La suspension des droits de douane déplaît au FMI
06-04-2008

Le Burkina-Faso et le Cameroun ont suspendu certains tarifs de douane pour contrer la hausse des denrées de première nécessité, mais leur marge de manœuvre est limitée par les engagements envers le FMI.

Le Burkina-Faso et le Cameroun ont suspendu certains tarifs de douane pour contrer la hausse des denrées de première nécessité, mais leur marge de manœuvre est limitée par les engagements envers le FMI.

Par Hance Guèye et Hamza Touré, Dakar et Ouagadougou

Le Burkina-Faso et le Cameroun, les deux pays où des violences en fin février s’étaient traduites par des pertes de vies humaines, ont réagi de manière similaire pour éteindre le feu.
La réponse a d’abord été fiscale. Les deux pays ont renoncé aux droits de douane sur les produits de grande consommation importés. Le riz, le poisson, le blé, la farine, l’huile de table pour le Cameroun. Le lait concentré ou en poudre, le riz (à l’exclusion du riz parfumé), le sel et les préparations pour alimentation des enfants, les pâtes alimentaires pour le Burkina-Faso qui y ajoute le renoncement à la TVA sur les produits fabriqués dans le pays doublé de concertations avec les fabricants locaux des produits de première nécessité, comme le sucre, les huiles alimentaires et le savon, pour une baisse de leurs prix.
La suspension des droits de douane est prévue pour trois mois et devrait coûter au Trésor public 6 milliards de FCFA, 9,2 millions d’euros, de pertes de recettes. L’arrêté signé le 3 mars est entré en vigueur le 10 mars dernier.

Cacophonie
Les mesures du gouvernement ont été annoncées dans une certaine cacophonie. Le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Philippe Sawadogo, déclarait « une baisse des prix de 5 à 15% des produits de première nécessité » à compter du 10 mars, pendant que son collègue de l’Economie et des Finances, Jean-Baptiste Compaoré, précisait qu’« il y aura un temps de battement pour la simple raison que les anciens stocks que certains commerçants ont déjà sur place ne sauraient être concernés par ces mesures, car déjà dédouanés ».
La coalition contre la vie chère formée le 12 mars, deux jours après l’entrée en vigueur des mesures gouvernementales, par six centrales syndicales, une quinzaine de syndicats autonomes et des associations et mouvements de la société civile, juge ces mesures insuffisantes. Elle exige une baisse « effective et significative ». Parallèlement, elle plaide pour le relèvement de 25% des salaires et des pensions des travailleurs du secteur public et du privé, le relèvement des bourses des étudiants, la hausse du prix d'achat du coton, la baisse des prix des intrants agricoles et la construction d'infrastructures scolaires et universitaires « suffisantes ». La coalition réclame aussi l'arrêt des privatisations des sociétés « à caractère stratégique », notamment les hydrocarbures, l'eau, l'électricité, les mines et la géologie. Ses revendications débordent du cadre social pour toucher au politique puisqu’elle réclame aussi la réouverture du dossier Norbert Zongo, le journaliste assassiné en 1998, et le respect de la liberté de presse et d'expression.

Marge réduite

La suspension des droits de douane est prévue pour trois mois et devrait coûter 9,2 millions d’euros.
La marge de manœuvre du gouvernement n’est pas très grande. L’économie est déjà mise à mal par la chute des cours du coton et la flambée des cours du pétrole. Le déficit budgétaire toléré suivant les critères de convergence économique de l’UEMOA limite les libéralités que le pays des hommes intègres peut consentir pour contenir le réchauffement sociopolitique.
Le 9 janvier dernier, tout en approuvant un décaissement de 5,5 millions de dollars, à l’issue de la première revue des résultats économiques du pays, le FMI invitait les pouvoirs publics à réduire le déficit budgétaire. Le gouvernement s’était engagé à prendre les mesures d'ajustement appropriées, notamment par la répercussion des variations des cours mondiaux et l'adoption d'un nouveau mécanisme d'établissement des prix à la production du coton. Des engagements contraires aux mesures réclamées par la coalition contre la vie chère.