Douanes: l’OMD va aider l’Afrique
18-02-2009

Kunyo Mikurya, nouveau secrétaire général de l’Organisation mondiale des douanes, était de passage à Dakar. Son ambition, aider les douanes africaines, qui comptent beaucoup sur les recettes douanières.

Kunyo Mikurya : « Nous avons favorisé les échanges de renseignements entre les services douaniers et policiers ; une manière d’atténuer les risques de corruption et de blanchiment d’argent. »

Kunyo Mikurya : « Nous avons favorisé les échanges de renseignements entre les services douaniers et policiers ; une manière d’atténuer les risques de corruption et de blanchiment d’argent. »

Propos recueillis par

Mamadou Lamine Diatta, Dakar

 

Les Afriques : Quelle évaluation faites-vous de l’année qui vient de s’écouler en ce qui concerne l’administration mondiale des douanes ?

Kunyo Mikurya : Vous savez, 2008 fut une année de crise généralisée pour toutes les douanes du monde. Malgré tout, les douanes ont paradoxalement réalisé d’excellents résultats, même s’il faut reconnaître que plusieurs d’entre elles ont connu des baisses de recettes, car le volume du commerce international a baissé. Forcément, la quantité des marchandises à dédouaner a diminué, surtout dans la période de novembre 2008. On a d’ailleurs fait ce constat lors de notre dernière assemblée générale tenue à Buenos Aires en Argentine. Cependant, il faut retenir que, globalement, on n’a pas connu de baisse de recettes. Figurez-vous qu’en 2007, on a enregistré des recettes globales de l’ordre de 435 milliards de dollars. Par contre en 2008, elles ont augmenté d’environ 7%. Donc, vous voyez bien que, malgré la crise, on a connu de bons résultats, surtout dans le cadre des saisies douanières.

A l’analyse, on s’est rendu compte que le narcotrafic constitue une menace sérieuse pour l’équilibre politique et économique précaire de l’Afrique entière, d’autant qu’il revêt une dimension continentale qui n’épargne aucun pays.

 

LA : Justement à propos de la crise financière internationale, quel impact a-t-elle eu sur vos administrations ?

KM : Beaucoup de pays de l’OMD ont souffert de cette crise financière avec notamment la baisse du volume des échanges commerciaux. Mais il faut veiller à ne pas gêner le commerce légitime. Il faut surtout contribuer à la facilitation des échanges et au contrôle des recettes douanières. C’est dans ce cadre que l’Organisation mondiale des douanes (OMD) prévoit d’aider les pays en voie de développement qui comptent énormément sur les droits de porte, avec l’octroi d’une assistance technique.

 

LA : Votre organisation vient de former les services douaniers africains par le biais de l’opération COCAIR visant à lutter contre le trafic de cocaïne. Quels sont les résultats de l’opération ?

KM : Nous avons d’abord remarqué sur la base d’analyses fiables que 40% des saisies de cocaïne en Europe proviennent d’Afrique de l’Ouest et du centre. C’est pourquoi nous avons procédé au ciblage des aéroports africains. Le secrétariat de l’OMD a inscrit comme priorité dans son plan stratégique la lutte contre le trafic des stupéfiants, une priorité réaffirmée par ses membres à maintes reprises, et notamment lors des dernières sessions du Conseil en 2007 et 2008. L’année 2008 a ainsi été dédiée à la lutte contre le trafic illicite de stupéfiants et de produits précurseurs. L’opération COCAIR a concerné 15 pays d’Afrique et visait à renforcer les contrôles en matière de lutte contre le trafic des stupéfiants dans 20 aéroports internationaux. L’objectif étant d’intercepter les expéditions de cocaïne et autres drogues à destination de l’Europe. COCAIR, une première du genre en Afrique, a été couronnée de succès. Plus de 250 messages d’alertes, de saisies, ont été échangés au moyen du système de communication sécurisé de l’OMD. Au total, l’opération a permis des saisies importantes de stupéfiants et même de capitaux d’une valeur de près de 100 000 euros. A l’analyse, on s’est rendu compte que le narcotrafic constitue une menace sérieuse pour l’équilibre politique et économique précaire de l’Afrique entière, d’autant qu’il revêt une dimension continentale qui n’épargne aucun pays. Une intervention même couronnée de succès dans un seul des pays du continent ne saurait que déplacer le problème dans les pays voisins.

 

LA : Quelle a été le degré de réceptivité des services douaniers africains ?

MK : L’Afrique n’est qu’une zone de transit de cette drogue, qui provient généralement d’Amérique latine et des Caraïbes. Par conséquent, la formation des douaniers est déterminante, surtout dans le domaine de la reconnaissance des produits ou du ciblage des passagers. Nous avons favorisé les échanges de renseignements entre les services douaniers et policiers ; une manière d’atténuer les risques de corruption et de blanchiment d’argent. Il s’agit dorénavant de doter les douanes africaines de moyens logistiques par le biais de technologies informatiques éprouvées.