d’habitants), dont seulement 20% de la population sont non bancarisés, le directeur général de la CBA, Gideon Muriuki, a déclaré vouloir mettre en place une joint-venture avec des institutions financières locales, dans ce pays où le secteur bancaire reste pratiquement fermé aux acteurs étrangers. Mais aujourd’hui, le monde entier est conscient de l’opportunité que présente le secteur bancaire africain. Pour preuve, depuis l’annonce de la mise en vente de la banque nigériane Mainstreet Bank début 2014, au moins 25 candidats étrangers et locaux ont manifesté leur intérêt de racheter cette banque. Notons que la Mainstreet Bank compte 9 filiales, 201 agences et 200 guichets automatiques bancaires (GAB).
 
L’ère des fusions-acquisitions
 
Les opérations de rachat et de fusions-acquisitions jouent un rôle essentiel dans la restructuration du secteur bancaire africain. Ainsi, dans sa stratégie d'acquisitions, Attijariwafa bank a racheté les cinq filiales de la banque française Crédit Agricole en Afrique de l'Ouest et centrale, ainsi que la BIM au Mali, le réseau bancaire CBAO pour se hisser au rang de première banque au Sénégal par exemple. En Côte d’Ivoire, où Attijariwafa bank détient 51% du capital de Société ivoirienne de banque (SIB), l’État ivoirien veut céder ses 49% pour se retirer du capital de la SIB. Qui va racheter les 49% représentant les parts de l’état ivoirien ? La question reste posée. C’est que les candidats ne manqueront pas pour saisir une telle opportunité. Soulignons que ce retrait de l’État ivoirien du capital de la SIB rentre dans le cadre du plan du secteur bancaire public adopté en mai dernier et qui prévoit la privatisation de quelques banques contrôlées par l’État (notamment la Banque pour le financement de l'agriculture(BFA) et Versus Bank, qui sont détenues à 100% par l’État), mais aussi la cession des parts de l’État dans d'autres banques où il est actionnaire (parts de 49% dans la SIB, 20% dans la BIAO-CI).
 
Le groupe bancaire panafricain Ecobank démarre en 2014 ses activités au Mozambique, suite à la reprise de 96% du capital de Banco ProCredit, une banque rachetée auprès du groupe allemand de services financiers ProCredit Holding et la fondation néerlandaise Doen. Par cette acquisition, Ecobank se renforce dans sa stratégie de conquête de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC). «Le Mozambique occupe une position stratégique dans la SADC en fournissant un accès au port à tous les pays membres sans littoral», avait affirmé le nouveau directeur général d’Ecobank, Albert Essien, suite à cette opération.
 
Le français Crédit Agricole vient de finaliser la cession de sa participation de 51% dans BNI Madagascar au consortium mauricien et malgache Indian Ocean Financial Holdings Limited (IOFHL). L’accord a été signé le 6 juin 2014. Cette cession répond à une stratégie de recentrage sur l’Europe et la Méditerranée lancée par le groupe Crédit Agricole. Le sud-africain Nedbank est également passé à l’offensive en rachetant 36,4% de la banque mozambicaine Banco Único. L’accord de vente a été finalisé le 11 juin 2014. Le sud-africain Nedbank a racheté la banque Banco Único auprès du consortium portugais Gevisar. Rappelons que Nedbank dispose déjà de filiales au Lesotho, au Malawi, en Namibie, au Swaziland et au Zimbabwe, ainsi que des bureaux de représentation au Kenya et en Angola.
 
La vente de Mainstreet Bank et Entreprise Bank, deux banques nigérianes, va être bouclée avant fin 2014. Notons que Mainstreet Bank, Keystone Bank (ex-Bank PhB) et Enterprise Bank sont des banques qui ont souffert de la crise financière de 2009 et qui avaient été nationalisées en 2011 pour n’avoir pas pu effectuer leur recapitalisation dans les délais fixés par la loi nigériane. AfrAsia Bank, une banque détenue par le conglomérat mauricien GML, Proparco, filiale de l'Agence française de développement (AFD) et les holdings d’investissement Intrasia Capital et Asiabridge, a aussi dévoilé récemment sa stratégie d’expansion dans les espaces du Marché commun d’Afrique de l’Est et du Sud (Comesa) et de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC). «L’Afrique de l’Est nous rappelle beaucoup l’Asie du Sud d’il y a 25 ans et nous pensons qu’elle est désormais bien positionnée pour une croissance progressive, durable et à long terme», a déclaré le directeur général de la banque mauricienne AfrAsia Bank, James Benoit, cité par le site d’informations mauricien (defimedia.info).
 
À coup de rachats, de fusions-acquisitions et de nouvelles créations, le secteur bancaire africain poursuit sa mutation. D’après les spécialistes, la mutation et la restructuration du secteur devant se poursuivre encore pour un bon moment.
 
Ibrahim Souleymane
 
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