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Maurice : Repenser le tourisme Version imprimable
28-07-2009

Agir sur les bâtiments et sur les transports pour permettre un tourisme supportable et durable.

Avec une contribution de près de 10% au PIB du pays et des recettes de près de 1,35 milliard de dollars en 2007, le tourisme est l’une des activités les plus importantes du pays. La politique de préservation de la qualité des paysages et de l’image de l’île ont poussé les autorités à faire le choix du tourisme haut de gamme, d’où la rareté des constructions en hauteur. « Dans les années 70, en absence de texte législatif, le non-dépassement de la taille des cocotiers servait d’indicateur pour toutes les nouvelles constructions » souligne M. Ghurburrun, directeur Europe du Board of Investment.

L’Ile Maurice, qui compte environ 1,2 million habitants et reçoit chaque année presque autant de touristes (906 971 touristes en 2007), a fait le choix de cibler un tourisme haut de gamme, généralement très sensible à la préservation de l’environnement. Les hôtels sont constamment en cours d’innovation dans ce domaine, pour attirer une nouvelle clientèle et préserver leur image. La consommation d’espaces, d’énergie, d’eau et la production des déchets, et de manière globale la réponse aux attentes de cette clientèle aisée, seront les défis à relever si les autorités souhaitent réellement envisager une île durable. Le challenge est d’autant plus important, que l’Etat vise 2 millions de touristes dans quelques années.

Certains hôtels réutilisent les eaux grises pour l’arrosage des espaces verts et des terrains de golf ou encore les toilettes. D’autres développent un concept naturel pour le traitement biologique des eaux usées dans un bassin de rétention à partir de plantes naturelles.

Le bâtiment et le transport sont les principaux postes de consommation d’énergie au niveau mondial. L’activité hôtelière est à l’intersection de ces contraintes. En effet, le prix du pétrole peut conditionner le remplissage des chambres, puisque les transporteurs indexent aussi leurs tarifs sur ce dernier. En fonction du coût du transport, certains touristes annulent leur déplacement ou optent pour les lieux de vacances plus proches de leurs résidences.

 

Veranda Resorts a mis en application un plan d’économies d’énergies.

Veranda Resorts a mis en application un plan d’économies d’énergies.

Construction écologique des hôtels 

Comme pour tout bâtiment, la marge de manœuvre la plus importante pour économiser l’énergie dans un hôtel a lieu lors de la construction. Ainsi le choix des matériaux, le degré d’isolation, l’orientation par rapport au soleil, l’intégration ou non des énergies renouvelables, la mise en place d’une toiture végétalisée, la priorité à l’éclairage naturel, la ventilation naturelle, etc. sont autant d’initiatives le que maître d’ouvrage peut intégrer en amont, lors de la conception du bâtiment. Toits de chaume, utilisation du bois et des matériaux locaux sont autant d’applications de cette politique. De même que la climatisation par pompage, dans les fonds marins, d’une eau de mer à 5 ou 6 degrés.

Il y a quelques années, en l’absence d’infrastructures d’élimination des déchets et de réseaux d’assainissement, les promoteurs hôteliers ont développé un circuit fermé de traitement des eaux usées et d’élimination des déchets. Certains hôtels réutilisent les eaux grises pour l’arrosage des espaces verts et des terrains de golf ou encore les toilettes. D’autres développent un concept naturel pour le traitement biologique des eaux usées dans un bassin de rétention à partir de plantes naturelles.

Pour la construction de nouvelles résidences et de complexes hôteliers, habitants et promoteurs ont l’obligation d’intégrer les critères de développement durable, de procéder au reboisement de l’équivalence d’arbre détruits ou utilisés. La législation exige également la préservation des espèces indigènes et de la biodiversité.

 

Recyclages et économies d’énergies

Le confort hôtelier (chauffage, climatisation, éclairage, etc.) est très consommateur en énergie. Ainsi, lorsque les cours du baril flambent les conséquences économiques sont immédiates. La conversion des hôteliers et restaurateurs à l’écologie est indissociable de leurs intérêts économiques. Mettre en place une politique ambitieuse de limitation de CO2 permet de diminuer en même temps la facture d’énergie. Les retours d’expériences et témoignages des adhérents de l’Association des hôteliers de l’Ile Maurice (AHRIM) permettent de corroborer cette affirmation. Ainsi, le recyclage de 125 litres d’huiles de friture par semaine pour alimenter deux véhicules utilitaires, permet à l’hôtel Hilton de réaliser une économie de 250 000 Rs/an. L’impact environnemental est quasi nul, car les plantes et leurs dérivés absorbent, pendant leur cycle de vie, grâce à la photosynthèse, le CO2 et en rejettent très peu quand on les élimine dans les filières appropriées (usage des huiles pour les véhicules, méthanisation, etc.). Il serait d’ailleurs intéressant pour Maurice de légiférer ou de lancer un vaste programme de collecte et réutilisation des huiles usagées, afin de limiter sa dépendance aux énergies fossiles. La gêne occasionnée par une odeur de frite qui s’échappe des pots d’échappement est minime par rapport à celle dégagée par les véhicules classiques, qui est bien plus polluante et présente de véritables dangers pour la santé.

D’après le manager de Veranda Resorts, l’éclairage représente près de 20% de la consommation électrique d’un hôtel. Le remplacement des ampoules à incandescences par les lampes basse consommation permet une économie de 85% sur ce poste. Le remplacement des tubes fluorescents par les éco-tubes permet un gain de 40%.

On peut également évoquer la sensibilisation des agents aux éco-gestes (arrêt des ordinateurs en cas d’absence, limitation de la climatisation et du chauffage le cas échéant) pour réaliser des économies d’énergies. Il s’agit ici des actions en aval, dont la mise en œuvre est plus ou moins facilitée et le coût d’investissement en fonction de l’étendue des opérations à mener.

 

Thierry Téné, expert en développement durable

 


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