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Les vérités de Mahaman Laouan Gaya Version imprimable
28-10-2013
Le secrétaire général du ministère de l’énergie et du pétrole, Mahaman Laouan Gaya a bien voulu recevoir pendant deux tours d'horloge Les Afriques. Entretien.
 
Les Afriques :Après près de 50 ans d’exploration et exploitation minière et pétrolière, et aussi les importants gisements enfouis dans son sous sol, on peut dire que le Niger est pionner dans le secteur. Mais au regard des résultats socio économiques du pays, peut-on considérer le Niger comme étant un scandale géologique?
 
Mahaman Laouan Gaya : Tout de suite, non… Certes, le Niger regorge d’abondantes ressources minières, énergétiques et même hydrauliques. Ici, elles n’ont pas été pillées comme dans beaucoup d’autres pays africains. Les réserves sont d’ailleurs là, quasiment intactes, hormis l’uranium exploité depuis 45 ans et qui a connu quelques aléas. En effet, du point de vue de potentialités, force est de reconnaître que le sous-sol nigérien est immensément riche et très diversifié. Compte tenu du contexte géologique du Niger (bassins sédimentaires, socle précambrien,…) de nombreux indices miniers ont été découverts sur plusieurs formations géologiques du territoire national. Notons que l’uranium, le charbon, l’or, le phosphate, la cassitérite, le gypse et le calcaire qui sont exploités et auxquels il faut ajouter des indices de métaux précieux (argent, platine,…), des métaux de base (cuivre, plomb, étain, zinc,…), des métaux spéciaux (vanadium, titane, lithium, nickel, chrome,…), des pierres précieuses (diamant,…)… sont présents dans le soussol nigérien. Ces minerais ont été découverts dans les régions du Liptako-Gourma, du Damagaram-Mounio, du sud Maradiet dans la partie septentrionale du pays. Le potentiel pétrolier et gazier se situe dans deux bassins sédimentaires, qui couvrent 90% du territoire national : le bassin Occidental dit bassin des Illumenden (incluant le bassin du Tchad et celui du Tamesna) et du bassin Oriental (celui qui fait actuellement l’objet d’un développement). Il est évident que notre pays dispose aussi d’énormes ressources pétrolières et mieux le Niger connaîtrait les mêmes miracles que ses voisins susmentionnés. D’autre part, la gestion de nos ressources minières ne peut être comparée à celle faite dans les autres pays. Remontons toutefois dans l’histoire pour rappeler que notre uranium, pour prendre cet exemple, a toujours été considéré comme un produit stratégique à la fois par nos partenaires français et par les autorités nigériennes. En effet, les accords de défense du 24 avril 1961 «conféraient à la recherche et à l’exploitation de l’uranium un caractère tout à fait particulier en le situant sur le plan des relations entre Etats». C’est dans ce contexte que la convention minière de 1967 met «gracieusement» l’uranium nigérien à disposition de la France. En vertu de cette convention, le choix des acheteurs du produit ainsi que la fixation de son prix sur le marché international sont une prérogative reconnue à l’ancienne puissance coloniale. Le Président Diori Hamani, qui avait tenté de remettre en cause ces dispositions, l’a connu à ses dépends le 15 avril 1974. Aujourd’hui avec les nouvelles conventions d’exploitation de nos resources du sous-sol, les autorités nigériennes ont imprimé une autre lecture de ces accords. Ayant été jugés caducs et non favorables à notre pays, le Gouvernement a élaboré des nouveaux codes minier et pétrolier qui ont, entre autres avantages, la diversification de nos partenaires pour l’exploitation de nos ressources du soussol et une révision des conditions de fixation des prix. Notons, l’admission en 2010 de notre pays au point de conformité à l'Initiative pour la Transparence des Industries d'Extraction (ITIE).
 
LA :Avec l’exploitation et le raffinage du pétrole du Niger, peut-on parler d’indépendance énergétique pour le pays ?
 
M.L.G. :Non Monsieur ! ! L'indépendance énergétique est un concept très relatif. On peut l’assimiler pour un pays à sa capacité à satisfaire ses besoins d’énergie en maîtrisant les sources de production, les canaux d'ap-provisionnement et les techniques de valorisation des différentes formes d'énergie. Le «bilan énergétique» du Niger montre que le pays a un secteur énergétique qui se caractérise par la faiblesse de la consommation finale par habitant, 0,14 tep, l’une des plus faibles du monde et l’accès très limité aux différentes formes d’énergies modernes. Alors qu’il dispose d’importantes ressources inexploitées, paradoxalement, le pays présente une forte dépendance vis-à-vis de l’extérieur pour la satisfaction de ses besoins énergétiques modernes. Aussi, cet accès limité aux différentes formes d’énergies modernes n’est pas de nature à promouvoir la production, donc à lutter contre la pauvreté et à améliorer les conditions de vie des populations. Notre consommation énergétique finale est structurellement dominée par la biomasse, à hauteur de 87%, ce qui constitue une menace quasiment irreversible pour le couvert forestier. La raffinerie de pétrole du Niger (Société de Raffinage de Zinder-Soraz) a une capacité de traitement de 20 000 barils par jour dont le tiers est destiné à la consommation domestique. Mais, malgré cette garantie, nous ne pouvons pas prétendre être à l’abri des problèmes d’approvisionnement. Sur cette question, dès la création du ministère de l’énergie et du pétrole, le gouvernement a pris des mesures fermes pour la sécurisation des approvisionnements en hydrocarbures, mais aussi une diversification de nos approvisionnements à travers le «mix énergétique». Les énergies renouvelables et le potentiel de l’énergie d’origine nucléaire sont abondantes, et elles ont et auront pour avantage de diminuer la dépendance à l’égard des ressources finies ou importées. L’objectif du gouvernement du Niger est de définir des politiques énergétiques favorables aux pauvres, respectueuses de l’environnement et propres à promouvoir un développement économique durable pour tous. Je serai tenté par ailleurs, de vous dire qu’aucun pays au monde ne peut se prévaloir d’une indépendence énergétique tant de par ses resources que par la technologie et les équipements. L’électricité en France est à près de 65% d’origine nucléaire et l’essentiel du combustible utilisé vient du Niger. Alors qui dépend de qui ?
 
