Taxes : le Niger et le Bénin s’accordent Version imprimable
01-10-2008

La guerre des taxes n’aura pas lieu entre le Niger et le Bénin. Au bout de six mois de tensions, les deux pays ont signé un protocole d’entente.

Par Aliou Diongue, Dakar

La querelle qui oppose depuis quelques mois le Port autonome de Cotonou et les opérateurs économiques du Niger semble avoir trouvé une issue heureuse.

Il aura fallu l’implication des plus hautes autorités des deux pays pour tourner la page de la querelle. Cotonou semble avoir cédé aux pressions de Niamey.

Toutefois les tensions qui enveniment les relations commerciales entre les deux pays depuis six mois ne semblent pas s’être complètement apaisées. Vers la fin du mois d’août, en effet, le directeur du journal béninois Le Rocher Douanier a été refoulé à son arrivée à la ville frontalière de Gaya. La police frontalière nigérienne a invoqué, pour justifier sa décision, le fait que le journaliste béninois « ne dispose pas d’accréditation pour séjourner au Niger ».

Le journaliste, dont la publication s’intéresse aux activités des milieux douaniers, notamment le port, l’aéroport, les frontières et les gares ferroviaires, a effectué un séjour au Niger en avril dernier.

Cet incident est le dernier épisode dans la détérioration persistante des relations commerciales entre les deux pays, suite à la décision prise en février dernier par le Port autonome de Cotonou d’imposer une nouvelle taxe sur les marchandises à destination du Niger. Il aura fallu l’implication des plus hautes autorités des deux pays pour tourner la page de la querelle. Cotonou semble avoir cédé aux pressions de Niamey.

Le 22 août, les autorités béninoises ont ainsi décidé de suspendre la taxe de voirie pour les marchandises à destination du Niger. Cette taxe devrait ensuite être abrogée par voie législative. Les autorités béninoises ont également pris des mesures réglementaires pour accélérer les modalités pratiques de déconsignation de l’acompte forfaitaire spécial payable par le Niger. Cotonou s’est par ailleurs engagé à trouver les solutions appropriées pour accélérer l’acheminement des camions de marchandises en provenance du Port autonome de Lomé et à destination du Niger.

Boni Yayi au front

Ces mesures, qui sont de nature à faire baisser la tension, ont été prises à la suite de la signature d’un protocole d’entente entre les ministres des Finances des deux pays. Le 21 août, le ministre béninois des Finances a conduit au Niger une délégation de haut niveau de son pays qui a été reçue par le président nigérien. Message central délivré par l’officiel béninois : le président Boni Yayi du Bénin souhaite la mise en place d’une commission paritaire bilatérale qui prendra en charge tous les problèmes relatifs au commerce et au travail entre les deux pays.

Le chef de l’Etat nigérien a annoncé à ses hôtes la construction prochaine d’un port sec à Dosso, ville nigérienne du Sud, qui constituerait un prolongement idéal du Port de Cotonou et optimiserait le corridor entre les deux capitales.

Carrefour commercial

Pour rappel, au début du mois de février dernier, les autorités douanières béninoises avaient en effet décidé l’application, à partir du 1er avril, d’une taxe de 5% sur toutes les marchandises transitant par ce port ainsi que d’un prélèvement de 4% pour les timbres fiscaux sur tout produit de fret à destination du Niger. Les opérateurs économiques du Niger avaient réagi en boycottant le Port de Cotonou, important carrefour commercial qui gère plus de 90% des échanges extérieurs du Bénin. Mais si le Port de Cotonou est vital pour l’économie du Bénin, il présente également une importance cruciale pour celle du Niger. A l’exception du Bénin lui-même, le Niger est le principal utilisateur du port de Cotonou. En effet, des cinq pays étrangers qui ont utilisé ce port pour leur fret entre 1996 et 2005, le Niger a eu le fret cumulé de loin le plus important : 5 367 700 tonnes, 28 fois plus que le fret malien (189 944 tonnes), par exemple.

 
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