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Sénégal, l’alternance à l’épreuve du temps Version imprimable
23-03-2011

Annoncée comme la journée de tous les dangers, samedi 19 mars 2011, qui a marqué la date d’anniversaire de l’alternance du régime du président Wade sur le parti socialiste, s’est déroulée sans heurts majeurs.

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Karim Wade, ministre d’Etat de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Energie, s’est félicité des changements, non négligeables en onze ans, dans les domaines de l’agriculture, de l’éducation, des infrastructures, de la santé, de l’artisanat.

L’opposition et les populations ont signifié leur lassitude du pouvoir en place, samedi 19 mars au Sénégal, contre le coût de la vie qui se renchérit, les coupures intempestives d’électricité et l’absence de perspectives pour s’insérer dans l’économie de leur pays.

Tout est parti de la fronde de Sidi Lamine Niasse, PDG du groupe de presse Walfadjri, contre l’injonction de régler, sans délais, à l’Agence nationale de régulation des postes et télécommunications (Artp), 241 millions de francs CFA (environ 368 000 €) de redevances et arriérés, synonyme de la faillite de son groupe de médias. Le sit-in, qu’il a annoncé ce même jour à la place de l’Indépendance, entre 10h à 13h, a très vite été le prétexte pour une manifestation de masse à travers tout le pays. A la place de l’Indépendance, au cœur du Plateau à Dakar, plusieurs milliers de citoyens ont répondu présents à l’appel de Sidi Lamine Niasse. Profitant de l’aubaine, des hommes politiques, mais aussi des membres de la société civile, voire de simples citoyens, sont sortis pour exprimer leur mécontentement au régime en place depuis le 19 mars 2000. Les slogans et autres écriteaux étaient explicites. Tous ont traduit un espoir vain, une corruption gangrénant les circuits, un train de vie dispendieux de l’Etat. A 13h, les contestataires, qui ont refusé de se disperser après que le PDG du groupe Walf l’ait demandé, ont été chargés par des policiers.

 

Une contestation d’envergure

Au même moment dans d’autres endroits de Dakar, étaient organisé des manifestations similaires. Les jeunes rappeurs et des membres de la société civile, initiateurs du mouvement citoyen « Y en a marre » ont fait vibrer, au rythme de l’hymne « Y en a marre », la place de l’Obélisque, en amont des allées du Centenaire. Pêle-mêle, des rappeurs, tels que Simon Bisbi Clan, Martador, le groupe 5kiem underground, Dj Awadi, Khuman, Fou Malade, Kilifeu, Thiate  du groupe Keurgui, mais aussi, Mansour Sy Djamil, un des leaders du mouvement « Bes Du Niakk (un jour viendra) », les membres de « Le manifeste citoyen pour la refondation nationale » ont vilipendé les promesses non tenues et une gestion approximative des affaires de l’Etat.

Quant à la coalition de l’opposition, « Benno Siggil Senegaal (ensemble pour relever le Sénégal) » (BSS), il a achevé un périple, entamé depuis la ville de Rufisque (à 28 km de Dakar) à la place du Jet d’eau, jouxtant les quartiers de la Sicap et de grand-Dakar. En chœur des milliers de militants de BSS, aux premières lignes desquels, Abdoulaye Bathily (Ligue démocratique), Ousmane Tanor Dieng (Parti socialiste), Moustapha Niasse (Alliance des forces du progrès), Landing Savané (AJ/PADS), Ali Haidar (RES-Les verts), Maguette Thiam (PIT), Seydou Guèye (APR), Ndèye Fatou Touré (Mouvement Tekki) et Maye Niang (MRDS), rejoints par Mansour Sy Djamil du mouvement Bes Du Niakk, ont scandé « Defa doy ! (ça suffit !) ». Pour Abdoulaye Bathily, secrétaire général de la Ligue Démocratique (LD), la cause est entendue. Il a notamment souligné que les Sénégalais, dans leur grande majorité, se sont mobilisés en masse dans toutes les régions du pays. Enfin, il a souhaité que la mobilisation continue jusqu’en 2012.

 

La peur-panique

Même son de cloche chez Moustapha Niasse, secrétaire général de l’Alliance des forces du progrès (AFP) qui a balayé d’un revers de main la thèse du « complot contre l’Etat », soutenue par un régime aux abois, qui suspecte des jeunes militants de l’opposition. Selon ses propres propos, il a fustigé la peur-panique dans le camp adverse.

Il est vrai qu’un peu plus tôt, Cheikh Tidjane Sy, ministre d’Etat, garde des Sceaux, faisait part « d’informations précises et concordantes » faisant état de différentes réunions organisées par des jeunes de Benno Siggil Senegaal, des groupements d’artistes mouvements d’artistes et leaders politiques au centre social des Parcelles-Assainies et au siège du Mouvement Tekki à Patte-d’oie, pour planifier un dispositif précis de subversion active et de déstabilisation des institutions par la violence. Il a indiqué un groupe de quinze personnes qui programmaient des actions de force à différents endroits de Dakar et dans des villes telles que Bambey, Saint-Louis, Diourbel et Kaolack. Dans les autres régions, Talla Sylla, leader du parti Jëf Diël, avait donné rendez-vous à ses militants devant la gouvernance à Thiès. Là, ils ont demandé purement et simplement la démission du président Abdoulaye Wade, pour soulager des Sénégalais qui souffrent actuellement de tous les maux. A Kaffrine, Macky sall de l’Alliance pour la République (APR) et ses militants et sympathisants ont dénoncé la situation chaotique du pays.

 

Quand la démocratie se mange

Dans les rangs du parti au pouvoir, qui ne voulait pas se faire dépasser ni impressionner par une telle mouvance revendicative, Awa Diop, une des ténors du Parti démocratique sénégalais (PDS) et ses alter ego, ont sonné le rappel des troupes. De la Médina au Palais, ils ont paradé pour manifester leur joie après onze ans d’alternance.

Le président Wade, qui les a reçus devant le Palais, a dévoilé qu’il livrera avant la fin de l’année 2011, trois grands chantiers. Il s’agit en l’occurrence de l’autoroute à péage de 30 km (320 milliards FCFA), de l’aéroport Blaise Diagne de Diass (175 milliards FCFA), financé en partie, de ressources tirées de la RDIA (redevance aéroportuaire de 45 euros sur chaque billet émis) et du Grand théâtre national.

Son fils, Karim Wade, ministre d’Etat de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Energie, a alors soutenu ne pas se nourrir de regrets, mais plutôt de défis. Il s’est félicité des changements non négligeables, en onze ans, dans les domaines de l’agriculture, de l’éducation, des infrastructures, de la santé et de l’artisanat. Il a conclu son propos par le fait que le Sénégal soit une démocratie. De son avis, c’est le premier acquis du Sénégal, car chaque camp a organisé ses manifestations, sans anicroches.

 

Daouda MBaye

 
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