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Le secteur des assurances africain Entre potentiel et contraintes des risques Version imprimable
30-05-2014
L’évolution exceptionnelle de deux pays (Afrique du Sud et Maroc), qui ont vu ce secteur évoluer d’une manière similaire au secteur bancaire, peut encourager le développement de ce secteur en Afrique. Cependant, si on passe à une analyse plus micro-économique, on observe des disparités entre pays et régions.
 
Le secteur des assurances en Afrique est certainement l’un des moins développés du monde, et ce, malgré le besoin de sécurité des patrimoines et des revenus qui est une aspiration qui concerne toutes les populations de tous les continents. L’assurance est certes une réponse rationnelle à ces besoins et l’Afrique ne peut faire exception. Cependant, l’évolution exceptionnelle de deux pays (Afrique du Sud et Maroc), qui ont vu ce secteur évoluer d’une manière similaire au secteur bancaire, peut encourager le développement de ce secteur en Afrique. Sur un CA de 4 600 milliards de dollars US réalisé en 2012 au niveau mondial (dernière statistique disponible), la part du CA réalisé par le secteur en Afrique est uniquement de 2,2%, soit un CA de 100 milliards de dollars US pour une population de 1,03 milliard d’habitants, alors que le continent européen réalise un CA de 1 651 milliards de dollars US pour une population uniquement de 739 millions d’habitants. Pour le continent, l’assurance vie représente à peu près 50%. Au-delà du niveau de vie, cet écart se justifie par la culture et le niveau de développement humain, qui limite l’accès aux prestations de maladie, de retraite et de protection du patrimoine, et le niveau de développement des marchés financiers. Cependant, si on passe à une analyse plus microéconomique, on observe des disparités entre pays et régions. Les deux premiers marchés du continent qui sont l’Afrique du Sud et le Maroc représentent à eux seuls 80% de part de marché dont 75% pour l’Afrique du Sud et 5% pour le Maroc avec une population de 32 millions d’habitants. Le Nigéria, troisième pays africain, dispose uniquement de 2,5% de part de marché avec une population qui représente 13% de la population du continent. Comme je l’ai souligné, le secteur des assurances dépend principalement du niveau de développement du secteur bancaire et financier. La capitalisation boursière de l’Afrique du Sud représentait, en 2012, 72% de la capitalisation boursière de l’Afrique et celle du Maroc 3,6%.
 
