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Economie Les chantiers de la Renaissance Version imprimable
28-10-2013
De grands engagements du président Issoufou doivent se concrétiser à travers le programme de la Renaissance. Des infrastructures commencent à sortir de terre. Le bilan est pour le moment mitigé, mais l’ambition de l’initiative «3N», au coeur du PDES, reste grande.
 
Le mardi 18 septembre dernier, le Président de la République du Niger, Mahamadou Issoufou a inauguré en grandes pompes, la mise en service du premier et unique échangeur de la Niamey, la capitale du pays. L’ouvrage, qui a coûté la bagatelle de 15 310 708 291 f CFA entièrement financé par le budget de l’Etat, constitue l’une des premières réalisations du Programme Présidentiel destiné à embellir la capitale nigérienne, d’ici une dizaine d’années. Baptisé, «Niamey Nyala» ou «Niamey la coquette», il devrait être suivis par trois autres ouvrages dans la capitale de même que la construction de plusieurs kilomètres de routes bitumées, ainsi que le réaménagement de plusieurs anciens quartiers de Niamey d’où émergeront des centres d’affaires, zones industrielles, espaces socioculturels et complexes administratifs. Il s’agit, selon les autorités du pays, d’un vaste et ambitieux programme inscrit dans la durée et qui devrait à terme faire de la capitales, du pays, une des plus belles villes de la sous-région avec toutes les infrastructures d’une ville moderne et accueillante. Ce sera de bonne guerre pour une ville qui compte déjà plus d’1 500 000 habitants. A ce jour, en plus du lancement des travaux de l’autoroute intercommunale qui devrait traverser la ville d’Est en Ouest, le programme s’est concrétisé par la construction de plusieurs autres voies de circulation dans la capitale ainsi que le lancement de la construction de 3 immeubles d’une dizaine d’étage qui devront abriter le cabinet du Premier ministre ainsi que plusieurs départements ministériels. L’essentiel des ouvrages dont le lancement a été effectif sont exécutés par des entreprises chinoises comme c’est le cas pour l’échangeur Mali Bero. Le coût estimatif du programme Niamey Nyala qui comprend également la construction de 5.000 logements a été chiffré à 644 milliards de f CFA. Le Programme «Niamey Nyala» constitue l’une des composantes principales des «Chantiers de la Renaissance ». Il s’agit du programme Présidentiel qui décline les grands engagements du Président Issoufou Mahamadou, investit à la tête de l’Etat le 7 avril 2011. Dans les détails, le programme de la Renaissance qui constitue la feuille de route pour le gouvernement et dont la mise en oeuvre a été conceptualisée dans la Déclaration de politique générale du Gouvernement (DPG), se compose de cinq chantiers majeurs. Il s’agit de l’initiative «3N» (les nigériens nourrissent les nigériens), de la composante «Grands projets», de la construction du barrage de Kandadji, du Programme de développement économique et social (PDES) et du projet «Niamey Nyala».
 
Autosuffisance alimentaire
 
L’initiative «3N» constitue le projet le plus emblématique du programme de la Renaissance. Selon son cadre d’orientation stratégique, il vise à «contribuer à mettre les populations nigériennes à l’abri de la faim et leur garantir les conditions d’une pleine participation à la production nationale et à l’amélioration de leurs revenus» et comme objectif spécifique, devrait permettre de «renforcer les capacités nationales de productions alimentaires, d’approvisionnement et de résilience face aux crises alimentaires et aux catastrophes ». Lors de son discours d’investiture le Président Mahamadou Issoufou a fait relever, en s’appuyant sur les élections générales de 2011 à 2012 ayant mis fin à la transition militaire et données naissance à l’actuelle 7e République, que «le peuple nigérien a conquis sa liberté politique, il lui reste, maintenant, à réaliser l’alliance de la liberté et du pain». De ce fait, l’initiative «3N» constitue «la traduction concrète de l’engagement du Président République et du peuple nigérien à faire en sorte que plus jamais sécheresse ne soit synonyme de fa-mine dans notre pays» selon les mots de Amadou Allahoury Diallo, le Haut Commissaire à l'Initiative 3N. Le Haut Commissariat à l’Initiative 3N (HC3N) est l’agence spéciale en charge de la mise en oeuvre opérationnelle de cette composante importante du Programme présidentiel. A ce jour, les actions qu’elle a eu à mener n’ont pas encore véritablement porté leurs fruits, puisque le pays continue même cette année à souffrir des mauvaises conditions climatiques qui induisent un faible rendement agricole et donc des risques de sécheresses et de famine au niveau de certaines régions du Pays. Néanmoins, le HC3N, justifie déjà à son actif de la mise en oeuvre de plusieurs mesures d'urgence dans le cadre de la sécurité alimentaire à la suite de la mauvaise campagne agropastorale 2011-2012. A ce titre les différents programmes d’atténuation des crises adoptées par le gouvernement et les partenaires techniques et financiers s’est élevé élève à 99,8 milliards de f CFA pour la même période. Le volet le plus important de cette initiative porteuse d’essor pour un pays qui fait régulièrement face à des cycles de crise alimentaire est rélatif au volet mobilisation des investissements en faveur du secteur agropastorale du pays. Dans ce cadre, l’initiative 3N a bénéficié d’un important appui financier de la part des principaux partenaires extérieurs du Niger, ainsi que des bailleurs de fonds, notamment lors de la table ronde de Paris, laquelle a permis de boucler le financement du PDES, une autre composante des «chantiers de la Renaissance».
 
