Rwanda : un arsenal de mesures pour atteindre les 10% de croissance
19-10-2008

Clare Akamanzi est la directrice adjointe de l’Agence rwandaise de promotion de l’import-export, RIEPA.

Entretien réalisé par Charles Bambara, Londres

 

Les Afriques : Qu’avez-vous amélioré dans l’environnement des affaires au Rwanda ?

Clare Akamanzi : Le Rwanda est devenu l’un des pays où il est le plus aisé de faire des affaires. Nous avons un centre où l’on peut effectuer toutes les démarches. Je prends l’exemple de l’agence où je travaille, RIEPA ; nous offrons des services très diligents : en deux jours, vous pouvez ouvrir une société. Vous pouvez en un jour régler toutes les formalités douanières de vos produits, et vous pouvez avoir un permis de travail en trente minutes. Donc, au niveau des services que nous offrons, tout a été simplifié. Les textes légaux et institutionnels dans le monde des affaires ont été revus, les lois commerciales ont été revisitées, par exemple, pour simplifier les procédures de création d’entreprises.

Il y a maintenant des tribunaux commerciaux, et donc les différends commerciaux peuvent être facilement réglés. En terme de bonne gouvernance et d’environnement des affaires, des lois au code des investissements, tout est au point. Nous avons aussi un programme d’incitation à l’investissement avec des allègements fiscaux très attractifs.

 

LA : Qu’est ce que le Rwanda a à offrir à l’exportation ?

CA : Premièrement, en terme de produits, nous avons du café et du thé. Notre café est déjà en vente dans les supermarchés, en Europe et aux Etats-Unis. Notre thé est de très grande qualité, et il est également distribué très largement. Nous avons des produits d’artisanat : des paniers, des batiks, des habits traditionnels, des peintures, et là aussi nous arrivons déjà à exporter certains produits aux Etats-Unis ; pas encore en Europe, mais ça viendra. Nous avons donc quelques produits sur le marché de l’exportation. Nous avons toujours, au volet exportation, des produits locaux transformés, comme des jus de fruits, de la farine de manioc, du piment, et même des fruits frais. Et puis, encore une fois, nous sommes des partenaires sérieux dans le domaine des affaires. Le Rwanda est un pays où la bonne gouvernance est de mise, le niveau de corruption est très bas. Les Rwandais sont donc des partenaires d’affaires ouverts et consciencieux.

 

LA : Le pays attire quel type d’investisseurs ?

CA : Laissez-moi vous donner un exemple, en 1995-1996, après le génocide, le Rwanda était dépendant entièrement de l’argent des donateurs internationaux en termes de budget, et aussi pour nos programmes de développement. Depuis l’année dernière, nous contribuons pour 50% au budget national grâce aux revenus locaux. Cela veut dire qu’il y a de plus en plus d’entreprises qui paient leurs impôts, qui contribuent à l’assiette fiscale, et qui font entrer de l’argent dans les caisses de l’Etat. Nous avons cette croissance, qui continuera, car nous ne voulons plus être dépendants de l’aide extérieure. L’année dernière, nous avons enregistré 20 millions de dollars rien que pour l’exportation, et nos investissements étaient de l’ordre de 21 millions en 1999. Les investissements en 2007 étaient de l’ordre de 29 millions de dollars, ce n’est pas suffisant pour la vision que nous avons, nous en sommes conscients, mais c’est très encourageant pour le moment, et nous persévérons.

L’environnement des affaires est bon au Rwanda, maintenant tout dépend des efforts que nous déploierons pour obtenir cette croissance à deux chiffres.

 

LA : Quel est le taux de croissance réel du pays maintenant ?

CA : En moyenne, le taux de croissance au Rwanda est de 6%.

 

LA : Ce taux s’est-il maintenu au fil des ans ?

CA : Oui, en réalité notre objectif est un taux de croissance à deux chiffres c’est-à-dire de 10% et plus. Et pour réussir cela, nous abordons de façon agressive les marchés internationaux. L’environnement des affaires est bon au Rwanda. Maintenant tout dépend des efforts que nous déploierons pour obtenir cette croissance à deux chiffres.

 

LA : Comment la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est pourrait aider le Rwanda a poursuivre son développement ?

CA : En tant que pays enclavé, nous savons que, pour nous, il est important d’être régionalement intégré, et c’est pour cela que nous avons rejoint la Communauté est-africaine. Nous travaillons beaucoup sur l’intégration économique régionale : nous mettons l’accent sur le fret, les facilités douanières... bref, toute la chaîne de transport, depuis l’arrivée des produits dans les différents ports jusqu’à leur entrée au Rwanda. Donc, l’avantage que nous retirons de notre participation à cette organisation est essentiellement l’amélioration des mécanismes de commerce et des infrastructures au niveau régional.