Egypte : le risque islamique est faible
05-03-2011

Samir Saul, professeur agrégé au département Histoire de l’Université de Montréal, est un spécialiste de l’Egypte (1). Il estime que le risque islamique est faible en Egypte.

04_photo-samir-saul_ok.jpg

Samir Saul.

Les Afriques : Que va-t-il se passer désormais en Egypte ? Une restauration de l’ordre précédent, ou bien la révolution s’imposera-t-elle finalement ?

Samir Saul : Il est trop tôt pour donner une réponse à cette question. L’ordre précédent est sur la défensive et le régime, bien qu’il soit toujours en place, peine à se maintenir. Quant à la révolution, elle a déboulonné le chef de l’État, mais n’a pas encore remplacé le régime. Le processus de transformation, inauguré en janvier, est en cours.

 

LA : Quel a été le rôle véritable des Etats-Unis dans le départ de Moubarak ?

SS : Les États-Unis ont tenté de défendre Moubarak le plus longtemps possible. Mais Moubarak devenait un handicap et leurs intérêts étaient plus importants que le sort du président. Plus Moubarak soulevait de l’opposition en Égypte, plus les États-Unis ont été contraints de se distancer de lui dans l’espoir de ménager leurs intérêts et leur avenir en Égypte et dans la région. Le départ de Moubarak est dû à la force du mouvement populaire égyptien ; les États-Unis n’ont pu faire autrement que de céder devant le courant, avec une réticence et un embarras évidents, parce qu’ils sont étroitement liés au régime égyptien.

 

LA : Un risque islamique à l’Iranienne existe-t-il effectivement en Egypte et dans le monde arabe en général ?

SS : Non, il est faible car la société civile reprend ses droits grâce aux soulèvements actuels.

 

LA : Quelles vont être les conséquences de ce qui vient de se passer dans le monde arabe sur les relations entre le monde arabe et l’Occident ?

SS : Les transformations devraient assainir et améliorer les rapports avec l’Occident dans la mesure où la soumission du monde arabe à l’Occident, plus exactement aux États-Unis, sera moindre. Le règlement équitable du conflit israélo-palestinien demeure à la base de l’établissement de rapports normaux entre le monde arabe et l’Occident.

LA : La vague va-t-elle s’arrêter aux deux pays, ou bien d’autres pays vont-ils connaître des sorts similaires ? Lesquels vous semblent les plus menacés ?

SS : Elle s’est déjà répandue ailleurs. Tous les pays arabes sont candidats à de profonds changements, soit des changements de régime, soit des changements à l’intérieur des régimes.

Propos recueillis par Chérif Elvalide Sèye

 

1) Il a publié Les relations économiques franco-égyptiennes du XIXème siècle au XXème ; La France et l’Égypte de 1882 à 1914, intérêts économiques et implications politiques ; Méditerranée, Moyen-Orient : deux siècles de relations internationales.