Agropastoral Divergences autour des dangers des OGM sur la santé et l’environnement
08-08-2018
L’exigence de l’accroissement du rendement des produits agricoles, halieutiques et de l’industrie animale a fait entrer l’utilisation des organismes génétiquement modifiés. Il occupe de plus en plus de place dans le monde. Son impact positif ou négatif divise les scientifiques.
Entre 1996 et 2007, les superficies de cultures OGM (organisme génétiquement modifié) ont été multipliées par plus de 100. Dans un rapport, l’International service for the acquisition of agri-biotech applications (Isaaa) affirme qu’en 2010, un milliard d’hectares cumulés ont été cultivés avec des cultures OGM dans le monde. En 2009, 75% du soja cultivé dans le monde était génétiquement modifié. C’est une lapalissade de dire que les OGM prennent de plus en plus de terrain sur les autres modes de culture et d’élevage. Il faut préciser qu’un OGM est un organisme génétiquement modifié, c’est à dire qu’il a subi une modification de son patrimoine génétique par l’homme dans le but de lui conférer de nouvelles propriétés. Ainsi, on change les caractéristiques génétiques par ajout, suppression ou remplacement d’au moins un gène. C’estdire qu’un organisme transgénique est un organisme qui n’existe pas en tant que tel dans la nature, c’est un organisme totalement artificiel. Les OGM sont de plus en plus utilisés dans les secteurs de l’industrie, de la médecine, de l’agriculture et de l’agro-alimentaire.

Dans le domaine de l’agropastoral, c’est dans le début des années 1980 que les scientifiques ont réussit pour la première fois à modifier génétiquement une plante et un animal. En 1994, la première plante génétiquement modifiée (PGM) est commercialisée. À partir de 1996 c’est le début de la culture des OGM en plein champ. Depuis lors, des dizaines de variétés végétales (coton, maïs, betterave, pomme de terre, soja, riz, blé, tomate, etc.) et animales (saumon, porc, lapin, etc.) ont vu le jour. Christian Velot, Maître de conférences en génétique moléculaire (Univ. Paris- Sud XI), chercheur à l’institut de génétique et de microbiologie (centre scientifique d’Orsay) souligne que : «99% des OGM agricoles sont des plantes à pesticides, c’est à dire, des plantes qui vont, soit produire un insecticide leur permettant de résister à un insecte ravageur, soit qui vont être capable d’absorber un herbicide sans mourir». Les 1% restants sont des plantes résistantes aux maladies virales, aux champignons, etc.

Menaces
Entre les pro-OGM et les anti- OGM, il est difficile de faire la part des choses. Les anti-OGM soutiennent que les manipulations génétiques peuvent induire des changements, certains pouvant être dommageables pour la santé. De ce fait, les risques sanitaires identifiés par la consommation d’aliments issus de plantes transgéniques sont les risques d’allergie, toxicité et développement d’une résistance à certains antibiotiques. Corolaire, «la mise en évidence d’impacts négatifs des OGM sur la reproduction d’êtres vivants est nouvelle et extrêmement inquiétante », arguent-ils. On est à se demander si l’augmentation des maladies chroniques et l’affaiblissement du système immunitaire sont des conséquences des OGM ? Il est dur dans ces conditions de l’affirmer, même si certains le supposent. Ils soutiennent que le fragment d’ADN étranger introduit dans un OGM ne présente aucun risque pour la santé. En revanche, reconnaissent que le fragment d’ADN va servir à fabriquer une protéine étrangère dont les effets peuvent être plus ou moins nocifs.

La Confédération Paysanne affirme que : «D’un point de vue environnemental, les OGM participent à l’appauvrissement de la biodiversité et sont le reflet d’une agriculture industrielle». Du point de vue de la biodiversité, les risques seraient alors une modification de la composition de la flore sauvage par incorporation du transgène et en conséquence la modification de la composition de la faune. En effet, les principaux risques pour l’environnement liés à la culture de plantes transgéniques pourraient être : - la pollution de l’environnement par des substances issues des variétés transgéniques (ex : l’insecticide produit par les plantes Bt) ; et les pesticides appliqués sur les plantes résistantes ; - le développement de plantes résistantes par dissémination dans les espaces non agricoles par une pollution génétique (transfert de gènes de résistance à des espèces sauvages) ; - le développement de plantes résistantes par évolution génétique (apparition d’une résistance par mutation pour des espèces soumises à une contrainte environnementale répétée) ; et donc indirectement, la modification de l’équilibre des écosystèmes.

Controverse
Comme le dit Christian Velot, «on ne maitrise rien ou pas grand-chose» et il va plus loin en affirmant qu’«il n’y a pas un seul scientifique au monde, et quel que soit le nombre de prix Nobels qu’il ait pu accumuler au cours de sa carrière, qui soit capable de recenser de façon exhaustive les conséquences à court, moyen ou long terme d’une modification génétique sur un métabolisme». Comme lui, nombreux sont ceux qui affirment que les OGM sont sans danger pour la santé. Arguant que les propriétés des PGM telles que la résistance aux virus, aux insectes et à la sécheresse visent à atténuer l’impact des pratiques agricoles sur l’environnement. D’autres propriétés, comme la résistance aux herbicides, ont été introduites principalement dans le but d’améliorer l’efficacité de la production alimentaire. Ce qui fait dire aux anti-OGM que «ces propriétés ne sont pas toutes de nature à promouvoir une agriculture respectueuse de l’environnement ».

En réplique, les pro-OGM s’appuient sur les chiffres de l’impact environnemental des plantes OGM pour donner un éclairage différent. Globalement, la culture de plantes OGM a apporté un avantage environnemental considérable au cours des dix-huit dernières années. Les plantes OGM résistantes aux insectes ont réduit l’utilisation des insecticides à hauteur de 230 millions de kilogrammes. Au service de l’agriculture sans labour, les plantes tolérantes aux herbicides ont permis de diminuer la consommation de carburant et les émissions de CO2 respectivement de 6,3 milliards de litres et de 16,8 millions de tonnes. Toutes plantes OGM confondues, l’avantage environnemental peut être chiffré à 37 %. Pour conclure que «les risques pour l’environnement, de cultures de plantes transgéniques peuvent exister et dépendent de l’espèce cultivée, du transgène utilisé et plus particulièrement de son avantage sélectif et de l’agrosystème. L’évaluation est donc à réaliser au cas par cas».

Mathieu Nathanaël Njog