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Douanes sénégalaises : 40% de pertes de recettes avec les APE Version imprimable
23-01-2008

Pertes de recettes douanières, démantèlement des industries, ralentissement de l’intégration. Les APE, une calamité pour les économies africaines selon le directeur des douanes sénégalaises.

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Jean Jacques Armand Nanga, directeur des douanes sénégalaises.

Propos recueillis par Souleymane Niang, Dakar

Les Afriques : Quel pourrait être l’impact de l’éventuelle signature des APE ? Jean Jacques Armand Nanga : J’aborderai la question sous l’angle technique parce qu’il y a des aspects du débat qui dépassent le cadre et les fonctions de l’administration des douanes.
En vertu des accords de l’OMC, on nous a dit que nous devions signer de nouveaux accords avant le 1er janvier 2008, accords qui vont conduire à la réciprocité des préférences tarifaires ; à savoir que les exemptions douanières dont bénéficiaient les produits ACP à l’entrée en Europe devraient être réciproques.
Le premier problème qui se pose touche au volet fiscal de la mission des douanes. Nous avons évalué ce que cela coûterait au Sénégal. Si nous avions accepté la réciprocité des préférences, le Sénégal aurait perdu, cette année, un peu plus de 40% de ses recettes douanières. Les recettes collectées par la Douane en 2007 s’étant élevées à quelque 436 milliards de FCFA (655 millions d’euros), cette perte se monterait à environ 180 milliards de FCFA. Et cela ferait autant en moins dans les capacités de financement internes de l’Etat.
Le deuxième problème, et d’autres l’ont déjà soulevé, c’est que l’approche elle-même est biaisée. On nous dit que les Etats de l’Union européenne négocient ensemble tandis que l’Afrique est littéralement morcelée à travers des unions régionales. On parle ici avec la CEDEAO, ailleurs avec la CEMAC, ainsi de suite. C’est la politique du « diviser pour régner ».

Déjà que les échanges entre les pays et zones économiques africaines sont à un niveau très bas, les APE les annihileraient.

L.A. : Quelles sont les autres conséquences à craindre de ces accords? J.J.A.N. : Au plan économique, on sait que chacune de ces parties de l’Afrique est en train de mettre en place un processus d’intégration. Si chacune discute séparément avec l’Union européenne, qu’adviendra-t-il du processus d’intégration de l’Afrique ? Assurément, il subirait un grave préjudice. Cela voudrait également dire que le commerce Sud-Sud subirait un grand tort. Déjà que les échanges entre les pays et zones économiques africaines sont à un niveau très bas, les APE les annihileraient.

 

Jean Jacques Armand Nanga, directeur des douanes sénégalaises.

 

L.A. : Les partisans des APE évoquent pourtant des avantages ? J.J.A.N. : Moi, je veux bien y croire. Mais ils nous disent qu’il y a des avantages parce que les produits européens reviendraient moins chers aux consommateurs africains. C’est normal s’il n’y a plus de droits de douane. Or pendant ce temps, il n’y a plus d’économie. Dans ces conditions, comment pourra-t-on acheter ces produits-là, même à moindre coût ?
Au total, cela nous ramène à la question des débouchés. On veut faire sauter les barrières douanières dans les ACP pour que les produits européens aient des débouchés garantis. Et cette question des débouchés remonte à la colonisation. Je ne m'étendrai pas davantage sur cette question. Je retiens simplement que, du point de vue de la productivité, il y aurait un problème. Dans les accords, on nous dit qu’on va promouvoir le secteur privé qui obtiendrait des gains de productivité qui compenseraient les pertes de recettes douanières. Je note, pour ma part, que lors de la marche anti-APE du 8 janvier dernier à Dakar, le secteur privé était aux avant-postes pour dire qu’il n’en voulait pas. Est-ce qu’on peut rendre quelqu’un heureux malgré lui ?
Enfin, sur la question de la compétitivité, je pense que pour être compétitif, il faut produire. Aujourd’hui, dans l’état où se trouvent nos industries, qui sont en train de se désintégrer à cause de la concurrence des produits venant de l’Europe, entre autres, et qui sont fabriqués à moindre coût ou qui sont largement subventionnés, comment voulez-vous que nos produits puissent être compétitifs sur leur propre territoire ? Ils n’y arriveront pas. Donc, que l’on ne nous dise surtout pas qu’un accord comme les APE va accroître la compétitivité de nos produits, parce que les conditions structurelles actuelles de nos économies ne le permettent pas.

Que l’on ne nous dise pas qu’un accord comme les APE va accroître la compétitivité de nos produits, parce que les conditions structurelles actuelles de nos économies ne le permettent pas.

L.A. : Que préconisez-vous pour régler ce problème ?J.J.A.N. : On nous a souvent reproché le fait que notre intégration est une intégration de marché et non une intégration par la production. Donc, il faut que nous réglions ce problème. Mais il faudrait qu’on nous en laisse le temps. Et de ce point de vue, je pense que le traitement spécial et différencié de l’OMC doit jouer. Peut-être n’avons-nous pas assez travaillé sur la question – parce que depuis l’an 2000 on savait que le 1er janvier 2008 on aurait les APE – mais qu’est-ce qui a changé dans la structure de nos économies ? On a réussi à attirer des investisseurs au Sénégal par exemple, mais on ne change pas la structure d’une économie en sept ans.

 
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