Le marché de l’assurance de l’Afrique du Sud est d’un niveau mondial puisqu’il était en 2012 le 17ème marché mondial avec une part de marché de 1,2%. Le secteur de l’assurance, au même titre que le secteur bancaire, est extrêmement développé, le pays affichant le 2ème taux de pénétration du marché le plus élevé au monde avec des produits très sophistiqués et profitant de l’importance des échanges commerciaux entre l’Afrique du Sud et le reste du monde qui sont générateurs de primes d’assurance. Si le marché dispose de plus de 100 opérateurs, il reste largement dominé par quelques conglomérats dont les plus importants comptent parmi les plus grands groupes mondiaux. Ceux-ci se développent à l’international, non seulement en Afrique, mais également en Europe (Royaume-Uni, Scandinavie), l’Australie, l’Inde et bientôt la Chine, ce qui donne ce positionnement mondial du secteur de l’assurance de l’Afrique du Sud. Le marché de l’assurance au Maroc est le plus développé de la région MENA et dispose d’un potentiel de dévelop-pement encore plus important, que soit localement ou dans la région de l’Afrique subsaharienne et de l’ouest. C’est un marché presque local marqué par des participations étrangères dans les compagnies d’assurances. Le marché peut être considéré comme mature malgré le degré d’innovation et de sophistication des produits qui reste limité, mais dispose d’un potentiel important en Afrique subsaharienne et de l’ouest. Certains opérateurs ont déjà commencé à s’installer dans ces pays et à exploiter le potentiel. À titre d’exemple, les 16 pays couvrant la zone Fanaf (Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines) ont émis, pour 2011, 1,5 milliard de dollars US de primes, soit une part de marché de 1,5% au niveau africain pour une population représentant presque 20% de la population africaine. La prime émise par habitant est d’environ 9 dollars US, pour plus 4 000 dollars US pour le restant de l’Afrique et 1 400 dollars US pour le restant de l’Afrique hors l’Afrique du Sud. Donc, la marge de progrès est très importante pour toutes les compagnies qui souhaitent s’y installer. Les spécificités agricoles de cette région, l’une des plus dynamiques au monde en termes de demande agricole, donnent également de belles perspectives pour les compagnies spécialisées dans le domaine de l’assurance agricole et l’indemnisation des risques climatiques. Plusieurs projets pilotes de développement d’assurance agricole indicielle, en particulier au Mali (coton, maïs), Burkina Faso (coton, maïs), Bénin (maïs) et Sénégal (arachide, maïs) ont été initiés les dernières années. Dans ces systèmes, les indemnisations ne reposent pas sur des évaluations directes, mais sur des indices climatiques ou de rendements agrégés, pour les rendre moins onéreuses. Elles apparaissent comme un outil de développement, car elles permettent de protéger les agriculteurs et organismes de crédit des conséquences des pertes liées à des aléas climatiques. Mais leur mise en place n’est pas facile, car il s’agit d’un domaine qui implique la participation de nombreux acteurs allant des agriculteurs de la zone jusqu’aux réassureurs internationaux et nécessite un important travail d’explication et des compromis entre la science et les réalités du terrain et aussi des investissements (pluviomètres, informations satellitaires). D’où le rôle des États et les grands bailleurs à promouvoir le développement des assurances dans cette région. Aux côtés des évolutions positives, le secteur de l’assurance connait de nombreuses faiblesses, notamment les problèmes liés aux insuffisances de la réglementation et du contrôle. De même, la nécessité de se doter des fonds propres nécessaires pour prétendre à un développement dans un continent où les risques pèsent encore est un enjeu de taille. Il est inéluctable que la prise en compte des risques dans le cadre des directives Solvency, peut-être même pas au même niveau des pays développés, contraindra les pays à mettre en place des normes pour développer la gestion des risques assurantielles et le développement de l’actuariat. Les deux pays leaders africains sur ce secteur sont encore en avance dans ce domaine. La régulation du secteur assurantiel revient principalement au Financial Stability Board «FSB», dont les prérogatives couvrent le suivi des activités de l’ensemble des compagnies d’assurance. Actuellement, le FSB projette de mettre en oeuvre les nouvelles normes Solvency Assessment and Management (SAM), qui s’inspirent directement de la réglementation européenne Solvency 2 et qui comporte à la fois des exigences quantitatives (Pilier 1) et qualitatives (Pilier 2), et exige davantage de transparence dans la divulgation des résultats financiers (Pilier 3). Le Maroc a opté pour une démarche qui s’inspire du dispositif Solvency afin de faciliter la mise en oeuvre de l’évolution réglementaire. L’objectif est d’amener les compagnies d’assurances à mobiliser plus de fonds propres pour faire face aux risques et imprévus, et préserver les équilibres financiers ainsi que les engagements pris vis-à-vis des assurés. La démarche suivie s’inspire comme pour l’Afrique du Sud des dispositifs européens Solvency. Mais la contrainte de la mise en oeuvre surtout pour les pays où le secteur est moins développé demeure de taille. Les initiatives rapprochant le monde scientifique, les assureurs et les assurés sont stratégiques pour le continent. Selon plusieurs experts, un rapprochement entre le monde scientifique et les praticiens de l’assurance dans des initiatives non lucratives et selon des partenariats Sud-Sud est inéluctable et pourra aider à faire évoluer les réglementations et vulgariser les pratiques de gestion des risques et d’actuariat qui sont nécessaires au développement du secteur et à l’exploitation de son potentiel.
 
Abdelaziz Enasri,
Paris Docteur es-sciences en économétrie
et Exécutive MBA Temple University USA
Consultant expert financier international
 
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