Afrique : Quel avenir pour la réassurance africaine
15-02-2017
Les travaux de la 41ème Conférence et Assemblée générale annuelle de la Fanaf se sont poursuivis, les 14 et 15 février à Marrakech. Parmi les thèmes abordés, celui relatif à «Quelle place pour la réassurance africaine à la lumière des aménagements réglementaires intervenus dans certains pays?» a surtout mobilisé les ténors du secteur, hors Afrique du Sud.
Concomitamment au sujet central des discussions et échanges entre les milliers de professionnels africains et d’ailleurs, sur les nouveaux enjeux réglementaires, singulièrement en zone CIMA (Confédération interafricaine des marchés de l’assurance) et défis opérationnels qui se posent aux compagnies d’assurance d’Afrique, le devenir de la réassurance a été abordé. Doit-on rappeler que ces dernières s’assurent auprès des réassureurs pour se couvrir de risques très importants… La somme de dispositions réglementaires interférant dans la gestion opérationnelle de leurs clients, dans leur collecte de fonds, dans un contexte de diversification de l’offre et d’élargissement de l’assiette, cette importante branche du secteur est loin d’être épargnée.

Corneille Karekezi, directeur général d’Africa Ré (Nigéria), président de la séance consacrée au thème, a d’office souligné que ce point les intéresse au plus haut degré. Revenant sur l’historique d’une compagnie de réassurance, créée en 1976, il a fait remarquer que les desseins d’Africa Ré furent depuis le début de répondre à la nécessité d’avoir une structure locale de réassurance. De son avis, aujourd’hui, compte tenu d’un marché restreint (que 37 réassureurs, en dehors de l’Afrique du Sud) et un secteur moins réglementé que celui de l’assurance, le transfert et la redistribution des risques au niveau international, «nous sommes à la croisée des chemins». Aussi, croit-il, le dilemme entre protectionnisme et ouverture se pose avec acuité.

Y aller global
Si le patron d’Africa Ré a défendu que le protectionnisme (monopole, capital domestique…) est nécessaire en Afrique, notamment en ce que la cession légale permette la rétention de l’expertise et des taxes pour aider les économies africaines à se développer, il n’en a pas moins nuancé son propos, soulignant que depuis 2015, la part du secteur africain va en diminuant, et qu’un tel régime comporte un certain nombre de défauts, singulièrement le niveau élevé des risques sur le plan national. Il a alors cité les exemples de sinistres, tels que ceux sur le pétrole au Ghana, des attentats du 11/9 à New York… De son point de vue, il faut garder l’équilibre entre les primes et taxes qui vont à l’étranger et les bénéfices de partage des risques. Au président de la Fanaf qui suggérait que les régulateurs du continent prennent langue pour arrondir les angles, il a indiqué qu’il est grand temps d’ouvrir, sans délai, les frontières de la réassurance à tous les acteurs du marché africain.

Des consortia de réassureurs
Dr Oyetunji Olufemi, DG continental Ré (Nigéria), premier panéliste, ne l’a pas contredit. Il a déploré que dans son pays, le Nigéria, le secteur local subisse la concurrence de compagnies internationales, d’autant plus que les tailles sont sans commune mesure et les dévaluations successives ne viennent pas les enrichir face aux géants mondiaux. Ce conférencier a attiré l’attention sur le fait que la régulation actuelle est en train de tuer l’innovation. «En Afrique, nous sommes en train de lutter dans la collecte, par conséquent il serait bien de travailler à renforcer la confiance des assurés», ajoutera-t-il. Quant à relever les niveaux des prestations, le directeur général de Continental Ré confiera à la salle : «Ok pour le rating, mais cela ne doit pas être un but». Protection ou pas, il a surtout insisté sur une régulation qui permettra aux réassureurs de se mettre en pool, sous forme de consortia, pour avoir plus de moyens.

Le rating pour hisser l’expertise
À son tour, Youssef Fassi Fihri, directeur général de la SCR (Maroc), a soutenu que le monde est en mutation, et qu’on peut penser que Google et autres pourraient devenir assureurs si rien n’est réglementé. Partageant avec son prédécesseur la faiblesse de la part réservée à l’Afrique, avec à peine 3% des primes sur un volume mondial de 200 milliards de $, il a souhaité une plus importante présence du continent et que, par exemple, le projet de pipeline n’échappe pas aux Africains.

Revenant sur le parcours d’une compagnie qui figure parmi les pionnières sur le continent pour avoir été créée en 1960, dont le chiffre d’affaires tourne autour de 2,5 milliards de DH et qui intervient à raison de 80% à l’international et 20% sur le Maroc, le directeur général de la SCR a relaté un plan de transformation stratégique, reposant sur 4 piliers, avec notamment des revenus à tirer pour 70% sur l’extérieur et 30% sur le Maroc, avoir un rating au-dessus du souverain afin de contourner les protections éventuelles sur certains marchés. Des protections sur un marché déjà restreint qui risquent d’exclure les réassureurs africains sur les grands projets, dans la mesure où l’expertise exigée est souvent au-dessus des capacités du marché africain. Il a alors défendu le rating, dont on ne pourra faire l’économie, à défaut de voir ces gros marchés filer entre les doigts des réassureurs africains.

Oui à l’implantation de réassureurs
Entre protections et libéralisation, Youssef Fassi Fihri, qui a regretté que des pays, tels que l’Éthiopie et l’Égypte, soient en train de mettre en place des réassureurs nationaux, a loué des dispositions de l’article 308 du Code de la CIMA, souhaitant qu’elles soient rapidement en vigueur, pour permettre à ce que des réassureurs s’installent et éviter des «picorages». D’ailleurs, en termes de protection du marché, il entend d’autres moyens, tels qu’élargir l’assiette avec des couvertures comme la «Tous risques chantiers», «Garantie de construction décennale», «Les risques de catastrophes naturelles»… déjà exploitées au Maroc. Il n’en a pas moins occulté les règles Solva II, voire Solva III, vers lesquelles on tend, et qui permettent une valorisation permanente des fonds. Il a précisé que ces règles sont vertueuses pour conserver et développer les actifs.

Ce professionnel n’a pas cessé de mettre l’accent sur le rating. À ses pairs et autres invités présents, il a demandé que l’Afrique s’emploie à avoir des ratings pour les risques africains.

L’après-midi du mardi 14 février, les travaux ont repris, ponctués par la table ronde Fanaf-FIAC et des débats enrichissants.

Daouda MBaye, rédacteur en chef, ES à Marrakech