Ephra Kazadi, Un Africain à Wall Street
19-07-2012
Natif de la République Démocratique du Congo, Ephra Kazadi, Manager de la société K&A Private Equity, créée à Paris en 2011, puis relocalisée à New York dans le Financial District, K&A est la première entreprise à Wall Street exclusivement orientée vers l’investissement sur l’Afrique. Dans cet entretien, Les Afriques a voulu cerner la vision de ce conquérant de Wall Street.
 
Les Afriques :Vous êtes le Manager de la société d’investissement K&A Private Equity. Pouvez-vous brièvement nous présenter votre société, nous parler de ses principales activités et de ses missions ?
 
Ephra Kazadi : K&A est une société société d’investissements, spécialisée dans les entreprises non cotée du secteur minier, agroalimentaire et dans la construction des infrastructures en Afrique.
 
LA : En quoi consiste votre stratégie pour vous différencier des autres sociétés d’investissement ?
 
E.K. : K&A investit dans les sociétés à fort potentiel de croissance. Nous leur apportons des ressources, financières et humaines, pour leur permettre de se développer. Notre principale différence vient du fait que nous avons une parfaite connaissance du milieu africain des affaires, étant nousmême des entrepreneurs Africains. Nous avons lancé un fonds qui sera spécialisé, contrairement à autre fonds plus généraliste.
 
LA : Quels sont vos principaux clients ?
 
E.K. : K&A s’adresse à une clientèle dite professionnelle. Nous ciblons les investisseurs institutionnels, bien entendu, mais aussi les institutions financières de développement.
 
LA :Vous avez lancé récemment un fond d’investissement qui fait de votre société l’une des premières à conquérir Wall Street.Qu’est ce qui caractérise votre fonds ?
 
E.K. : Je n’ai plus le droit de répondre à ce genre de question. La loi américaine nous l’interdit. K&A, en tant société de Private Equity, est classée dans la catégorie Alternative Investissement, et par conséquent nous n’avons pas le droit d’en faire la promotion de nos produits dans la presse. Nos avocats nous ont récemment rappelés à l’ordre à la suite d’un article publié dans un journal.
 
LA :Comment êtes-vous parvenu à entrer à Wall Street ?
 
E.K. : Il commence à y avoir un intérêt grandissant de la part des investisseurs américains pour le continent africains. Nous avions déjà travaillé avec quelques fonds US en tant que conseil auparavant et nous sentions la demande de spécialistes de cette partie du globe. C’est ce qui a fortement motivé notre démarche vers cette institution boursière car l’Afrique est la future frontière de l’économie mondiale, c’est dans cette optique que nous avons monté le fonds à Wall Street.
 
LA : Pourquoi avoir opté pour l’investissement vers le continent africain ?
 
E.K. : Parce que c’est là ou nous avons un avantage compétitif, de part notre maîtrise des facteurs socio-culturelles, économiques, ou encore politiques. Nous aimons penser que nous sommes représentatifs de cette nouvelle génération de managers africains, formés dans les grandes écoles européennes/ américaines, mais ayant une forte sensibilité africaine dans l’approche des affaires. Et nous restons persuadés que l’Afrique demeure une opportunité. C’est donc à nous Africains que revient la responsabilité d’orienter les investissements et les capitaux vers le continent pour les projets porteurs. Nous, les associés de K&A, sommes convaincus que le continent africain présente de meilleures perspectives en termes de croissance économique. Pour nous, investir sur le continent offre de meilleures possibilités de rendement, comparées aux pays industrialisés et aux autres pays émergents.
 
LA : La crise qui secoue l’économie occidentale trouve ses origines dans le monde de la finance et des bourses. Ne pensez- vous pas avoir pris un risque à travers ce fonds ?
 
E.K. : C’est vrai que la crise a rendu difficile l’accès aux liquidités, et les fonds africains, qui avaient battu des records de lever de capitaux avant la crise, ont beaucoup souffert de la crise. Néanmoins, les choses repartent bien et la plupart des fonds réussissent à faire leur closing, donc nous sommes confiants. D’autant que nous apportons quelque chose de différent sur le marché, un fonds spécialisé.
 
LA :Vous êtes aussi spécialisé dans le commerce des minerais (or, diamant, …) comment comptez vous faire profiter à votre pays la RDC qui est un «scandale géologique » votre expertise pour booster le secteur minier qui ne profite pas au pays, excepté à une oligarchie qui pille les ressources minières en complicité avec les multinationales ?
 
E.K. : Le cas de la RDC comme vous le dites est un scandale ! Nous Congolais, avons le sous sol le plus riche au monde, évalué à 24 mille milliards de dollars par les spécialistes du FMI, soit près de 2 ans du PIB Américain et malgré cela nous sommes classés parmi les pays les plus pauvres au monde. C’est un paradoxe qui s’explique par le manque d’hommes dont notre pays souffre. Il nous faut plus d’ingénieurs, plus de managers qualifiés, plus d’hommes dynamiques motivés par le développement. Il faut ce genre d’homme à tous les niveaux de la société congolaise. Pour ma part, je suis toujours disponible pour faire profiter de mes connaissances à ma communauté.
 
LA : En guise de conclusion quel serait votre dernier mot à l’endroit des investisseurs qui s’intéresseraient au continent ?
 
E.K. : L’avenir c’est l’Afrique, comme le dit le Wall Street Journal, c’est «la dernière frontière pour ceux qui investissent dans la croissance !».
 
Propos recueillis par Rodrigue Fénelon Massala