Cameroun : le fisc et l’administration plombent l’investissement
19-02-2009

Experts et investisseurs sont unanimes. Investir au Cameroun est une gageure. Différentes études corroborent la difficulté qui entoure le processus de création d’une entreprise. Le Groupement interpatronal du Cameroun (GICAM) ne dénombre pas moins d’une vingtaine de procédures administratives qui précèdent la création d’une entreprise. Des tracasseries de nature à décourager les investisseurs, surtout qu’au même moment le patronat y dénombrerait, en moyenne, dix procédures dans les pays subsahariens et moins d’une demi-douzaine en Europe. Ces multiples procédures qui s’accompagnent d’actes de corruption, de favoritisme et de compromissions de toutes sortes, placent forcément le Cameroun en mauvaise posture. Selon le dernier rapport Doing business de la Banque mondiale, entre 2009 et 2008 le Cameroun a reculé de six places, passant au 164e rang sur 181 et régressant sur tous les critères retenus.

 

Cadre juridique

Une fois qu’on a fini par surmonter ces multiples étapes et que l’entreprise existe enfin, il faut faire face à la pression fiscale. Une pratique qui a amené, ces dernières années, des entreprises, y compris celles d’opérateurs économiques camerounais, à délocaliser leurs activités dans les pays voisins. Un opérateur économique fait observer que « la pression fiscale est une donnée qui participe à décourager les investissements privés. A un moment donné, on a l’impression que cette pression se transforme en un harcèlement. »

La proposition des milieux d’affaires d’alléger les charges fiscales au cours de cet exercice budgétaire n’a pas été retenue par le gouvernement qui a reconduit les mêmes taxes dans la loi de Finances 2009. L’inquiétude des milieux d’affaires semble d’autant se justifier au moment où des informations persistantes font état de la volonté du gouvernement de restaurer en juillet prochain des taxes supprimées ou allégées au lendemain des émeutes contre la vie chère qui avaient paralysé le pays au mois de février 2008.

Outre les tracasseries administratives et la pression fiscale, les complaintes des opérateurs économiques se situent également sur le plan juridique. Une décennie après l’adoption du traité de l’OHADA, il n’existe pas encore de tribunal de commerce pour juger les différends commerciaux. Le patronat a donc décidé de créer un tribunal arbitral en son sein, pour éviter l’enlisement des procédures judiciaires des tribunaux.

 

Achille Mbog Pibasso