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Le marché obligataire ouest-africain Version imprimable
05-11-2008

Prédominance des obligations d’Etat servies à des taux élevés, décourageant les émetteurs privés. Prochaine introduction de la notation.

Les marchés financiers internationaux traversent depuis quelque temps une zone de turbulence sans précédent, marquée par un plongeon des marchés boursiers, de vives tensions sur l’obligataire et une défiance sans commune mesure des investisseurs. Les marchés financiers d’Afrique de l’Ouest sont pour l’instant à l’abri de cette tension, et il serait intéressant de passer en revue la situation actuelle du marché obligataire de l’UEMOA.

Actuellement, les quize Etats membres de la CEDEAO comptent trois principaux marchés obligataires que sont : la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) regroupant huit pays de la sous-région, la Bourse de Lagos au Nigeria, et enfin la Bourse d’Accra au Ghana. Des trois institutions, la BRVM est de loin la plus active sur ce segment de marché. Mais toute proportion gardée, le marché obligataire ouest-africain est encore loin du dynamisme des marchés d’Afrique du Sud et de ceux des pays du Maghreb. En effet, le marché obligataire sud-africain dispose d’une position plus qu’honorable dans la classification des pays émergents, avec une capitalisation en 2007 de l’ordre de 2,43 milliards $ et un record de titres échangés à 1,92 milliard $, sur la base de la cotation de 967 titres de créances et de plus d’une centaine d’obligations d’Etat.

En Afrique de l’Ouest, les chiffres sont beaucoup plus modestes. Malgré une expérience éprouvée en matière d’émissions obligataires, la capitalisation des titres de créances et d’obligations émis par la BRVM représente environ 1,3 milliard $ au 30 juin 2008 (soit environ 621 milliards FCFA) sur des maturités relativement faibles (en moyenne 5,16 ans). En 2007, la Bourse d’Accra a émis sur son marché primaire des obligations de maturité 2, 3 et 5 ans pour un nominal d’environ 1 milliard GHc (soit environ 840 millions $).

 

Obligations d’Etat

En Afrique de l’Ouest, l’origination et la syndication du marché obligataire de la zone connaissent une intéressante évolution, alors que le marché secondaire d’échanges des valeurs mobilières reste encore trop peu animé, même au niveau de la BRVM où il s’est échangé environ 19,7 milliards FCFA (incluant le rachat partiel des obligations du Port autonome de Dakar au second trimestre 2008). Plusieurs actions ont été menées ces dernières années afin de promouvoir et de dynamiser les marchés de la sous-région, sensibiliser les acteurs économiques aux emprunts obligataires et à l’alternative qu’ils constituent en matière de financement pour les entreprises du secteur privé.

En termes de répartition, les émissions obligataires sont très largement dominées par celles des Etats. Au niveau de la zone franc, la Côte-d’Ivoire et le Sénégal sont les plus actifs avec un montant nominal de 322 milliards CFA au 30 juin 2008, représentant environ 49,7% de l’encours coté. Si on rajoute les obligations supranationales (agences et banques de développement) et celles des entreprises parapubliques comme le Port autonome de Dakar ou la Communauté électrique du Bénin, on retrouve donc peu d’obligations « corporate » au niveau du marché coté de la BRVM.

En guise d’exemples d’émissions récentes, on notera les efforts soutenus de dynamisation du marché obligataire par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et par la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO. Concernant les emprunts supranationaux, il s’agit en particulier des emprunts obligataires de la Société financière internationale (Banque mondiale) en 2006 pour 44,6 millions $, et de ceux de l’Agence française de développement (AFD) en mai 2008 pour 20 milliards FCFA.

Au niveau « corporate », on notera la cotation prochaine des obligations du groupe TOGO TELCOM (TT 6,50% 2014), qui aura lieu le 13 novembre 2008 pour une valeur faciale de 20 milliards FCFA.

 

Placements privés auprès des entreprises

Une récente analyse de la Banque mondiale met en exergue une prédominance des émissions d’obligations d’Etat et supranationaux, du fait des taux d’intérêt élevés servis, rendant l’accès au marché obligataire difficile pour les entreprises du secteur privé. A contrario, à l’opposé du marché coté, la bourse régionale a connu ces dernières années un certain succès en ce qui concerne les placements privés auprès des entreprises.

L’attrait du marché obligataire en Afrique de l’Ouest se heurte à de nombreuses difficultés, notamment celles liées à la valorisation (absence d’une courbe des taux) et aux calculs du risque des obligations (via le calcul de la duration). Par ailleurs, bien que quelques émissions d’Etat bénéficient d’une notation par les agences de rating telles que Fitch Rating, il est nécessaire de la généraliser. De plus, très peu de « corporate » parmi les obligations cotées à la BRVM font l’objet d’un tel exercice. Or, le risque inhérent à une obligation est défini à travers une notation qui peut juger de sa capacité à faire défaut. Donc, la notation ainsi que la qualité du crédit ne peuvent que favoriser un développement des activités d’un marché obligataire car les risques sont mieux évalués. A ce titre, le Conseil régional pour l’épargne publique et les marchés financiers (CREMF) a organisé en février 2008 un séminaire portant sur la nécessité de l’introduction de la notation dans le marché sous-régional. Néanmoins, l’introduction de la seule notation ne suffira pas à améliorer le dynamisme du marché obligataire de la zone Afrique de l’Ouest, et il faudra nécessairement ajuster d’autres aspects, comme le système des garanties à la BRVM, ainsi que la réglementation relative à l’épargne et aux marchés financiers.

 

Une liquidité faible

Au final, le manque de dynamisme du marché obligataire d’Afrique de l’Ouest pourrait se résumer par l’atonie constante de son marché secondaire caractérisé par une liquidité faible à l’instar de celui des actions ; une forte tendance à la stratégie de « buy & hold » 1 ; une concentration récurrente des émissions sur la dette publique ; et enfin l’absence de notations pour la majeure partie des émissions obligataires. Donc, une dynamisation de ce segment de marché passerait forcément par des actions appropriées alliant à la fois stratégie, organisation et réglementation et permettant de pallier ces insuffisances propres aux marchés financiers des pays en développement. Mais le potentiel est bien là, il s’agira d’optimiser le développement de ces marchés, avec pour objectif ultime d’en faire une alternative sérieuse aux marchés obligataires internationaux aujourd’hui en pleine déliquescence.

 

1) « Achat et Conservation »

 D’après Cira Finance, Dakar

 
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