LA : L'électronucléaire est un des grands chantiers du ministère de l’énergie et du pétrole, et le Niger envisage même de construire une centrale nucléaire à vocation sous - régionale. N’est-ce pas trop ambitieux comme projet ?
 
M.L.G. : Vous n’êtes pas sans savoir que l’accès à l’électricité reste l’un des problèmes majeurs de l’Afrique, et notre continent est le moins électrifié du monde. En Afrique de l’ouest particulièrement, nous vivons quotidiennement des coupures et des délestages intempestifs et parfois interminables ; ce qui du coup freine considérablement notre développement économique et social. Et ce développement dont nous clamons tant, passe nécessairement par la transformation de nos matières premières et plus particulièrement énergétiques. Notre sous-sol regorge d’une de ces matières premières énergétiques en l’occurrence l’uranium. Et comme vous devez le savoir, depuis les années 70, le Niger est producteur d’uranium à hauteur de 5000 tonnes par an, aujourd’hui et nous espérons accroître cette production à 10.000 tonnes avec la mise en exploitation dans les années à venir de la mine d’Imouraren ; ceci placera d’ailleurs le Niger au 2ème rang mondial. Cette production est alors intégralement exportée et utilisée ailleurs pour la production d’énergie électrique.Imaginez qu’avec 25 kg d’uranium, on peut produire un (1) GW d’électricité, ce qui par ailleurs exigerait 2,7 millions de tonnes de charbon et produirait 8 millions de tonnes de CO2. Il importe donc pour nous de réfléchir à la transformation de ces immenses ressources uranifères en électricité à travers une centrale électronucléaire. Les avantages que présente cette technologie cadrent parfaitement avec l’objectif de production d’une énergie abondante, bon marché, propre et le développement de capacités industrielles en Afrique. Aussi, à puissance installée équivalente, l’électricité produite par une centrale nucléaire est la moins chère. L’accès à une électricité bon marché et abondante, est une condition sine qua non pour le déve-loppement industriel et le bien être social de nos populations. Beaucoup de préalables sont nécessaires pour mettre en place un programme électronucléaire responsable, dont la mise en oeuvre des instruments juridiques internationaux, les normes de sûreté nucléaire internationalement reconnues et les orientations en matière de sécurité. Le Niger vient de s’engager dans un programme électronucléaire en raison de sa volonté de réduire sa dépendance énergétique, mais aussi et surtout parce qu’il a acquis une longue expérience dans le cycle du combustible nucléaire, avec à son actif, 45 ans d’exploitation et de traitement du minerai d’uranium pour l’obtention de l’uranate. Dans le cycle de notre programme électronucléaire, l’obstacle majeur à surmonter est d’ordre sécuritaire. La chaîne de valeurs de l’industrie nucléaire, qui va de l’exploration de l’uranium à la réalisation d’une centrale nucléaire, peut s’échelonner sur au moins un quart de siècle. Notre pays se situe dans la première phase, parce qu’au-delà de l’obtention industrielle de l’uranate, nous sommes dans le processus de mise en conformité de notre cadre institutionnel, législatif et réglementaire aux exigences d’un programme électronucléaire standard avec bien sûr l’assistance technique de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
 
LA : Niamey va abriter du 19 au 23 novembre prochain la 16ème édition de la Conférence d'Oilgasmine en partenariat avec la Cnuced. Vous en êtes le président du Comité national d’organisation, pouvez vous nous décliner les grandes lignes de cette manifestation ?
 
M.L.G. : Permettez-moi d’abord de rappeler que la Conférence Oilgasmine, est une manifestation annuelle, organisée de par le monde par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced), dans l’optique de promouvoir le secteur des industries extractives et permettre leur meilleure contribution au développement économique et social des pays surtout en développement. Cet évènement est placé sous le haut patronage du président de la république, SEM Issoufou Mahamadou. C’est un événement de portée mondiale qui entre dans l’optique de la promotion du secteur des industries extractives et permettre leur meilleure contribution au développement économique et social de notre pays. La Cnuced a souhaité organiser cette conférence, en collaboration avec Cubic Globe, avec pour thème principal «Développement des ressources naturelles : Gouvernance dans les industries extractives, négociation, prix et marchés», précédé d’une session spéciale organisée en collaboration avec la Fondation Tattali Iyali de la Première Dame, Dr Malika Issoufou et qui sera axée sur «Les femmes, les industries extractives et les stratégies innovantes». Cette conférence constitue assurément un moment privilégié de rencontres, d’échanges, de partage d’expériences. C’est pourquoi, j’invite solennellement, les ministères des pays africains, les sociétés nationales d’hydrocarbures, les multinationales pétrolières et minières, les sociétés de service, les universitaires et la société civile à être au rendez-vous du 19 au 23 Novembre 2013.
 
Propos recueillis
à Niamey par Ismael Aidara
 
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