APE : le Cameroun signe
12-02-2009

Le camp des opposants aux Accords de partenariat économique vient d’enregistrer une nouvelle défection. Le Cameroun, rompant l’engagement de la CEMAC, a signé.

Par Hance Guèye, Dakar

 

Le Cameroun a suivi la Côte d’Ivoire et également signé l’accord intérimaire avec l’Union européenne. Après l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), c’est au tour de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) de devoir gérer un statut particulier dans son espace communautaire. C’est le 15 octobre que le ministre camerounais de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Louis Paul Motazé, et le négociateur en chef des Accords de partenariat économique (APE), Peter Thompson, ont signé le document.

La partie camerounaise a bien conscience du problème qu’elle pose à la CEMAC. « La signature de cet accord intérimaire ne signifie en aucun cas une désolidarisation avec la sous-région Afrique centrale quant à ses objectifs fondamentaux. Le Cameroun a tenu en toute responsabilité à privilégier à la fois les objectifs à long terme d’intégration régionale et ceux à court terme de préservation de ses exportations, dont le principal marché demeure l’Union européenne », a justifié le ministre.

Alors qu’il présidait la conférence des chefs d’Etat de la CEMAC en 2007, le président camerounais Paul Biya avait même sollicité l’appui de l’Organisation internationale de la francophonie pour que les pays européens acceptent le report de l’application des APE. De son côté, le 5 octobre 2006, l’Association industrielle africaine lançait une collecte de signatures contre l’entrée en vigueur des APE qui aurait obtenu des milliers de signatures en moins de deux mois.

La Plateforme des organisations de la société civile d’Afrique de l’Ouest sur l’accord de Cotonou (Poscao-Ac) a publié le 15 janvier dernier une brochure intitulée « Nager en eaux troubles » qui prévient que les actes qu’elle la Commission européenne, « en dépit de son engagement à promouvoir l’intégration régionale, pose sont presque tous de nature à compromettre les efforts vers l’intégration et le développement ».

 

Dilemme

Les intérêts du Cameroun, à court terme, sont de continuer à pouvoir exporter en franchise de droits de douane en Europe. Contrairement aux Pays les moins avancés qui bénéficient de la clause « Tous sauf les armes » leur permettant d’exporter sans droits de douane, le Cameroun verrait en cas de non signature des APE ses exportations taxées en Europe. Même à court terme, selon les projections de la Douane et du Groupement inter-patronal du Cameroun, les APE entraîneraient une perte de recettes douanières de 152 millions d’euros par an.

Face à ce dilemme, Yaoundé prie pour la conclusion rapide d’un accord régional. Conclusion encore très éloignée. L’UE a indiqué jeudi dernier à Dakar, à l’occasion d’un séminaire régional sur les services et investissements de l’APE avec l’Afrique de l’Ouest, que la date limite de juin 2009 pourrait être repoussée. L’Europe ne veut pas de prélèvements communautaires dont vivent les communautés économiques régionales supposées négocier au nom des Etats, ni de recours obligatoires aux concessionnaires en douane et aux inspections avant embarquement. Des niches qui permettent aux services d’inspection et à beaucoup d’intermédiaires de s’enrichir sur le continent. Plus fondamentalement, elle ne veut pas non plus d’une clause de révision, qui permettrait de revoir le calendrier de libéralisation en cas de difficultés économiques. Le secteur des services, que l’Europe veut inclure, constitue également une pomme de discorde.

 

Bémol

Toutefois, dans le concert généralisé de condamnation des APE, quelques bémols se font entendre. Dans un article publié en janvier, Amath NDiaye, professeur de sciences économiques à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, estime que « les APE ne sont pas une catastrophe ». Il conteste les pertes de recettes énoncées par les gouvernements qui représenteraient en réalité 10% des chiffres énoncés et qui ne seraient pas perdus car ils constitueraient une augmentation de pouvoir d’achat pour les consommateurs et les investisseurs. Il rappelle, par ailleurs, que depuis la signature le 13 juin 2000, des accords de Cotonou, l’Afrique savait à quoi s’en tenir et devait se préparer. Le défaut de préparation est réel. Il risque de se payer au prix fort.