Journal en ligne - []
DOSSIERDOSSIER SPECIAL
DOSSIERAttijari Assurance, un coup de maître en une année d'exercice
DOSSIERMaroc Wafa Assurance toujours leader
DOSSIERGroupe Sonam Le fleuron de l'assurance
DOSSIER «L'Afrique représente un marché de 11 Mrds de € (hors Afrique du Sud) avec des...
DOSSIERLe secteur des assurances africain Entre potentiel et contraintes des risques
DOSSIER «Notre ambition est d'acquérir une plus grande part de marché et surtout nous positionner comme...
DOSSIERTchad Un marché vierge mais prometteur à un horizon proche
DOSSIERRaqui Wane Kane Une pionnière du courtage au Sénégal
DOSSIER «Les provisions techniques ont atteint, en 2012, le montant de 30 806 millions de f...
DOSSIER «Les actifs placés par les assureurs dans les secteurs économiques et financiers sont de 1...
DOSSIERTemps forts de la 38ème Assemblée générale de la Fanaf
DOSSIERDavid vs Goliath Le middle market fait sa mue
DOSSIERYALI du président Obama
DOSSIERChine Vs Etats Unis Ou les chimères d'une complémentarité
DOSSIERC2D-France Nouveau mécanisme bilatéral
DOSSIERProparco Grandes ambitions pour le secteur privé africain
DOSSIERAFD Afrique subsaharienne, zone d'intervention prioritaire ?
DOSSIERL'Agence française de développement, puissante machine de solidarité financière ?
DOSSIERJapon Une diplomatie discrète mais influente
DOSSIEREtats Unis-Afrique Entre retraits et engagements
DOSSIERInde–Afrique Un horizon géostratégique
DOSSIERLes BRICS se bousculent en Afrique
DOSSIERA la conquête des marchés africains
Inde–Afrique Un horizon géostratégique Version imprimable
03-02-2014
L’Inde, qui ne souhaite pas laisser la Chine conquérir seule le marché africain, a développé sa stratégie de partenariat avec le continent africain, en vue d’une implantation stratégique, bâtie autour d’un partenariat gagnant-gagnant.
 
Le continent africain a en commun avec le géant asiatique indien jadis, la lutte contre le colonialisme qui en son temps avait rapproché les leaders du continent comme Nkrumah, Nasser, Hailé Sélassié aux leaders de la région asiatique à l’instar de Gandhi, Nehru que l’on comptait parmi les fers de lance du mouvement anticolonialiste qui prit corps, lors de la Conférence de Bandung en avril 1955 et qui plus tard donna naissance au groupe dit des Pays Non Alignés, puis le groupe des 77 au sein des Nations Unies. Cette proximité d’intérêt commun et géostratégique se revitalise depuis que l’Afrique est devenue la frontière de la croissance mondiale.
 
En effet, malgré l'océan qui les sépare, l’Inde redécouvre en Afrique un continent voisin que les intérêts commerciaux et diplomatiques ne cessent de rapproché. C’est dans cette optique qu’en Avril 2008, date de la première rencontre Inde-Afrique tenue à New Delhi, l’Inde a pris une option nouvelle dans son partenariat avec l’Afrique en rentrant dans la sphère des pays émergents présents sur le continent africain, à la suite de la Chine et du Brésil. Ce pays n’a pas hésité à bousculer les partenaires stratégiques du continent, tels que la France, la Grande Bretagne, la Belgique, le Portugal, ... qui durant des siècles ont classé l’Afrique comme une chasse-gardée. La pénétration Indienne sur le continent s’articule autour d’un axe de partenariat stratégique fondé sur le volet des lignes de crédits, en faveur des pays africains, de la promotion de joint-ventures afro-indiens avec la création du India-Africa Business Council, ainsi que l’élaboration d’un cadre pour la coopération afro-indienne. Cette nouvelle donne que l’Inde imprime en matière de coopération sudsud qui diffère du partenariat traditionnel. Car la coopération indienne s’articule entre autres, sur les fondements politiques et économiques qui soustendent sa démarche en Afrique tout en mettant, en toile de fond, le partenariat «Gagnant Gagnant».
 
L’alternative pour l’Afrique
 
L’Inde met justement d’une part en avant ses intérêts communs avec l’Afrique. Les producteurs de coton d'Inde, du Mali, du Bénin ou du Tchad, par exemple, souffrent des subventions des Etats-Unis et de l’Europe à leurs producteurs. New Delhi, qui avait autrefois appelé les pays africains à rejoindre le mouvement des Non-Alignés, les appelle désormais à réformer la gouvernance d'un système mondial laissant encore peu de place aux pays du Sud et d’autre part, pour promouvoir le commerce de l’Axe Inde/Afrique. New Delhi a abaissé les tarifs douaniers à destination des dix-neuf pays africains les moins développés, et mis à la disposition du continent, lors du dernier Sommet Inde-Afrique, tenu à Addis Abéba, selon un rapport de la Commission des nations unies pour l’Afrique, publié récement, 3,5 milliards d'euros de prêts pour appuyer les secteurs productifs du continent.
 
