Journal en ligne - []
Le tournant d’un cycle politique Version imprimable
28-10-2013
Le paysage politique nigérien, parmi les espaces politiques africains les plus tumultueux de ces deux dernières décennies, a été marqué par l’irruption des militaires pour calmer le jeu (en arbitre) ou pas.
 
La transition démocratique, engagée au Niger dans l’année 90 à l’issue d’une conférence nationale mouvementée, aboutit à la déposition du pouvoir des héritiers de Seyni Kountché. Le paysage politique nigérien était recomposé, l’armée avec le départ d’Ali Saibou regagnait les casernes pour adopter une posture apolitique. L’avènement de la démocratie au Niger instaura de nouveaux rapports entre l’Etat et les milieux d‘affaires. Désormais, ces derniers n’avaient plus un seul interlocuteur, le parti unique. Ils pouvaient, au contraire, faire désormais entendre leurs voix au sein des différents mouvements issus du multipartisme et influer sur leurs choix économiques. Le système bipolaire en vigueur pendant les années de monopartisme se disloquait du moins formellement. Ce fut l’ère du renouveau démocratique.
 
En effet, au regard de l’évolution analogue à celle d’autres pays de la sous-région à l’exception près de la Guinée Bissau, le Niger qui plus est passa, entre 1991 et 1993, d’un régime à parti unique à un système politique démocratique, marqué par l’élection à la magistrature suprême de Mahamane Ousmane au terme d’une transition démocratique.
 
Le processus démocratique s’est déroulé dans un contexte économique délicat au point de le compromettre à plusieurs reprises.
 
En 1992, la chute de 8,5% du PIB, reflet d’un net recul de l’activité économique, compromit la trésorerie de 1’État, la différence, entre les recettes courantes (63,3 milliards de f CFA) et les dépenses impératives (83,6 milliards f CFA), se chiffra à 22,3 milliards f CFA, déficit comblé par l’apport d’aide budgétaire extérieure (17,7 milliards f CFA) et de financements intérieurs (6,5 milliards f CFA). L‘ajustement structurel demandé par les bailleurs de fonds et refusé par les partenaires sociaux s’effectuait de facto, la baisse des ressources de 1’État l’empêchant d’honorer ses dépenses de souveraineté qui se sont accrues avec les nouvelles institutions nées de l’avènement de la démocratie et le paiement régulier du salaire de ses fonctionnaires (trois mois d’arriérés en janvier 1993). Cette situation de crise aura une répercussion au sommet de l’Etat où les partis alliés au président Mahamane Ousmane quittent la coalition au pouvoir.
 
Cohabitation politique et coup
 
Le président Mahamane Ousmane dut dissoudre le Parlement et convoqua un scrutin législatif anticipé remporté par l’opposition à l’époque dirigée par Mamadou Tanja et Hama Amadou qui hérita du poste de Premier ministre. Le Niger devrait à cet effet expérimenté une période de cohabitation politique. Cette cohabitation entre le président Mahaman Ousmane du Cds et Hama Amadou de Mnsd a été soumise à rude épreuve. Une mésentente gouvernementale bloqua systématiquement le fonctionnement de l’Etat. Face à ce bras de fer au sommet de l’Etat, le chef d’Etat major de l’époque Ibrahim Baré Maïnassara perpétra un coup d’état militaire qui remettra en cause le processus démocratique. L’armée reprend le pouvoir, fixe une période de transition et organise les élections àlaquelle le chef de la junte est candidat. Ce dernier remporte calamiteusement ce scrutin et organise des élections législatives et municipales dans la foulée, qui s’apparenteraient vraisemblablement à un holdup électoral. Le pouvoir de Maïnassara est fort mais politiquement fragile. Face à la contestation sociopolitique qui engendre un véritable bras de fer entre le pouvoir, les syndicats et l’opposition politique, une frange de l’armée dirigée par le commandant ouanké, chef de la sécurité de Baré Maïnassara liquide physiquement. Le Niger est désormais plongé dans l’incertitude en 1999. Le Niger enregistre le deuxième coup d’Etat militaire en plein processus démocratique.
 
Chute de Tanja et retour à la démocratie
 
Le nouvel homme fort du Niger, le commandant Ouanké fixe à nouveau une période de transition, fait adopter une nouvelle constitution et organise des élections à laquelle il ne se présente pas. Cette élection consacre le retour au pouvoir du Mnsd. Mamadou Tanja est déclaré élu face à Issoufou. Tanja dirige le pays pendant 10 ans, il améliore le climat des économique, le Niger revoit ses contrats avec Areva. Le cours de l’uranium implose, le Niger fait la découverte du pétrole. Tanja s’obstine contre vents et marées à quitter le pouvoir à la fin de son mandat. C’est l’époque du «Tazertier», la continuité en langue locale. Il demande une rallonge de son mandat pour 3 ans. Il dissout le Parlement, ignore la décision de la Cour constitutionnelle qui rejette sa requête de vouloir obtenir un troisième mandat. Malgré les pressions internes et externes Tanja fait adopter une nouvelle constitution organise une nouvelle élection boycottée par l’opposition. Le Niger se trouve dans l’expectative, exclu de plusieurs instances régionales et continentales. Comme, il fallait s’y attendre le 18 février 2010, le bataillon d’appui de l’armée dirigé par le commandant Salou Djibo attaque le palais neutralise la sécurité du président et s’empare du siège du pouvoir. Mamadou Tandja est tombé, victime de son «arrogance et du clientélisme politique» pouvait-on lire dans la presse. En Afrique, on a toujours tendance à ne pas lire les signes des temps. On s’évertue à mourir au pouvoir, à faire admettre qu’un mandat ou deux ne suffisent pas…
 
Le Niger enregistre à son compteur un nouvelle irruption de l’armée dans l’arène politique. Ce coup d’Etat est salué par l’opposition, réuni au sein du Front du refus et par le reste du monde. Salou Djibo, élevé au rang de général de corps d’armée, organise une transition politique qui aboutit à l’élection de l’opposant historique. Le socialiste Mamadou Issoufou a obtenu le soutien de Hama Amadou transfuge du Mnsd autrefois au pouvoir sous Tanja mais tombé en disgrâce avec ce dernier. Cette énième restauration de la démocratie constitue un véritable tournant de la démocratie nigérienne, souvent secouée par un cycle politique ponctué par des pronunciamientos. Au regard des évolutions politiques récentes et des pratiques, on peut dire que la démocratie est un long apprentissage. En ce sens ceux qui ont désormais en charge la destinée du Niger ont une lourde responsabilité face à leurs compatriotes et à l’histoire de ne plus replongé le pays dans un cycle de coup d’arrêt de la démocratie chèrement acquise par les forces vives du Niger, dont le caractère pondéré à toujours triomphé face à l’abnégation et au repli partisan.
 
Rodrigue Fénelon Massala
 
< Précédent   Suivant >
 
×
×
Votre Nom :
Votre Email :





×