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L’Union douanière en 2019, un objectif qui s’éloigne Version imprimable
04-06-2009

Le chemin de l’intégration est encore pavé d’obstacles, ont constaté les ministres africains à Yaoundé. L’Union douanière prévue en 2019 ne se fera probablement pas.

Après Abidjan, l’année dernière, Yaoundé, la capitale du Cameroun, a accueilli la 4e Conférence des ministres africains de l’intégration (COMAI IV). Cette conférence, instituée en 2006 par le Sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine en Gambie, permet annuellement aux ministres et aux représentants des communautés économiques sous-régionales et de la Commission de l’Union africaine, de faire le point sur l’intégration.

Cette année, la rencontre portait sur l’évaluation de la mise en œuvre des recommandations de la COMAI III, le programme minimum d’intégration et l’impact des partenariats sur l’intégration.

L’objectif de l’intégration est la Communauté économique africaine (CEA), une union économique et monétaire des 53 Etats, dotée d’une monnaie commune et garantissant la libre circulation de capitaux et de la main d’œuvre.

La conférence a examiné le volumineux rapport (132 pages) de l’Union africaine sur « la situation de l’intégration en Afrique ». Ne faisant pas dans la langue de bois habituelle, le rapport reconnaît « qu’il n’est pas certain qu’une Union douanière continentale puisse être mise en place d’ici 2019 comme planifié dans le calendrier de la CEA ».

Ce pessimisme s’explique par le préalable de la réalisation des objectifs des Communautés économiques régionales, CER. Elles doivent d’abord parvenir à la libre circulation des personnes, des biens et des services, avant de fusionner dans la communauté continentale. Or, indique le rapport, bien que plusieurs communautés aient déjà adopté des protocoles sur ces points, ces objectifs ne sont encore atteints dans aucune CER.

Disparités

Les niveaux d’intégration des différentes communautés régionales, très inégaux, posent le problème de l’harmonisation. Le COMESA (Marché Commun de l’Afrique australe), la CEDEAO (La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), la SADC (La Communauté de développement de l’Afrique australe), la CAE (Communauté de l’Afrique de l’Est) ont déjà institué des zones de libre-échange alors qu’il n’en est encore rien pour l’IGAD (L’Autorité intergouvernementale pour le développement) et la CENSAD (La Communauté des Etats Sahélo-Sahariens). L’Union douanière prévue pour 2008 pour les CER, n’a pu se réaliser nulle part. La COMESA et la CEDEAO se sont fixées 2009 pour objectif, sans que rien ne le leur garantisse pour l’heure. La SADC le projette pour 2010.

Outre les peu de progrès et les disparités entre les CER, le processus souffre, ajoute le rapport, des conflits et des nombreux défis d’ordre politique, économique et social qui interpellent le continent.

La création d’une Banque centrale, d’un Fonds monétaire africain et d’une Banque africaine d’investissement, qui attendent la réalisation de la Communauté économique africaine, ne sont donc pas encore à l’ordre du jour.

 

Volonté politique

La faute, reconnaît le rapport, au manque de volonté politique. L’on espère sans y croire, que la crise économique internationale pourrait contraindre les pays africains à échanger davantage entre eux et à croire davantage aux vertus de l’intégration.

Autre hypothèque pour l’intégration, les partenariats avec d’autres pays ou régions. Celui auquel on pense immédiatement n’est pourtant pas le seul. L’Accord de partenariat économique avec l’Union européenne s’annonce la plus menaçante. Faute d’avoir pu signer avec les Communautés économiques régionales, comme elle s’y était engagée, l’UE a commencé à signer individuellement avec des pays, qui sont ainsi partie prenante de traités contradictoires.

Les partenariats avec la Chine, le Japon, l’Inde ne sont pas sans danger. Les pays africains y vont en ordre dispersé, se disputant les faveurs de ces partenaires, au prix d’avantages de plus en plus importants, au lieu d’harmoniser leurs positions pour obtenir ensemble les mêmes gains de la part partenaires qui sont demandeurs.

La Chine pose par ailleurs un autre problème. Ses ressortissants immigrent de plus en plus sur le continent, alors même que la libre circulation entre Africains pose encore problème.

Les progrès réalisés par le COMESA, la CAE et la SADEC, dont les chefs d’Etat ont décidé à Kampala, en octobre 2008, de regrouper les trois entités en une Zone de Libre Echange (ZLE) devant évoluer vers un marché unique, a été le seul motif de satisfaction de la réunion. Cette décision n’est toutefois pas encore entrée en vigueur et de nombreux obstacles subsistent.

 

CES

 
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