Cameroun: baisse probable des recettes douanières en 2009
03-02-2009

L’embellie observée dans le secteur douanier au Cameroun au cours de l’année qui s’achève avec l’augmentation des recettes pourrait s’achever cette année à cause de la fraude et des Accords de partenariat économique.

Par Achille Mbog Pibasso, Douala

 

La restructuration du secteur des douanes au Cameroun, marquée notamment par la modernisation de l’administration par le biais du Système douanier informatisé (SYDONIA), commence à porter ses fruits. Après les balbutiements observés au lancement de l’opération il y a deux ans, la douane monte en puissance. Elle a réalisé 438 milliards de francs CFA, 670 millions d’euros, de recettes en 2008, dépassant les objectifs initiaux en début d’exercice estimés alors à 425 milliards de francs CFA, 650 millions d’euros. Soit une augmentation de plus de 13 milliards de francs, saluée par le gouvernement. Ces recettes représentent un cinquième du budget du Cameroun et font de l’administration douanière le deuxième plus grand contributeur au budget de l’Etat, juste après l’administration fiscale.

 

Restructuration

Des résultats positifs, dont la directrice générale des douanes, Mme Minette Libom Li Likeng, estime « qu’ils sont, certes, le fruit de tous les douaniers camerounais, mais surtout le fruit de l’accompagnement de tous les partenaires économiques qui acceptent de remplir leurs obligations vis-à-vis de l’administration des douanes ». Des recettes qui auraient pu être nettement plus élevées précise-t-on au sein de l’administration de douane, si le gouvernement n’avait pas décidé, en réponse aux émeutes contre la vie chère qui avaient paralysé le pays en février 2008, de procéder à la baisse et à la suppression des droits de douane sur certains produits de consommation courante, à l’exemple du poisson, de la farine, du riz, du sel ou encore des intrants utilisés dans la fabrication du ciment.

Le patronat fonde ses inquiétudes sur la corruption et la fraude « fortement enracinées en douane », cette administration étant, du reste, indexée par la représentation locale de l’ONG Transparency international comme l’un des secteurs les plus corrompus du pays.

Pour le nouvel exercice, l’administration de douane se propose de « faire mieux », puisque sa contribution au budget de l’Etat en 2009 devrait atteindre 714 millions d’euros sur un budget total arrêté en recettes et en dépenses à 3,5 milliards d’euros.

Toutefois, cette année, l’objectif pourrait ne pas être atteint. La fraude reste encore très importante. Le gouvernement a décidé en conséquence le renforcement du système informatique, qui devrait se poursuivre et, bientôt, la mise en service de deux à trois scanners supplémentaires au port autonome de Douala (PAD), où transite plus de 95% des marchandises du pays destinées à l’exportation et à l’importation, et 80% des marchandises en provenance et à destination de la Centrafrique et du Tchad passent par le port de Douala.

 

Accords de partenariat économique

Malgré tout, selon une étude du Groupement interpatronal du Cameroun (GICAM), les recettes douanières devraient baisser en 2009, et ceci, de « manière drastique », conséquence de la conjonction des causes endogènes et exogènes. Pour les raisons internes, le patronat fonde ses inquiétudes sur la corruption et la fraude « fortement enracinées en douane », cette administration étant, du reste, indexée par la représentation locale de l’ONG Transparency international comme l’un des secteurs les plus corrompus du pays. Quant aux raisons externes, le patronat pointe un doigt accusateur sur la crise financière internationale qui pourrait fortement se muer en crise économique mondiale et dont les répercussions pourraient être très difficiles pour les économies émergentes. Autre cause, l’entrée en vigueur, cette année, des Accords de partenariat économique (APE) dont le Cameroun a signé en décembre 2007 « un accord d’étape ». Selon les projections du patronat et de l’administration des douanes, l’entrée en vigueur des APE pourrait provoquer une perte sèche de 152 millions d’euros par an à la douane camerounaise. Des pertes financières qui devraient, en plus, s’accompagner de la suppression de milliers d’emplois.

(reprise de l'article du journal numéro 59 du 22 janvier 2009 au 28 janvier 2009)