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25-05-2011

Le roi du Maroc vient, encore une fois, de surprendre la classe politique en envoyant son conseiller Mohamed Moatassim à une rencontre urgente avec les leaders des partis politiques, la semaine dernière. A nouvelle Constitution, des élections législatives anticipées s’imposent. Tel est le message, sans équivoque.

La consultation populaire sur la nouvelle Constitution est programmée pour « fin juin-début juillet », et la mission des actuels Parlement et gouvernement prendra fin à la suite d’élections législatives anticipées qui auront lieu à l’automne prochain. Par ce développement, le souverain, tout en restant fidèle à son discours du 9 mars dernier, veut aller vite dans le sens des réformes politiques, globales et profondes, promises au peuple marocain.

Par la même occasion, il enlève aux manifestations de la « rue » et aux adeptes du mot d’ordre « Dégage », qui ne représentent pas forcément l’avis de l’opinion publique, deux slogans majeurs qui réclament la dissolution du Parlement et du gouvernement.

Les langues se délient pour dénoncer la mainmise de l’ex-ministre délégué à l’Intérieur et ses « pratiques malsaines pour recruter les membres du PAM  », selon les accusations, d’ailleurs reprises lors des manifestations des jeunes.

Du même coup, il s’agit d’une suite favorable donnée au parti de l’Istiqlal, dont le Conseil national a « réclamé », sans beaucoup de conviction, des élections législatives anticipées, suivant par là son leader de Premier ministre qui, lui, ne semble pas en mesure de tenir bon contre les grognes et les grèves sauvages. Mais au fond, le raisonnement retenu relève de la logique démocratique, qui part du cadre général, celui de la Constitution, pour aller vers ses contenus nouveaux. Parmi ces derniers figure le nouveau rôle qui sera conféré à la Primature, avec un chef de gouvernement exécutif, et les nouveaux pouvoirs législatifs.

 

Pas de vacances pour les politiques

Si l’on analyse ce qui a filtré des entretiens du conseiller royal avec les partis politiques, force est de croire que la volonté d’aller de l’avant existe. Pour cela, la classe politique est appelée, d’abord, à se mobiliser pour la campagne référendaire, et à songer, ensuite, à la préparation des législatives, notamment les textes électoraux et la loi sur les partis.

Il est évident qu’à nouvelle Constitution s’impose un nouveau Parlement, qui devra donner son aval au prochain exécutif, qui jouira de plus larges prérogatives que l’actuel. Les deux instances gèreront les choses courantes, en attendant leur dissolution, juste après la proclamation des résultats des élections législatives qui auront lieu au plus tard le vendredi 2 octobre, afin que l’ouverture de la nouvelle Chambre des représentants se fasse, conformément à la Constitution, le deuxième vendredi d’octobre, comme le voulait la tradition instaurée par la loi suprême.

La semaine en cours est consacrée par les partis politiques à la consultation de leurs organes décisionnels, pour apporter des réponses précises aux propositions formulées par Mohamed Mouatassim, « sur lesquelles aucune décision n’a été prise », selon les politiques. Mais les contours et le cadre sont là. Et, le ramadan intervenant cette année au mois d’août, il est évident que les formations politiques, qui ne s’attendaient pas à cette nouvelle donne, sont prises de court et devront s’abstenir de prendre des vacances pour être aux rendez-vous électoraux.

Ils insistent cependant sur la nécessité que la hâte à laquelle ils sont conviés ne se fasse pas au détriment de l’indispensable révision des lois électorales, qu’il faudra mettre au diapason de la nouvelle volonté royale et de la « revendication démocratique ».

En clair, en plus de l’assainissement informatique des listes électorales, ils espèrent prendre tout le temps nécessaire aux corrections des anomalies constatées lors des précédentes consultations, malgré une avancée globale en matière de transparence. Cela suppose qu’un nouveau balayage doit être fait, tant au niveau des hommes que de certaines pratiques antidémocratiques (campagnes électorales avant terme, corruption des électeurs, intervention d’agents de l’autorité territoriale en faveur de candidats, etc.).

Au niveau de la loi sur les partis, bien des formations politiques insistent sur l’impératif d’interdire la transhumance politique de la manière la plus claire. Car, en plus de certains partis qui ne doivent leur existence qu’à cette pratique immorale, la leçon du PAM est encore gravée dans les mémoires. Aujourd’hui, d’aucuns n’hésitent plus à montrer du doigt Fouad Ali Al Himma, accusé, selon eux, d’« omnipotence dictatoriale » qui a fait de son parti, en l’espace de deux mois, le plus important, numériquement, au niveau du Parlement avec ses deux chambres… Qui dit mieux !

 

Changer l’autorité territoriale ?

A ce stade, des voix ont suivi la demande publique faite par le secrétaire général du PPS appelant au changement de « tous les walis et gouverneurs » comme condition sine qua non à la transparence. L’allusion est faite au patron du Parti authenticité et modernité, surtout après son départ du Ministère de l’intérieur et la création de son parti, aujourd’hui contesté par de multiples manifestations réclamant son « départ » et la dissolution du PAM. Ce dernier passe actuellement par une vraie tempête, faite de combats à couteaux tirés entre ses membres. Et là, selon des comptes-rendus de presse, les langues se délient pour dénoncer la mainmise de l’ex-ministre délégué à l’Intérieur et ses « pratiques malsaines pour recruter les membres du PAM (promotions administratives, chantage contre les récalcitrants, etc.) », selon les accusations, d’ailleurs reprises lors des manifestations des jeunes.

D’ailleurs, certaines formations politiques proposent la constitution d’un gouvernement national pour superviser les élections, à défaut de technocrates qui auront à exécuter des directives venant de l’actuelle Commission du mécanisme politique, qui fait le suivi de la préparation du projet de Constitution.

A ce niveau, il faudra signaler que la Commission consultative pour la révision de la Constitution a terminé le travail de compilation des propositions. En principe, elle devra présenter, cette semaine, la première mouture aux partis politiques, aux syndicats et aux ONG les plus dynamiques, qu’elle a rencontrés depuis le mois de mars dernier.

Et une fois le projet consensuel obtenu, à la suite de discussions et de négociations, le texte devra être remis au roi le 16 juin prochain, avant sa soumission au référendum populaire. Une campagne référendaire de 15 jours sera nécessaire. Ce qui suppose que le référendum sera organisé, soit le premier, soit le huit juillet 2011.

 

Khalid Berrada

 
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