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Algérie : la mise à niveau des PME « mal engagée », selon le patronat Version imprimable
11-05-2011

L’Etat algérien fixe un objectif de mise à niveau de 20 000 petites et moyennes entreprises durant la période 2010-2014. Montant du budget : 4 milliards d’euros.

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Le premier ministre, Ahmed Ouyahia, veut mettre à niveau 20 000 PME d’ici 2014.

Inaugurés en 2002, les programmes de mise à niveau des PME algériennes ont d’abord été lancés dans le cadre du programme MEDA de l’Union européenne. En mobilisant plus de 100 millions d’euros en deux étapes et en une dizaine d’années, ils ont bénéficié à un peu plus de 400 entreprises. Selon le représentant du programme européen en Algérie, Olivier de Velp, « il ne s’agissait pas pour nous de mettre à niveau l’ensemble des PME algériennes, mais de s’intéresser au segment particulier des entreprises industrielles privées de plus de 250 salariés, dont l’effectif total est un peu supérieur à deux milliers. Ce programme de mise à niveau des PME algériennes était destiné aux entreprises qui veulent se mettre aux normes et aux standards internationaux et qui souhaitent devenir compétitives pour aller travailler sur des marchés à l’extérieur. »

Une expérience appréciée par les bénéficiaires, qui considèrent, pour deux tiers d’entre eux, que ce programme a eu un impact positif sur la qualité du produit, la maîtrise de la structure des coûts, ainsi que sur les techniques de gestion. Expérience généralement considérée comme réussie également dans la mesure où les acquis de ce programme, mis en œuvre conjointement avec le Ministère algérien de la PME, ont été capitalisés par l’administration algérienne, qui s’est appropriée une bonne partie de ses outils et de ses méthodes dans le but de passer à l’étape suivante, caractérisée par des moyens financiers considérablement élargis et des objectifs beaucoup plus ambitieux.

Le FCE recommande au Premier ministre de « reconsidérer le statut de l’ANDPME et de l’amender dans un sens qui lui confère des compétences et un pouvoir de décision et d’initiative beaucoup plus étendus ».

 

Une enveloppe financière de 4 milliards d’euros

Annoncé au début de l’année 2010, le programme quinquennal 2010-2014 de mise à niveau des PME élaboré par le gouvernement algérien est destiné, suivant les termes du communiqué du Conseil des ministres qui l’a adopté, à « préparer les entreprises nationales à affronter la compétition internationale et à permettre la diversification de nos exportations ». L’Etat algérien, qui fixe un objectif de mise à niveau de 20 000 PME durant la période 2010-2014, est ainsi disposé à « engager, à cette fin, plus de 380 milliards de dinars (près de 4 milliards d’euros) de ressources publiques en concours directs et en bonifications sur les intérêts des crédits bancaires ».

 

Critiques patronales

Accusant déjà un retard important, ce programme ambitieux, auquel le gouvernement a donné son feu vert depuis plus d’un an, court cependant le risque de connaître de sérieuses difficultés d’exécution, selon le Forum des chefs d’entreprise (FCE), principale organisation patronale du pays, qui a adressé à la fin du mois d’avril dernier une correspondance sur ce sujet au Premier ministre.

Le FCE interpelle notamment Ahmed Ouyahia sur l’extrême difficulté, voire l’impossibilité d’assurer, en nombre et en qualité, les besoins d’expertises et d’études nécessaires à un programme de mise à niveau dont devraient bénéficier des milliers de PME durant les cinq prochaines années. La prise en charge annuelle de 4000 PME requiert l’implication d’un nombre impressionnant de bureaux d’études et d’institutions publiques de pilotage pour couvrir l’énorme besoin en expertises et en études qu’elle génère. Dans cette correspondance adressée au Premier ministre, le FCE signale, sans toutefois préconiser une solution, « qu’une simple projection des volumes horaires d’expertises nécessaires pour réaliser les différentes actions inscrites au programme de mise à niveau (pré-diagnostics, diagnostics, établissement des plans de mise à niveau, mise en œuvre de ces plans, actions spécifiques retenues) et leur programmation rationnelle au cours des quatre années à venir laissent apparaître un certain nombre de contraintes pratiques qu’il ne sera pas raisonnablement possible de lever, en dépit de la bonne volonté qui anime les équipes responsables ».

 

Statut trop contraignant

Une autre contrainte portée à l’attention du Premier ministre par cette association patronale a trait au statut inadapté de l’agence officiellement chargée de la conduite des opérations de mise à niveau, en l’occurrence l’Agence nationale de développement de la PME (ANDPME). Cette dernière est en effet régie par le statut trop contraignant d’établissement public à caractère administratif (EPA), qui ne convient pas du tout aux missions dynamiques qui lui sont assignées. Aussi, le FCE recommande-t-il au Premier ministre de « reconsidérer le statut de l’ANDPME et de l’amender dans un sens qui lui confère des compétences et un pouvoir de décision et d’initiative beaucoup plus étendus, de sorte de lui donner les moyens effectifs de réaliser les missions ambitieuses que les pouvoirs publics ont mis à sa charge ».

 

La promotion des « champions nationaux » en question

Dans cette même missive, le FCE déplore également l’absence d’une stratégie économique clairement formulée à laquelle aurait dû être adossé ce programme national de mise à niveau. Sans vision prospective, sans objectifs clairs et sans démarche cohérente, ce programme risque, à l’évidence, de dériver vers l’inconnu avec le risque de dépenser l’argent des contribuables sans résultat tangible. Le FCE recommande de commencer par faire un état des lieux précis du secteur des PME, l’objectif étant d’aboutir à un recensement fiable de la population des PME algériennes, avec tout ce qu’elles comportent comme atouts et faiblesses.

Le FCE regrette enfin l’exclusion des grandes entreprises algériennes du processus de mise à niveau engagé. Il interpelle le Premier ministre sur la nécessité d’élargir le bénéfice de ce programme aux entreprises réalisant plus de 500 millions de dinars (5 millions d’euros) de chiffre d’affaires annuel, qui en sont aujourd’hui exclues. L’association patronale dirigée par M. Réda Hamiani souhaite ainsi « la promotion des champions nationaux, autrement dit des entreprises ayant atteint un niveau de croissance substantiel et détenant déjà une position centrale sur leur propre marché, mais qui demandent néanmoins à être, elles aussi, stimulées parce qu’elles sont des fers de lance dans la compétition internationale ».

 

Hassan Haddouche

 
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