Toutefois, depuis que l’Inde intensifie son implantation sur le continent africain, les échanges commerciaux ont quintuplé en 6 ans, passant de 9,6 milliards de dollars en 2004 à 45 milliards de dollars (32 milliards d'euros) en 2010. Ils devraient même atteindre 70 milliards d’ici à 2015, selon le ministre indien du commerce, Anand Sharma. «L’Afrique est en train d'émerger comme un nouveau pôle de croissance mondial », déclarait le Premier ministre indien, Manmohan Singh. New Delhi propose à l'Afrique un partenariat fondé sur l’«égalité», la «confiance mutuelle » et une «approche transparente de concertation ». Des mots choisis avec soin qui font allusion à l'arrogance d'autres puissances vis-à-vis des pays africains, dont les matières premières ont été impunément surexploitées par certaines puissances. L’Inde est à cet effet de retour en Afrique. Car New Delhi a clairement affiché ses intentions en Afrique. Le gouvernement Indien fait feu de tout bois, depuis 2004 pour accompagner ses entreprises privées sur le continent en leur facilitant l’accès au marché africain. Les investissements indiens vont ainsi des secteurs de l’extraction des ressources minières aux télécommunications, du tourisme avec le développement de l’agence de voyage Satguru. L’Inde est aussi devenue pourvoyeuse d’aide avec l’octroi de lignes de crédits (5,4 milliards en 2008) et de préférences tarifaires pour les produits africains exportés en Inde. Une délégation d’homme d’affaires Indien a récemment séjourné en côte d’ivoire sur invitation du centre de promotion de l’investissement de Côte d’ivoire (Cpici) dans le cadre d’un voyage de prospection.
 
Mines et infrastructures
 
En termes de commerce, cinq pays ont absorbé près de 58% des exportations totales de l’Inde vers l’Afrique en 2007. L’Inde exporte 20% de ses biens en Afrique du Sud, 14% au Nigéria et 8% au Kenya. Ces exportations sont constituées de produits pétroliers raffinés, de médicaments et de véhicules motorisés entre autres. Celles-ci sont passées 1.4 milliard de dollars en 1995 à 10 milliards en 2007. L’Inde a pu aussi bousculer la Chine dans le scandale géopolitique de la RDC ou elle a engrangé d’important contrat minier et de construction d’infrastructures.
 
La présence indienne sur le continent nous fait remarquer Aissatou Diallo Chargée de Programme «Mondialisation, Nouveaux acteurs émergents et Commerce Sud-Sud» à EndaSyspro sur le plan de importations que, «l’Afrique du Sud est le principal partenaire de l’Inde avec 28% des importations, suivi du Maroc (17%) et l’Egypte (8%). Elle importe des pays Africains du pétrole brut (66% des produits importés en 2006), ainsi que de l’or (10% en 2006). Les importations ont augmenté passant de 1.7 milliard de Dollars US à 4.5 milliards USD durant la même période ». En 1996, les principaux pays destinataires de l’investissement indien étaient l’Île Maurice (75%), le Maroc (11%), le Sénégal (7.5%) et l’Afrique du Sud (6.8%).
 
Plusieurs implantations
 
Le marché africain, présentant d’énormes opportunités, attire les investisseurs indiens qui ne ménagent aucun effort pour s’implanter sur le continent. Plusieurs multinationales indiennes sont présentes sur le continent. En référence à un rapport de la Commission économique pour l’Afrique, commenté dans une tribune internationale par Aissatou Diallo, il ressort qu’en 2008, KET International, multinationale Indienne, a gagné deux contrats en Algérie et en Namibie de montants respectifs de $61 millions (US) et de $25 millions dans des projets d’infrastructures électriques. Jyoti Structures, toujours dans les infrastructures électriques, détient des investissements d’une valeur de $24 millions en Afrique du Sud et de $40 millions en Ouganda. La compagnie Oil and Natural Gas Corporation (ONGC) a déjà investi 162 millions de $ dans l’industrie pétrolière, notamment au Soudan, dans un projet de pipeline. Il est question aussi d’investissements dans le gaz naturel au Kenya par la multinationale BharatPetroleum de l’ordre de 50 millions de $…
 
Au regard de tout ce qui précède, force est de faire remarquer que contrairement aux autres partenaires du continent, le gouvernement indien a été précédé sur le continent par ses entreprises privées qui ont été les premières à se lancer à la conquête du continent qui aujourd’hui représente un marché de plus d’un milliard d’habitant.
 
L’Inde est puissance émergente qui, pour soutenir sa croissance économique, a besoin des matières premières du continent africain. Le continent africain, de son côté, a beaucoup a gagner avec le partenaire indien dans le cadre des transferts de technologie, de la formation des cadres et s’inspirer du développement TICS, à la formation et au transfert de connaissances, que ce soit à travers l’octroi de bourses, ou la mise en place de projets à l’image de Pan-African e-Network un programme Indien.
 
Une opportunité
 
Au demeurant, l’Afrique demeure une opportunité pour tous les partenaires. L’avenir du monde se trouve intimement liée à l’avenir du continent, du fait qu’elle représente, d’une part la deuxième réserve mondiale de l’humanité avec le bassin forestier du Congo, puis elle dispose d’une population jeune. Aussi, le continent dispose d’une économie attractive, d’un potentiel énorme et inépuisable de matières premières. D’autre part, face à la crise qui secoue l’Europe de plein fouet, l’Afrique représente aux yeux de partenaires stratégiques l’un des recours principaux de la relance de l’économie mondiale. C’est dans cette optique géostratégique que New Delhi intensifie sa présence sur le continent pour bénéficier à court, moyen et long terme des retombés de son investissement sur le continent. Il revient aux africains de savoir aussi tiré profit de se positionnement pour que les fruits de la croissance profitent aux peuples, véritables moteurs économiques. La présence indienne sur le continent est une stratégie politique et économique, dont l’objectif demeure le renforcement de la croissance soutenue et durable de ce géant qui, plus est, exprime un intérêt majeur à l’échelle du continent pour développer une coopération de proximité dans lequel les deux parties trouveront leur intérêts.
 
Rodrigue Fénelon Massala
 
< Précédent   Suivant >
 
×
×
Votre Nom :
Votre Email :





×