Stratégie de développement économique
 
Le Plan de Développement Economique et Social (PDES) constitue la composante économique du programme du Président de la République et devrait s’étaler sur la période 2012 à 2015. Les grandes orientations du Plan ont été adoptées en Conseil des ministres le 1er août 2012 et il devrait servir de cadre de référence unique en matière de développement économique et social aussi bien pour le gouvernement que pour les partenaires techniques et financiers du pays, sur sa période de mise en oeuvre. L’objectif assigné à ce vaste programme, qui se compose de plusieurs volets, est de fédérer l'ensemble des politiques et stratégies sectorielles conduites par le gouvernement, et de servir de cadre de dialogue avec les partenaires. En lançant ce programme, placé sous la coordination du ministre d’Etat, chargé du plan et de l’aménagement du territoire, Amadou Boubacar Cissé, un ancien cadre de la Banque mondiale et de la Banque islamique de développement, le président nigérien a indiqué vouloir poser «les jalons d'une politique économique de moyen terme qui permettra d'impulser une dynamique de développement équilibré, porté par une forte croissance inclusive et durable». Pour sa concrétisation, le PDES s'appuiera sur les énormes potentialités et richesses naturelles du pays notamment l’uranium, le charbon, l’or, le pétrole, le gypse, le fer, l’étain ou les phosphates. Tout comme l’ancien président Tandja Mamadou, le régime du président Issoufou entend faire de l'exploitation des ses ressources naturelles, le principal levier de la croissance. Il faut noter, par ailleurs, que le PDES est assorti d’un Plan d’actions prioritaires (PAP) dont la mise en oeuvre se base sur un scénario de base d’une croissance moyenne annuelle de 8,0%. L’estimation de cette hypothèse s’explique en grande partie à travers la contribution à la croissance du PIB qui sera obtenue grâce à l’évolution des productions de pétrole et d’uranium, évalué à près de 3 points de pourcentage. Hors effets de l’accroissement des secteurs mines et énergie, la croissance escomptée représente 5,5% ce qui, «est tout à fait réaliste sur la base des investissements préconisés et des diverses transformations structurelles programmées » justifie-t-on au niveau du cabinet du premier ministre. De ce fait, les autorités de Niamey estimentque «ce rythme élevé de progression globale sera accompagné de toutes les actions nécessaires pour assurer une meilleure distribution des fruits de la croissance qui constitue un autre objectif majeur du PDES». Il faut souligner, qu’à travers le PDES, le gouvernement nigérien a vu grand. Cette politique stratégique devrait s’appuyer en effet sur réalisation d'importants projets (barrage hydro-électrique de Kandadji, boucle ferroviaire) et d'autres investissements en matières d'infrastructures routières. Ainsi, pour assurer le financement du PDES, le gouvernement nigérien a organisé le 13 et 14 novembre 2012, une table ronde avec les bailleurs de fonds et autres investisseurs qui a permis, de mobiliser 2400 milliards f CFA (3,6 milliards €) auprès des partenaires financiers et techniques pour le financement partiel du Plan de développement économique et social (PDES) 2012- 2015. Le ministre d’Etat, Amadou Boubacar Cissé, qui s’est à l’époque réjouit de la marque de confiance qu’accorde les bailleurs de fonds au Niger a souligné que «sur un gap de 2355 milliards f CFA à rechercher pour boucler le financement du programme d’actions prioritaires, qui est estimé à 5421 milliards f CFA (8,26 milliards €), environ 2407 milliards de f CFA ont été mobilisés au cours de cette table ronde». C’est à travers ce financement que sera assurée l’execution de plusieurs autres projets structurants du programme présidentiel, notamment la réalisation du barrage hydro-électrique de Kandadji, l’exploitation et la transformation du charbon de Salkadamna. De même, parallèlement à la mise en oeuvre de ces chantiers, il est prévu durant cette période le démarrage de la réalisation de la boucle ferroviaire qui assurera «une liaison forte et durable du Niger avec les pays voisins est une opportunité pour résoudre d’une manière permanente le désenclavement du pays». A terme, le PDES vise à relever quatre défis majeurs auxquels est confronté le Niger. Il s’agit de la sécurité alimentaire, la sécurité et la gouvernance, le développement du capital humain et enfin celui des infrastructures.
 
Bilan mi-figue mi raisin
 
A presque mi-mandat, le programme politique du Président Issoufou Mahamadou est en phase d’atteindre sa vitesse de croisière. Il faut dire que jusquelà, les actions menées ont portées plus vers l’élaboration des mécanismes institutionnels et opérationnels ainsi que la mobilisation des financements pour l’exécution des différents chantiers ouverts ou annoncés. Plusieurs actions ont été certes lancées comme sur le volet infrastructure. Il convient de relever également que le contexte n’était pas assez favorable, puisque dès son arrivée au pouvoir, le Président Issoufou et son gouvernement ont été confrontés à l’amplification des risques sécuritaires qu’il a fallu gérer notamment avec, l’instabilité qu’ont connu la Lybie, le Mali ou le Nigeria, trois pays voisins du Niger. A cela, s’est ajoutée récemment au plan interne, les germes d’une nouvelle crise politique avec le départ de son principal allié à la majorité, Hama Amadou, l’actuel Président de l’Assemblée nationale. Il reste à Mahamadou Issoufou qui vient de renouveler sa confiance à son chef de gouvernement Brigi Raffini, de veiller à la réalisation des objectifs fixés dans son programme de mandat. Il s’agit d’objectifs certes assez ambitieux mais qui sont porteurs d’espoir pour le Niger, l’un des pays les plus pauvres de la planète mais qui regorgent d’importantes potentialités minières qui pourront faire de lui une vraie économie émergente. Les prochaines élections présidentielles de 2016 s’annoncent en effet à grand pas.
 
 
Ibrahim Souleymane
 
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