Zimbabwe : au-delà des résultats et du suspens Version imprimable
21-04-2008

Apurer le dossier de la réforme agraire, redresser l’économie et renouer avec l’Occident. Telle est la feuille de route naturelle de celui qui sortira gagnant d’un scrutin présidentiel aux enjeux multiples.

Par Mohamed Baba Fall, Casablanca

Sur le plan diplomatique, le Zimbabwe, qui n’a admis comme observateurs que les Africains, les Chinois, les Russes, les Iraniens, ou encore les Vénézuéliens, aura fort à faire pour renouer avec l’Occident.

A l’heure où nous mettions sous presse, un suspens inédit régnait sur le Zimbabwe. L’ex Rodhesie britannique, devenue indépendante en 1980, n’a connu jusque-là qu’un seul chef d’Etat, le révolutionnaire Robert Mugabe, 84 ans, bête noire des anglo–saxons, candidat à sa propre succession. Mais, contrairement aux autres scrutins, souvent sans enjeux, celui du dimanche 30 mars paraissait incertain, ce qui a justifié sans doute le retard mis par la commission électorale dans la publication des résultats. Un retard qui a alimenté toutes les rumeurs dans Hararé et qui a encouragé le Secrétaire Général du Mouvement pour le Changement démocratique (MDC), principale formation d’opposition, à proclamer sa victoire. Quitte à défier les forces de l’ordre déployées en masse dans les principales villes du pays. Au-delà de cette bataille du pouvoir, les observateurs qui ont à c?ur, sans doute, l’exemple kenyan, entrevoient dans tous les cas, et quelque soit l’issu du scrutin, une phase post électorale difficile pour ce pays. Réussir à faire admettre aux uns et aux autres les résultats officiels s’annonce un exercice délicat.

Réforme agraire
Le pouvoir issu des urnes devra sans doute s’atteler aux problèmes économiques, à commencer par le dossier explosif de l’expropriation des fermiers blancs, la relance d’une économie à genoux et le retour dans le concert des nations. Sur le premier point, aucun des deux candidats favoris, à savoir le président Mugabe et Morgan Tsvangirai ne semblaient prêt à revenir sur les expropriations, sujet électoralement porteur. C’est d’ailleurs dans les zones rurales concernées par le mouvement de redistribution des terres que le président sortant était le plus populaire, Harare s’étant rangé selon les résultats partiels dans l’opposition. Sur le deuxième point, l’économie, il faudra au futur président sortir le pays des sévères sanctions prises par l’Occident en 2002, deux ans après une réforme agraire qui a abouti selon les détracteurs du régime Mugabe à une redistribution des terres à la seule nomenclature.

Scrutin régulier
Ce « blocus » serait aujourd’hui responsable d’une inflation record de plus de 100 000% et d’un taux de chômage qui concerne 4 adultes sur cinq. Le blocus aura mis à genoux l’économie du pays, provoqué une crise sociale sans précédent ; mais en rien il n’aura entamé un régime qui a même su faire convertir l’apathie de l’Occident en une redoutable arme de propagande en Afrique. Ce n’est pas par hasard que cela soit les observateurs de la SADC (Communauté des Etats de l’Afrique Australe) qui publient les premiers un communiqué jugeant le scrutin régulier. L’ANC qui gouverne l’Afrique du Sud est parvenue jusque-là à ménager la chèvre et le chou en refusant, d’une part, de se plier aux injonctions du Commonwealth et en tentant, d’autre part, de faire entendre raison au président Mugabe. Sur le plan diplomatique, le Zimbabwe, qui n’a admis comme observateurs que les Africains, les Chinois, les Russes, les Iraniens, ou encore les Vénézuéliens, aura fort à faire pour renouer avec l’Occident. Une mission à priori perdue si Mugabe se succède à lui-même pour la sixième fois.

 
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